Alors que le Président d'Airbus Louis Gallois déclare vendredi dans une interview au Courrier Picard examiner la possibilité qu'"un partenaire investisseur prenne totalement ou partiellement en charge le site" de Méaulte dans la Somme, au nord de la France, syndicats et conseils régionaux se mobilisent.
Ainsi tandis que le syndicat CFTC affirme haut et clair que le site de Méaulte peut et doit rester dans le giron d’Airbus, le président PS du conseil régional de Picardie, Claude Gewerc a proposé à Airbus d'être "partenaire à part entière" sur son site de Méaulte, les collectivités locales offrant également un partenariat financier à Airbus.
I – Gallois : un partenaire pour la reprise de Méaulte ?
Le président d'Airbus Louis Gallois a déclaré dans une interview au Courrier Picard rechercher pour Méaulte « un partenaire investissant sur le site pour des pièces composites", Louis Gallois précise qu'"il y a une possibilité (...), c'est que ce partenaire investisseur prenne totalement ou partiellement en charge le site".
C'est une solution qu'il faut examiner", ajoute-t-il, en soulignant qu'"il faudrait que le partenaire fasse la démonstration qu'il peut assurer l'avenir de ce site". "Méaulte est essentiel dans le dispositif. Il fera en tout état de cause toujours partie de ce que j'appelle +l'entreprise étendue+ au sein de laquelle on a des relations de long terme, on échange technologies et savoir-faire", note le PDG, qui ajoute que "c'est ce que fait Boeing avec les Japonais pour les ailes ou Alénia pour le fuselage". "Ce n'est pas la seule solution, mais je suis pragmatique et je suis prêt à la discussion", ajoute-t-il.
Selon Louis Gallois, "les investissements totaux nécessaires au passage aux composites" sur les sites de Filton (Grande-Bretagne), Nordenham (Allemagne) et Méaulte "représentent 500 à 600 millions d'euros". "Nous ne pourrons pas le réaliser nous-mêmes. Boeing ne le fait pas non plus et s'appuie sur des partenaires, c'est une de ses forces", explique-t-il. Evoquant les réductions d'effectifs, qui concerneront selon lui les "administratifs", M. Gallois précise que "c'est un problème surtout à Toulouse, mais moins à Méaulte, qui devra toutefois apporter sa contribution". Certes, joliment dit mais inquiétant tout de même.
II – Problème de l’investissement dans les matériaux composites
Dans le cadre du plan de restructuration d’Airbus, trois sites (Méaulte, Filton et Nordenham) resteront dans le périmètre de « l'entreprise étendue». Airbus n'aurait plus les moyens d'investir les sommes suffisantes pour faire passer ces usines du métal aux composites et cherche actuellement des partenaires pour le faire. Ces partenaires prendront progressivement le contrôle de ces sites et recevront en échange des contrats à long terme. Le nom du Toulousain Latécoère a été fréquemment cité pour reprendre l'usine de Méaulte estimée à 150 M€. Mais d'autres grands acteurs du secteur comme l'américain Spirit ou l'italien Alenia ont été cités par Fabrice Brégier, le directeur général d'Airbus.
Le gouvernement sera "particulièrement vigilant" pour quil "ny ait aucun licenciement sec", a réaffirmé le Premier ministre. De même, il faut que "chaque site ait un avenir industriel garanti".
"Il y a sur ce point des interrogations, notamment à Méaulte. Je veux le dire clairement: ce site doit rester un centre d'excellence aéronautique", a dit M. De Villepin. Pour cela, Airbus doit "reste(r) un partenaire essentiel à Méaulte, tant sur le plan financier que technologique" et il faut que "des investissements stratégiques soient réalisés, notamment pour évoluer vers les matériaux composites". "Ces investissements seront réalisés", a-t-il promis.
L'Etat français va débloquer 100 millions d'euros pour la filière des matériaux composites, qui est "décisive pour l'avenir aéronautique français", a annoncé jeudi le Premier ministre Dominique de Villepin lors de sa conférence de presse mensuelle. "Ces 100 millions d'euros seront financés par redéploiement au sein du budget de l'Etat et par les autres outils de politique industrielle", a-t-il précisé, en insistant sur le nécessité d'"aider les entreprises à franchir de nouveaux caps technologiques". M. de Villepin a souligné que l'investissement dans l'innovation était "au coeur de la politique industrielle du gouvernement". L'Etat "n'a pas à se substituer aux entreprises mais il doit être un soutien pour elles", a-t-il ajouté. Par ailleurs, "lundi prochain, une charte de confiance sera signée à Toulouse entre Airbus et ses sous-traitants", a annoncé le Premier ministre. Des avances remboursables seront accordées par l'Etat aux PME du secteur aéronautique à hauteur de 80 millions d'euros, a-t-il rappelé.
