Missions de l’ONU: le pétrole du Darfour sous contrôle international ?

Darfour_southern_sudan_map_largeEnfin ! la communauté internationale semble aborder les réels enjeux concernant le conflit au Darfour. Encore une fois, c’est le pétrole qui  est la source de toutes les misères du pays. Il est bon que les gouvernements en prennent désormais conscience et le révèlent au grand public.

Des responsables de missions de l'ONU ont proposé lundi de placer les revenus du pétrole du Soudan dans un fonds international afin d'empêcher le régime de Khartoum de "financer tueries, bombardements et nettoyage ethnique" au Darfour.

Certes, mais il convient de savoir qui financent l’armement du gouvernement soudanais, les compagnies pétrolières qui pourraient y trouver intérêt ? et cette mesure préconisée par l’ONU ne servirait-elle pas au final les intérêts américains qui voient d’un mauvais oeil la volonté hégémonique des groupes pétroliers chinois au Soudan ?

I – Projet de création d’un fonds d'investissement pétrolier obligatoire

Cet appel est lancé alors que les responsables des grandes puissances se rencontrent lundi à Paris pour unir leurs efforts en faveur de cette province de l'Ouest du Soudan ravagée par la guerre civile. Le Soudan, qui ne participe pas à la réunion, vient d'accepter, sous la pression internationale, le déploiement d'une force hybride de l'Union Africaine (UA) et de l'ONU ou Darfour.

"Pour restreindre la faculté de Khartoum à financer continuellement tueries, bombardements et nettoyage ethnique, le Conseil de Sécurité des Nations unies devrait introduire un fonds d'investissement pétrolier obligatoire -le Fonds pour le rétablissement du Darfour- tel que l'ont proposé Aegis Trust et Human Rights Watch", écrivent les signataires de cette tribune, publiée par le quotidien français Libération. "Dans le cadre de ce fonds, les exportations se poursuivraient sans interruption, assurant la continuité pour les clients du Soudan, tels que la Chine", assurent les signataires.

Les "revenus du pétrole seraient placés dans le fonds d'investissements pour tenir les sommes d'argent loin des militaires soudanais et des janjawids", les milices accusées d'exactions contre les populations civiles et seraient utilisés pour que Khartoum finance notamment des projets de développement ou humanitaires. Ce fonds cesserait d'exister à une série de conditions, selon les signataires, notamment le "déploiement complet" de la force hybride et "l'arrêt des attaques" de civils par l'armée soudanaises et les milices.

Alors qu'il était clair pour les spécialistes du secteur que le conflit actuel au Soudan était encore une fois lié aux volontés d'hégémonie de Bush en vue d'obtenir la main-mise sur une majeure partie des réserves de pétrole du pays, le président américain avait ordonné en octobre 2006 le maintien de la totalité des sanctions contre le gouvernement du Soudan, mais y avait ajouté l'interdiction de toute transaction liée aux activités pétrolières et pétrochimiques. Cette carte issue de la bibliothèque en ligne de l'Université du Texas donne une vision – américaine – très particulière du Soudan ... s'il était besoin d'appuyer mes dires ...

II – Le Soudan occupe une position stratégique importante

Pour être moins tributaire des pays arabes, Russes, Chinois, Européens et Américains recherchent d’autres lieux de production d'hydrocarbures. Si le Caucase et l’Asie centrale sont des issues très recherchées, de nouveaux conflits surgissent en Afrique de l’Ouest.

En 2004, l’odeur du pétrole plane déjà au-dessus du Darfour. Après bien des hésitations, le Conseil de sécurité de l’ONU a voté une résolution le 30 juillet 2004 pour permettre aux ONG humanitaires d’intervenir en toute sécurité et pour commencer une enquête sur le génocide en cours (seule la Chine s’est abstenue, et pour cause ...). Le Soudan semblait décidé à s’y plier, après 21 années de guerre civile qui a déjà fait 2 millions de morts.

Mais, il s’agit bien d’une guerre pour le contrôle du pétrole et la construction d’oléoducs est au coeur de ces enjeux. C’est le cas de l’ouverture de l’oléoduc TchadCameroun où sont impliqués les intérêts des firmes transnationales (Total pour la France, CNPC pour la Chine,  Petronas pour la Malaisie, Lundin pour la Suède, OMV pour l’Autriche, Talisman pour le Canada et Exxon Mobil pour les USA). Ce pipeline doit passer par le Darfour et entre dans la logique d’éviter les zones à risques et arabes en particulier. De son côté, l’Inde envisage également un oléoduc qui passera dans cette région d’Afrique, celui prévu par les firmes ONGC et Reliance Petroleum en accord avec le Soudan.

