La CGT a "condamné" mercredi l'offre hostile d'achat du géant américain de l'aluminium Alcoa sur son concurrent canadien Alcan, la qualifiant de "nouveau raid boursier", alors que la CFDT a demandé des "garanties industrielles".
Airbus, lui s'inquiète d'une éventuelle naissance d'un géant de l'aluminium qui pourrait augmenter le coût de ses matières premières.
Pour rappel, Alcoa a dévoilé lundi son offre hostile de 33 milliards de dollars sur son concurrent canadien Alcan, faute d'avoir pu négocier un rapprochement amical.
I – La CGT appelle à la mobilisation
"Cette nouvelle opération boursière est un coup dur pour l'emploi et les activités d'aluminium en France, en Europe et partout dans le monde", a estimé la CGT d'Alcan dans un communiqué. "Les objectifs annoncés d'Alcoa, d'obtenir 1 milliard de dollars de gains en trois ans vont donc produire deux fois plus de dégâts humains et industriels que les 500 millions de dollars déjà gagnés par Alcan sur Pechiney", après son rachat en 2003, selon le syndicat.
"Cette stratégie financière aggravera une situation déjà difficile: la recherche et développement, les sièges sociaux, l'aéronautique, le filage, le laminage, l'emballage et ce qui reste de nos technologies risquent de servir de nourriture à l'insatiable appétit des fonds de pension nord-américains", a précisé la CGT.
Soulignant que le cours de l'action "s'envole déjà", la CGT estime aussi que "le nouveau raid boursier, présenté comme hostile, pourrait bien se transformer en fusion amicale dans l'intérêt bien compris des actionnaires". "Quant au PDG d'Alcan, il a su faire voter un parachute doré de 13 millions de dollars le 26 avril 2007: l'OPA aura du bon pour ce beau monde", poursuit le syndicat. La CGT "appelle les salariés à se mobiliser pour défendre face à la finance, leurs emplois et les investissements nécessaires au développement de leurs industries".
II – La CFDT demande des garanties
La Fédération des mines et de la métallurgie de la CFDT, qui craint la vente de la production de tôles aéronautiques et des activités de l'emballage, pour des motifs de concurrence, a souligné que "le président d'Alcoa s'est engagé à un maintien des moyens de recherche et sièges au Canada sans faire référence à ceux français et européens".
Pour rassurer le camp canadien, Alcoa a en effet promis d'investir "significativement" au Canada et au Québec, de développer des technologies propres et de réduire sensiblement la structure de coûts, avec un milliard de dollars d'économies par an. Il s'est également dit prêt à des cessions d'actifs non stratégiques.
Pour la CFDT, "dans une conjoncture économique où le prix de revient de l'aluminium a doublé depuis ces quatre dernières années, ce qui entraîne des résultats extrêmement positifs, il est indispensable que les profits soient employés à garantir le développement des activités et de l'emploi".
III – Airbus s'inquiète d'une telle opération
Face à l'OPA de 27 milliards de dollars annoncée lundi par Alcoa, Airbus s'est dit quant à lui préoccupé.
Le projet d'acquisition d'Alcan par Alcoa ,devrait en effet créer – s'il se concrétise - un géant mondial de l'aluminium qui contrôlerait environ 25 % du marché mondial de l'alumine et de l'aluminium.
« La concentration à grande échelle en cours dans l'industrie des métaux pourrait altérer négativement le développement, le prix et la fourniture de matériaux ", a déclaré lundi Mary Anne Greczyn, porte-parole d'Airbus, dans un communiqué. " Airbus surveillera très attentivement l'évolution de la situation ".
Les constructeurs aéronautiques sont fortement dépendants de l'aluminium, même s'ils se tournent de plus vers des matériaux composites comme c'est le cas pour le nouveau 787 Dreamliner de Boeing et son rival d'Airbus, le futur A350 XWB.
IV – L'enjeu de l'OPA
Le géant américain de l'alumium Alcoa a lancé une offre hostile de 33 milliards de dollars sur son concurrent canadien Alcan, faute d'avoir pu négocier un rapprochement amical, dont un des buts et non des moindres est de détrôner le nouveau numéro un mondial du secteur, le russo-suisse Rusal.
Alcoa, actuel numéro un mondial de l'aluminium en termes de chiffre d'affaires, mais non pas en volumes produits, a dévoilé lundi les grandes lignes de son offre qui doit expirer le 10 juillet. A noter que le fonds actionnaire Jana Partners a d'ores et déjà réagi en exigeant du conseil d’administration d’Alcoa qu’il renonce à l’OPA. Il n'a pas été donné à l'heure actuelle suite à sa requête.
Si elle se concrétise, l'opération donnera naissance à un groupe représentant une capacité de production cumulée de 7,1 millions de tonnes d'aluminium par an, contre 4 millions pour Rusal, groupe né récemment de la fusion des russes Rusal, Sual et du suisse Glencore. La future entité représenterait un chiffre d'affaires cumulé d'environ 54 milliards de dollars par an, contre environ 10 milliards pour Rusal.
Avec une telle transaction, Alcoa deviendrait la plus grande compagnie d’aluminium au monde, avec un chiffre d’affaires annuel de 54 milliards dollars et 188 000 employés dans le monde. Par fusion des activités des deux entreprises, Alcoa souhaite réaliser des économies de près d’un milliard de dollars, notamment dans les frais généraux, les coûts d’approvisionnement et la fabrication. En fonction de l’acceptation ou non des actionnaires d’Alcan, la transaction pourrait être conclue à la fin de l’année 2007.
Alcoa vise l'intégralité des titres Alcan au prix unitaire de 73,25 dollars, sachant que l'obtention des deux-tiers des actions suffira pour faire aboutir l'opération. L'offre représente une prime de 32% par rapport au cours de clôture moyen d'Alcan sur les 30 dernières séances à New York.
Alcoa pour sa part déploré le recours à une offre hostile, après deux années de pourparlers infructueux. "Nous sommes très déçus que nos discussions n'aient pas abouti à une opération négociée, une issue que nous aurions de loin préférée", a déclaré le PDG d'Alcoa, Alain Belda, selon qui "des raisons stratégiques impérieuses justifient le regroupement d'Alcoa et d'Alcan".
L'offre hostile reflète en effet l'urgence pour Alcoa de se développer alors que le secteur connaît un mouvement de consolidation et que la Chine et son aluminium à bas prix gagnent rapidement du terrain.
Des rumeurs rapportent depuis février qu'Alcoa serait convoité par deux groupes australo-britanniques, BHP Billiton et Rio Tinto -- représentant respectivement 1,3 et 1,2 million de tonnes d'aluminium par an-- et que le perdant pourrait se tourner vers Alcan. Depuis le début de l'année, deux rapprochements ont déjà eu lieu: outre Rusal, l'indien Hindalco va acquérir l'américain Novelis pour 6 milliards de dollars.
Alcoa s'est dit "confiant" et "prêt" à contrer une éventuelle surenchère, anticipée par les marchés vu l'ascension du titre Alcan en Bourse.
Sources : AFP, Reuters, Economie Matin
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