III – Les collectivités locales se mobilisent
En Picardie, le président PS du conseil régional Claude Gewerc a proposé à Airbus d'être "partenaire à part entière" sur son site de Méaulte, dans la Somme. "Nous sommes prêts à vous accompagner dans le développement de la plate-forme de Méaulte sur le composite", a -t-il déclaré à l'issue d'une rencontre entre élus et responsables syndicaux de l'avionneur. Cette initiative est partagée par le président UDF du conseil général, Daniel Dubois. "Nous, collectivités locales, offrons un partenariat financier à Airbus", a-t-il affirme. Ce partenariat réunirait l'Etat, Airbus et les collectivités locales, qui n'ont pas précisé le montant de leur engagement financier.
Après l'annonce du plan de restructuration d'Airbus, huit présidents de régions à majorités socialistes ont écrit jeudi à Dominique de Villepin pour lui demander de définir dans quelles conditions elles pourraient entrer dans le capital d'EADS. Les élus estiment en effet "insignifiants" les montants des aides à la filière aéronautique annoncés par Dominique de Villepin à Toulouse le 14 novembre et dénoncent le fait que "le gouvernement n'annonce aujourd'hui aucune mesure nouvelle pour soutenir la filière, défendre l'emploi, et pérenniser les sites industriels menacés".
Aussi veulent-ils s'impliquer... et s'appuient sur l'exemple allemand."Si les régions allemandes entrent au capital d'Airbus en recherchant des parts cédées par Daimler Chrysler, les régions françaises doivent pouvoir en faire autant", estiment les présidents des régions Midi-Pyrénées, Pays-de-la-Loire, Picardie, Aquitaine, Centre, Ile-de-France, Poitou-Charentes et Provence-Alpes-Côte-d'Azur. "La violence de cette restructuration (qui implique 4300 suppressions d'emplois en France) contraste avec les réactions du gouvernement, qui semble toujours ne pas prendre la mesure de l'impact", écrivent les élus de ces régions particulièrement touchées par le plan de restructuration Power8, en dénonçant le "maquillage de la réalité" des propos du Premier ministre sur "l'absence de licenciements secs".
IV – CFTC : Le site de Méaulte peut et doit rester dans le giron d’Airbus
Selon le syndicat CFTC, suite à la présentation faite par la direction d’Airbus du plan de restructuration, il est désormais nécessaire de laisser aux représentants des salariés le soin d’en discuter avec la direction de l’entreprise puis d’en négocier les modalités de mise en œuvre. La CFTC affirme vouloir veiller à ce qu’il n’y ait aucun licenciement sec non seulement chez Airbus, mais aussi dans les entreprises sous-traitantes. Car c’est bien là que le bas pourrait blesser et les éventuelles suppressions d’emplois se faire plus « discrètes », d’autant plus que les syndicats sont souvent peu implantés dans ce type de sociétés ou en tout cas disposent de moins de pouvoir de négociations.
Concernant Méaulte, la CFTC estime que ce site peut et doit rester dans le giron d’Airbus. Pour cela, un investissement de 150 millions d’euros dans les matériaux composites est nécessaire que l’entreprise refuse de faire, selon le syndicat. Les collectivités locales ont déjà indiqué qu’elles sont prêtes à investir 50 millions.
Restent à trouver 100 millions. Aujourd’hui, la CFTC s’oppose à toute idée de partenariat industriel avec un autre avionneur : c’est à l’Etat français de prendre ses responsabilités en investissant les 100 millions restant. Des déclarations récentes du Premier ministre semblent aller dans le bon sens, mais le syndicat estime nécessaire que le gouvernement affiche sa volonté de mener ce projet à son terme.
Dans un second temps, la CFTC n’exclut pas la possibilité de recourir à un partenariat, mais elle estime que ce n’est pas encore d’actualité. Elle appui son discours sur le fait que dans la construction d’un avion, il existe des cœurs de métier et que les salariés du site de Méaulte possèdent une réelle maîtrise de la fabrication des pointes avant des Airbus.
La CFTC ne souhaite pas non plus voir Airbus subir, à terme, le même sort qu’Eurocopter, issu du rapprochement, en 1990, du Français Division Hélicoptère et de l’Allemand MBB. Au moment de la fusion le premier commercialisait 220 appareils, le second, 12 ; le capital était français à 70 % et allemand à 30 %. Dix-sept ans plus tard, le capital est détenu à 50 % par la France et à 50 % par l’Allemagne ; le PDG du groupe est allemand, ainsi que la majeure partie de l’état-major, ce qui n’est pas sans créer un malaise auprès des managers et de l’ensemble des salariés français. Il n’est pas question, pour la CFTC, de verser dans les querelles de clocher, mais selon elle, la France dispose d’un savoir-faire qu’elle doit conserver sous peine de voir disparaître tout un pan de son économie.
Sources : AFP, EuroInvestor, Reuters, CFTC
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