Si la France, salariés et actionnaires d'EADS redoutaient l'inverse, ce n'est pas la Russie qui devrait monter un peu plus à bord d'Airbus mais au contraire EADS qui pourrait bien embarquer au sein de la Corporation Aéronautique russe (UAC pour United Aviation Corporation en anglais ou OAK en russe).
Le constructeur européen vient en effet annonce son intention d'acquérir une participation dans la holding aéronautique propriété de l'Etat russe, en échange de sa participation dans le constructeur d'avions militaires Irkout.
Lors d'une conférence de presse au salon de l'aviation MAKS-2007, Tom Enders, patron d'Airbus, a précisé que cet échange pourrait intervenir dans les deux prochains mois ou d'ici la fin de l'année.
Pour rappel, l'UAC ou OAK a été créée en 2006 sur décision du président russe Vladimir Poutine, qui cherche à relancer l'industrie aéronautique du pays. Le Consortium aéronautique unifié (OAK) a été fondé en novembre 2006 par la décision d'une commission gouvernementale chargée d'intégrer les entreprises aéronautiques russes. La Corporation aéronautique réunit une vingtaine de grandes sociétés russes, spécialisées dans la construction d’avions civils et militaires, parmi lesquelles Sukhoï (à 100 %), Tupolev (à 90,8 %), Iliouchine (à 86 %). Seul Antonov, resté sur le sol ukrainien, manque à l’appel.
"En ce qui concerne notre participation dans Irkout, c'est un processus en cours. C'est en cours, parce que l'OAK a été créée", a expliqué Enders, depuis ce salon situé à l'est de Moscou. "Si nous parvenons à nous entendre, disons-le comme cela, sur une valorisation correcte, nous préférerions alors procéder à un échange et devenir actionnaire de l'OAK", a-t-il poursuivi.
EADS détient 10% environ dans Irkout, qui participe à la construction des avions chasseurs Soukhoi. La Russie a acquis l'an dernier une participation de plus de 5% dans EADS à travers la banque VTB. Cette dernière a récemment annoncé vouloir repousser son projet de désengagement du constructeur européen tant que le cours du groupe aéronautique ne s'apprécierait pas à une valeur qu'il jugerait plus satisfaisante.
Parallèlement, OAK prévoit « d’élargir ses partenariats » avec les constructeurs occidentaux Boeing et Airbus. Le groupe russe sera fixé « d’ici la fin de l’année » sur son degré de participation dans le projet d’avion long courrier A350 d’EADS. Il poursuit par ailleurs sa coopération commerciale avec l’américain Boeing pour le Superjet et vient d'approfondir sa collaboration avec lui dans le domaine des nouvelles technologies et des matériaux composites, via un accord avec le producteur de titane VSMPO-AVISMA.
L'objectif du Kremlin est de hisser la Russie au troisième rang des pays constructeurs d’aéronautique. C'est ce qu'ont en tout cas déclaré à plusieurs reprises ces derniers mois le président russe Vladimir Poutine et l’un de ses dauphins supposés, le premier vice-Premier ministre russe et ministre de la Défense Sergueï Ivanov.
Le gouvernement a dédié 6 milliards de roubles (235 millions d’euros) par an d’investissements directs au secteur dans son budget 2008-2010. Le président russe vient en outre de parapher la création d’une holding de moteurs d’avions. Ce fort soutien politique et financier devrait permettre de porter d’ici 2025 la production nationale d’avions civils et militaires à plus de 4 500.
Pour l’heure, l’industrie russe ne représente que 1% du marché mondial des avions civils et de transport et devra se hisser à 10-12 % en 2025, a récemment indiqué le président du conseil d’administration d’OAK
Le projet-phare en la matière est l’avion régional Superjet, dont le constructeur Soukhoï espère vendre 800 exemplaires d’ici à 2024, dont 300 en Russie et 500 auprès des compagnies étrangères. Son premier vol est prévu en fin d’année.
Au sein des sociétés intégrées dans l'OAK, le gouvernement a déterminé le rôle de l'Etat russe comme celui d'un actionnaire habilité notamment à nommer des représentants pour voter lors de l'assemblée générale, à proposer des candidats aux organes de direction, à convoquer des assemblées extraordinaires. D'autre part, le gouvernement se réserve le droit de donner des instructions aux représentants de l'Etat pour voter au sein des conseils des directeurs des entreprises concernées.
L'OAK est créé "afin de sauvegarder et développer le potentiel scientifique et industriel de l'industrie aéronautique russe, assurer la sécurité et la capacité défensive de l'Etat, concentrer les ressources intellectuelles, industrielles et financières en vue de réaliser des programmes de conception de matériel aéronautique compétitif", précisait le décret présidentiel.
Le 12 décembre 2006, le ministre russe de la Défense, Sergueï Ivanov, par ailleurs porte-parole du renseignement extérieur russe (SVR) a été élu président du conseil d’administration de OAK lors de la première réunion du conseil. Pour rappel, Sergueï Ivanov est né en 1953 à Leningrad. Après ses études de philologie il est admis à l'institut supérieur du KGB de Minsk où il monte en grade. Il est promu en août 1998 directeur adjoint du FSB (ex KGB). Il devient secrétaire du Conseil de sécurité de la Russie. Par décret présidentiel, le 28 mars 2001, il est promu ministre de la Défense. Il est nommé vice-Premier ministre affecté à la défense et au complexe militaro-industriel par Vladimir Poutine le 14 novembre 2005.
Sources : Reuters, www.interfax.ru, AFP, France.bourse
A lire également :
. EADS : accords industriels avec la Russie (UAC/OAK)
. EADS dément discuter avec la Russie sur la vente de 20 % d'Airbus
. Commerzbank : participation dans EADS face à Vneshtorgbank ?

Ajoutez un commentaire
Merci de consulter notre charte de modération avant de poster votre commentaire.