III - La stratégie réelle de Bush au Soudan

Alors que la Chine est en train de consolider ses positions au Soudan, la situation est jugée inacceptable pour Washington, qui envisagerait même selon certains de diviser le Soudan en deux, voire en plusieurs entités séparées si cela devait s'avérer être le seul moyen d'assurer son accès aux champs pétroliers. Parmi les différents groupes qui composent les milices du sud, l'administration américaine a particulièrement favorisé ceux qui revendiquent la sécession.

Un certain nombre de "missions Chrétiennes", bénéficiant d'importants soutiens financiers aux Etats-Unis, s'efforcent depuis plusieurs années d'alimenter la haine raciale contre les "Arabes". Non seulement le gouvernement américain a fourni entraînement militaire, armes et argent à l'APLS (Mouvement Armé de Libération du peuple soudanais), mais il a aussi accordé son soutien au "Mouvement pour la Justice et l'Egalité" (JEM) basé au Darfour. Le JEM est lié au fondamentaliste Al Tourabi, qui a aidé Al Bachir a accéder au pouvoir en 1989. Al Tourabi fut évincé par Al Bachir en 2000, et signa un accord avec l'APLS en 2001.

Sous la pression de Washington, un accord sur la guerre dans le sud a finalement été signé début 2004, sur la basse du "Protocole de Machakos" : il prévoit une division des ressources pétrolières entre le gouvernement de Khartoum et une "administration autonome" dans la sud, avec promesse de référendum sur l'indépendance après une période de transition de 6 ans. Si cet accord était appliqué,cela signifierait que le sud "autonome", bien que sous l'autorité de l'aile politique de l'APLS, deviendrait en fait un Etat pétrolier satellite des USA.

Les Etats-Unis font pression désormais pour acquérir toujours plus de contrôle territorial, notamment sur les 3 provinces du centre du Soudan. Par le moyen de harcèlements politiques et économiques et en apportant son soutien à tout groupe armé près à combattre le gouvernement de Khartoum, les USA espèrent déstabiliser et finalement renverser le régime actuel. L'installation d'un gouvernement au service des intérêts américains ouvrirait les vastes réserves pétrolières du Soudan aux compagnies US, au détriment de leurs rivaux. La Grande-Bretagne, la Norvège et l'Italie soutiendraient la stratégie américaine dans l'espoir de se voir attribuer une part du butin à un stade ultérieur.

IV – Le potentiel pétrolier du Soudan ...et du Darfour

Des forages pétroliers ont débuté au Darfour où des études préliminaires ont montré que le sous-sol recelait d'importantes réserves de pétrole, a fait savoir un porte-parole du ministère soudanais de l'Energie mi-Avril 2005. L'objectif alors affiché était de produire 500 000 barils par jour de pétrole brut à partir d'Août 2005. En tout état de cause, l'annonce faite par le Ministre de d'Energie n'a pas surpris la plupart des experts pétroliers, car des rapports préliminaires avaient d'ores et déjà indiqué que la région recelait des ressources en pétrole, or, fer,argent ainsi que du gaz naturel.

Les principaux champs pétrolifères soudanais actuellement en exploitation se trouvent dans le sud du pays, où un traite de paix a été signé le 9 janvier 2005 entre le gouvernement et les rebelles. Selon l'accord signé à Nairobi, au Kenya, 50% des revenus pétroliers du Sud devraient revenir à l'ALPS. Le Soudan espère atteindre un montant d'exportations de pétrole autour de 2 millions de barils par jour en 2008. Soit un mort par baril ...

V – La Chine fortement présente dans le pétrole soudanais

Si en 2003, les importations du pétrole en Chine ont augmenté de 40% par rapport à l’année précédente, Pékin travaillerait à l’heure actuelle sur environ 50 projets pétroliers et pétrochimiques majeurs au niveau international, le pays ayant besoin de sécuriser ses approvisionnements en pétrole. Ce "besoin vital" ne peut être assouvi qu’en s’attaquant à la position dominante des Etats-Unis.

Le pétrole soudanais représentait en 2003 d'ores et déjà 6% du total des importations chinoises de pétrole. Ce pourcentage est destiné à augmenter très rapidement, compte tenu des investissements massifs de la Chine dans l’industrie pétrolière soudanaise depuis 1990. La compagnie pétrolière nationale chinoise, la China National Petroleum Corporation (CNPC), possède 40% des actions de la Greater Nile Petroleum Operating Company (GNPOC), qui elle-même contrôle 2 des plus importants gisements pétroliers dans le Haut Nil occidental, au Soudan.

Vers la mi-2005, la CNPC devait débuter la production de pétrole dans le bassin de Melut, à l’Est du Nil. D’autres compagnies chinoises sont également impliquées dans la construction d’un pipeline long de 1400 kilomètres reliant le bassin de Melut à Port Soudan, où la Chine construit un terminal pétrolier pour l’exportation. La Chine est donc ainsi devenue le plus important partenaire commercial du Soudan. Il est significatif de constater qu'en 2003, les concessions pétrolières, dans la région du Darfour étaient toutes détenues par la CNPC.

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