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Gaz bolivien : l'Amérique latine réunie

Moralesd3105am1_1Alors qu'Evo Morales, le nouveau Président bolivien a déclaré lundi la nationalisation des hydrocarbures, le pays pourrait entraîner désormais dans son sillage l'Amérique latine. Les présidents argentin, vénézuélien, brésilien et bolivien se réuniront en effet jeudi en Argentine, pour discuter des conséquences de l'annonce de ces mesures.

Une délégation espagnole ira quant à elle dans les prochains jours en Bolivie chercher des "éclaircissements" sur le dossier qui concerne notamment Repsol. Cette décision a provoqué de graves inquiétudes parmi les investisseurs étrangers en Bolivie, en particulier le  Brésil. La compagnie brésilienne Petrobras, investisseur majeur dans le pays depuis 1996 avec environ 1,6  milliard de dollars investis, contrôle 14,5% des réserves  boliviennes de gaz naturel. Le président Lula a tenu une réunion d'urgence avec ses principaux conseillers mardi pour étudier la réponse à donner. ExxonMobil et Total se refusent à l'heure actuelle au moindre commentaire.

I – Réunion jeudi de l'Amérique latine des hydrocarbures

Les présidents argentin, vénézuélien, brésilien et bolivien se réuniront jeudi en Argentine, pour discuter des conséquences de la nationalisation annoncée des hydrocarbures boliviens. Les présidents doivent également discuter du gazoduc que prévoient de construire l'Argentine, le Brésil et le Venezuela. La réunion a été organisée à l'initiative de MM. Lula et Kirchner. La Bolivie livre chaque jour 30 millions de m3 de gaz naturel par jour au Brésil, soit la moitié de sa consommation, et entre 4,5 et 5 millions de m3 à l'Argentine. Le contrat argentin arrive à échéance à la fin de l'année. Buenos Aires a déjà accepté en avril le principe d'une augmentation du prix payé à la Bolivie.

Dans un communiqué publié mardi soir, le président brésilien "reconnaît comme un acte inhérent à sa souveraineté" la décision de la Bolivie mais il a indiqué parallèlement que son gouvernement "agira avec fermeté et tranquillité dans toutes les instances pour préserver les intérêts de la compagnie nationale Petrobras, et va mener à bien les négociations nécessaires pour garantir une relation équilibrée et mutuellement avantageuse pour les deux pays". Un conseiller du président Lula a reconnu que le gouvernement brésilien avait été "pris de court" par le décret présidentiel bolivien.

Le groupe français Total se refuse pour l'instant à tout commentaire, le seul communique publié mercredi faisant état de nouveaux gisements de gaz en Algérie. La production du groupe français en Bolivie atteint 21 000 barils équivalent pétrole par jour, soit 0,8% de sa production totale, à savoir une implantation bien moins significative qu'au Venezuela (4,5% de la production de la compagnie française).

II - Madrid envoie techniciens et politiques en Bolivie

Une délégation de politiques et techniciens espagnols ira dans "les prochains jours" en Bolivie chercher des éclaircissements sur la nationalisation des hydrocarbures, la mesure concernant notamment le pétrolier espagnol Repsol . L'envoi de cette délégation a été décidé lors d'une conversation téléphonique mardi soir entre le président bolivien Evo Morales et le chef de la diplomatie espagnole, Miguel Angel Moratinos, a indiqué le secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères, Bernardino Léon.

L'Espagne se dit inquiète sur le sujet, et ce d'autant plus que selon elle, existe "une certaine confusion". Elle estime que la décision n'a pas été prise par le gouvernement bolivien selon les formes appropriées, les messages envers la communauté internationale étant jugés quant à eux peu encourageants. Le gouvernement espagnol et Repsol estiment que de nombreux points devront être précisés dans le cadre de négociations pour lesquelles le gouvernement bolivien a fixé un délai de 180 jours. L'exécutif espagnol se dit devoir doit agir avec la plus grande fermeté et la plus grande prudence.

Madrid est "en contact permanent" avec les dirigeants des pays concernés par la nationalisation, Argentine, Brésil, Venezuela et Bolivie, qui vont se réunir jeudi en Argentine, a indiqué M. Léon. "Il reste beaucoup à faire et la balle est d'une certaine façon dans le camp de la Bolivie", a-t-il insisté. Le gouvernement espagnol espère que le processus de négociations pourra établir un mécanisme qui permette aux entreprises de se maintenir en Bolivie d'une façon raisonnable.

Parmi les 26 opérateurs concernés, le groupe espagnol est l'un des plus exposés : il contrôle actuellement, via sa filiale Andina, plus de 25% de la production de gaz bolivien, soit 17% de ses réserves globales. De plus, l'annonce intervient quelques semaines après la démission du président d'Andina, Julio Gavito, accusé par la justice bolivienne de «contrebande de pétrole». Il est reproché à Repsol d'avoir acheminé frauduleusement 230 400 barils (en 2004 et 2005) pour un montant proche de 10 millions de dollars. Les soupçons ont été dénoncés en bloc par la 6ème compagnie mondiale, qui a assuré Julio Gavito de son soutien. Pour la compagnie espagnole, la Bolivie est un pays d'autant plus sensible que le groupe a été obligé, voici quelques mois, de revoir sensiblement à la baisse son portefeuille de réserves, au nom précisément de la menace d'une nouvelle loi sur la gestion des hydrocarbures.

