Ségolène Royal, la candidate du Parti Socialiste à l'élection présidentielle a apporté mardi à Berlin son soutien à l'objectif de la présidence allemande de l'Union européenne dans le domaine énergétique.
Cette dernière prône un minimum de 20% d'énergies renouvelables dans la consommation énergétique de l'UE en 2020.
Néanmoins, les opinions des différents membres de l'UE – et non des moindres – divergent sur ce sujet, la France souhaitant notamment mettre l'accent sur le nucléaire, alors que le Conseil européen se réunit le 8 et 9 mars à Bruxelles pour traiter du dossier.
I – Ségolène Royal soutient Angela Merkel
"Je soutiens totalement Angela Merkel sur les 20% d'énergies renouvelables dans la production d'électricité, ce qui n'est pas la position du gouvernement français", a fait remarquer Ségolène Royal à l'issue d'un entretien avec la chancelière allemande dans le cadre d'une première prise de contact, durant laquelle le sujet d'Airbus a également été abordé.
Selon Mme Royal, "on doit faire un effort très puissant » dans ce sens, cela pouvant créer beaucoup d'emplois". "Sur la relance de l'Europe, nous avons le même point de vue" avec Mme Merkel, a-t-elle ajouté.
Pour rappel, le ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, avait plaidé lundi à Bruxelles pour que les dirigeants des 27 s'engagent, au conseil européen de cette semaine, à ce que les énergies renouvelables représentent 20% de la consommation énergétique globale de l'UE en 2020, contre 7% actuellement. La Commission soutient quant à elle cet objectif.
Les Vingt-Sept sont d'accord pour réduire de 30 % leurs émissions de gaz à effet de serre d'ici à 2020 par rapport à leur niveau de 1990. La présidence allemande suggère même de faire reculer les rejets de CO2 de 60 % à 80 % d'ici à 2050. Il est cependant difficile pour Mme Merkel d'accepter une formulation trop favorable au nucléaire, alors que la coalition qu'elle dirige prône officiellement la sortie de l'atome d'ici à 2020.
II – Opposition de certains membres de l'UE dont la France
La question du bouquet énergétique doit dépendre de chaque Etat membre, avait fait valoir à Bruxelles une source diplomatique française, précisant que Paris et d'autres Etats s'opposent à cet objectif contraignant.
A noter également, qu'au nom de la « promotion » du nucléaire, Jacques Chirac pose ses conditions. Pour les Français, la lutte contre le réchauffement climatique impose de ne pas s'intéresser aux seules énergies renouvelables, mais aussi aux sources à faible teneur en carbone, comme le nucléaire. "Nous devrions nous fixer un objectif général pour les énergies non carbonées, qui pourrait être contraignant. Et à l'intérieur de cet objectif, on pourrait se fixer un sous-objectif pour les énergies renouvelables", a indiqué Catherine Colonna, la ministre déléguée aux affaires européennes lors d'une rencontre avec ses homologues, lundi 5 mars à Bruxelles.
Selon la France, qui plaide pour un seuil de 40 % ou 45 % d'énergie non carbonée, il ne serait pas judicieux de se concentrer sur les renouvelables, alors que le nucléaire permettrait aussi, selon eux, de lutter contre le réchauffement de la planète. Cependant, lde nombreux pays ne peuvent accepter que l'on cite le nucléaire dans la catégorie des énergies "propres".
En tout état de cause, l'affaire serait tellement stratégique pour la France que les diplomates ne voient pas Jacques Chirac céder sur ce point. "Les Français ne modifieront pas leur politique énergétique pour faire plaisir à Merkel", souligne l'un d'eux. Un compromis tenant compte de la position de la France et des pays de l'Est devrait toutefois être trouvé.
Une douzaine d'Etats membres ont rappelé lundi qu'ils ne voulaient pas entendre parler d'un objectif obligatoire en matière d'énergies renouvelables. Parmi eux se trouvent la Finlande et la République tchèque, qui misent aussi sur le nucléaire, et la plupart des nouveaux Etats membres, pour lesquels une règle trop stricte serait coûteuse. La Suède, le Danemark, l'Espagne soutiennent au contraire la présidence allemande de l'Union. Angla Merkel a également arraché la semaine dernière l'appui des Britanniques, qui refusaient jusqu'à présent de s'engager de manière ferme mais qui ont changé d'avis au nom de la crédibilité de la lutte contre le réchauffement.
Sources : AFP, Reuters, Le Monde
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