La banque d'affaires américaine Bear Stearns, fortement mise à mal par la crise de l'immobilier, a annoncé dimanche le départ de l'un des plus proches adjoints au PDG, Warren Spector, une figure de haut rang de la finance.
Six semaines après la faillite de deux des fonds d'investissement de la banque d'affaires, très exposés sur les prêts hypothécaires à risques dits "subprime", M. Spector aurait en fait été sommé par James Cayne, PDG de Bear Stearns, "de démissionner de son poste pour le bien de la compagnie", croit savoir le Wall Street Journal.
"Warren Spector a démissionné de ses fonctions de directeur et de vice-responsable opérationnel", a indiqué laconiquement le groupe dans un communiqué, en annonçant dans la foulée de ce départ plusieurs changements dans l'organigramme. Selon l’agence Reuters, il était l'un des candidats à la succession de James Cayne. Il était responsable de la gestion d'actifs et de l'obligataire
Dans la foulée, Allan Schwartz, un autre lieutenant de M. Cayne, a été nommé à la place de M. Spector, en faisant du même coup le probable successeur du PDG, âgé de 73 ans.
Le PDG a indiqué dans un communiqué que ce remaniement reflétait mieux "l'ampleur des talents présents dans nos équipes de direction".... Jolie phrase alors que personne n'est dupe : le départ de M. Spector, 49 ans, fait suite à la déroute des deux fonds de Bear Stearns, qui s'est soldée par une plainte déposée la semaine dernière par un investisseur et par une chute de 50% du cours de Bourse de Bear Stearns depuis le début de l'année (-2,99% à 105,11 dollars vers 16H45 GMT).
Aux sources de l'affaire se trouvent les deux fonds de Bear Stearns, High Grade Structured Credit Strategies Enhanced Leveraged Fund et High Grade Structured Credit Strategies Fund, qui avaient fait d'importants paris à effet de levier sur le marché des prêts immobiliers à risque.
En juin, la banque d'affaires avait dû renflouer ces fonds à hauteur de 1,6 milliard de dollars, avant de reconnaître que l'un n'avait plus que très peu de valeur et l'autre plus aucune. Bear Stearns a gelé les deux structures et a annoncé avoir cessé les remboursements sur un troisième fonds fin juillet. Pourtant, Bear Stearns avait auparavant indiqué aux investisseurs que ces fonds étaient solidement rentables malgré les craintes du marché sur la santé du secteur.
Le premier des deux fonds, doté de près de 920 millions de dollars, a pendant longtemps dégagé de larges bénéfices mensuels, et un second fonds a été lancé l'année dernière avec un capital d'environ 640 millions de dollars. Mais il y a quelque mois, les bénéfices ont commencé à décliner de manière significative à cause de la croissance des défauts de paiement sur le marché des prêts immobiliers à risques. Si bien que début juin, certains investisseurs ont voulu récupérer leur argent, environ 300 millions de dollars. Les fonds étant déjà à court de liquidités, Bear Stearns a tenté de les renflouer, sans succès.
Bear Stearns a été de nouveau confronté à une journée difficile vendredi avec la dégradation de sa perspective de crédit par l'agence de notation Standard & Poor's, qui lui reproche sa trop grande exposition aux prêts risqués. Le titre a perdu jusqu'à 7,9%.
Même la démission de son directeur général adjoint ne suffit pas à calmer les craintes des marchés autour de l'exposition du groupe à la crise du "subprime". Aujourd'hui, sur des marchés toujours plus fébriles, le titre Bear Stearns ne semble pas pouvoir résister à la pression et ce malgré de nombreux gages donnés aux investisseurs. Lundi, Bear Stearns poursuivait son plongeon.
Warren Spector, qui endosse avec son départ la responsabilité de la situation, a passé l'intégralité de ses 24 années de carrière au sein de la banque d'affaires. Il est même devenu à un moment le second actionnaire du groupe, derrière le PDG. L'histoire récente de M. Spector a aussi été marquée par un profond désaccord avec M. Cayne lorsque le premier a soutenu publiquement la candidature du démocrate John Kerry aux présidentielles en 2004.
Source : AFP, AOF
A lire également :

1 Commentaire
1
Un article en anglais donnant des détails sur les raisons du licenciement.
http://calculatedrisk.blogspot.com/2007/08/more-on-bear-stearns-mess.html
07 août 2007 à 10:34Ajoutez un commentaire
Merci de consulter notre charte de modération avant de poster votre commentaire.