Le ministre de l'Agriculture et de la Pêche, Michel Barnier, en visite à la Réunion, s'est déclaré samedi "inquiet" des négociations commerciales en cours entre l'Union européenne (UE) et les pays ACP (Afrique Caraïbes Pacifique) concernant le sucre.
"Nous sommes déterminés à nous battre. Je n'accepterai pas que les négociations commerciales en cours remettent en cause le soutien à la filière canne à sucre, a déclaré le ministre sur RFO à l'issue d'un voyage de 2 jours dans l'île.
Le ministre faisait allusion aux négociations sur les accords de partenariat économique (APE) entre l'UE et les pays ACP visant à la suppression des barrières douanières à partir de 2008.
Le ministre s'est dit "inquiet" que ces négociations aboutissent à "déstabiliser la production de sucre" de la Réunion en faisant "entrer des productions de sucre d'autres pays à bas prix" sur les marchés européens. "C'est une bataille difficile parce que nous sommes minoritaires", a-t-il dit.
Côté Réunion, la crainte est double, car il faut noter également que toutes les productions agricoles des pays ACP (à l’exception du sucre et du riz) pourront sous peu entrer librement sur le marché local.
Le “processus” observé actuellement en Métropole, avec la délocalisation vers les pays d’Europe de l’Est ou la Chine de pans entiers de l’industrie française parce que les coûts de productions y sont bien moins élevés, pourrait également se développer dans l'île. Les milieux économiques locaux craignent que Madagascar et ses immenses possibilités foncières soient un lieu d’appel auquel les investisseurs réunionnais pourront difficilement résister.
Le groupe Caillé s’associe d'ores et déjà avec les coopératives malgaches pour produire là-bas ce qui, à brève échéance, alimentera en fruits, légumes et viande bovine la consommation réunionnaise. S’il ne le fait pas, ce sont d’autres, venus de Métropole, de Chine ou d’ailleurs qui le feraient estiment les observateurs locaux.
D’autres groupes réunionnais se préparent un repli sur les territoires malgaches ou africains, là où ils trouvent des conditions bien plus avantageuses (foncier illimité, disponible et quasiment gratuit, coût de la main d’œuvre extrêmement bas) et donc, en conséquence, prix de revient incomparablement meilleurs qu'à la Réunion.
Le ministre qui a rencontré dans le sud de l'île des producteurs agricoles, en particulier de cannes à sucre, a par ailleurs annoncé une indemnisation "dans les prochaines semaines" pour les planteurs victimes du cyclone Gamède. "Les indemnisations seront faites après l'évaluation de la production" à l'issue de la campagne sucrière en cours, a-t-il promis.
Source : AFP, www.temoignages.re

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