III- Brésil : vives inquiétudes pour Petrobras

Avec le pétrolier espagnol, le brésilien Petrobras est l'autre groupe concerné au premier chef par l'annonce du gouvernement bolivien. Depuis 1994, Petrobras a investi un milliard de dollars dans ce pays, où il contrôle lui aussi 25% de la production de gaz. De plus, la quasi-totalité des infrastructures de raffinage relève de son périmètre. Actuellement, plus de 26 millions de m3 de gaz naturel bolivien sont exportés chaque jour au Brésil, soit la moitié de sa consommation. La filière gazière se révèle donc cruciale pour les compagnies étrangères comme pour la Bolivie. Petrobas vient de rappeler que son implantation pèse 19% du PIB de la Bolivie et le 1/4 des investissements directs étrangers dans le pays.

Avant que le président Evo Morales n'annonce la nationalisation des hydrocarbures, Petrobras avait soumis à la Bolivie un protocole d'accord assorti de plusieurs axes de coopération, notamment dans le gaz, le pétrole ainsi que les biocarburants. Mais les compagnies disposent désormais d'un délai de 180 jours pour «régulariser» leur situation.

IV – Nationalisation : la contagion pourrait s'étendre

La nationalisation des hydrocarbures en Bolivie est une mauvaise nouvelle pour les compagnies internationales, de plus en plus soumises aux contraintes imposées par les États pour explorer les ressources naturelles. Cette décision du président bolivien Evo Morales confirme « un mouvement de nationalisme pétrolier et gazier en Amérique latine, Venezuela et Brésil en tête, dont la contagion pourrait s’étendre au Mexique », juge en effet Nicolas Sarkis, directeur de la revue Pétrole et gaz arabes.

La Commission européenne s’est également dite "soucieuse" après la publication du décret de nationalisation. Pour M. Sarkis, "c’est un signe inquiétant pour l’avenir car les pays où les compagnies peuvent travailler librement sont de plus en plus rares".
La Russie, qui abrite d’immenses réserves gazières, autorise les investissements étrangers à condition que les groupes russes détiennent 51 % des contrats d’exploration. L’Iran, quatrième producteur de pétrole au monde, a inscrit dans sa Constitution l’interdiction du régime de concession pour verrouiller l’accès aux ressources. Et dans la plupart des pays producteurs, comme en Arabie saoudite, même si aucune loi ne l’impose, il est en général incontournable pour les compagnies étrangères de nouer des partenariats avec les groupes locaux. Avec la flambée des prix, le rapport de force avec les États producteurs a changé, tel le Tchad, tout récent pays producteur, qui n’hésite pas à affronter la Banque mondiale.

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Voici les sites qui parlent de Gaz bolivien : l'Amérique latine réunie:

Commentaires

Elisabeth

4 mai 06 15:47:06

Nationalisation des hydrocarbures: une "voie dangereuse", selon l'AIE - MADRID, 4 mai 2006 (AFP)

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La nationalisation des hydrocarbures est "une voie dangereuse pour l'Amérique latine" qui "effraye les investisseurs", a averti jeudi le sous-directeur de l'Agence internationale de l'énergie (AIE), en référence à la décision prise par le président bolivien Evo Morales.

"Evo Morales sait qu'il a besoin de la capacité financière et technique des compagnies (pétrolières), et ces dernières ont besoin du gaz bolivien. En conséquence, il y a une dépendance mutuelle", a estimé William Ramsay, dans un entretien paru dans le journal économique espagnol Expansion.

Le numéro deux de l'AIE demande à La Paz de ne pas suivre l'exemple du Venezuela. "S'il n'y a pas d'équilibre entre les intérêts des compagnies et ceux du pays, le perdant c'est finalement le pays", a-t-il affirmé.

"Il suffit de voir la capacité de production du Venezuela, qui a chuté de façon dramatique. C'est le prix à payer", a-t-il fait remarquer.

La Bolivie doit se demander "si la politique pétrolière du Venezuela est celle dont bénéficie le plus les vénézuéliens, ou si la politique du Nigeria est la meilleure pour le pays", a-t-il indiqué.

Selon William Ramsay, la Bolivie se trompe si elle tente de réduire le rôle des compagnies à celui d'une simple prestation de services.

L'Iran et le Mexique ont tenté de suivre cette voie, avec peu de succès d'un point de vue des investissements. "Les compagnies développent une activité en acceptant un risque et en obtenant un bénéfice pour ce risque. Ce ne sont pas des prestataires de services pour un entrepreneur", a-t-il souligné.

D'après ce responsable de la AIE, le "Brésil et l'Argentine devraient être préoccupés" car à court terme le plus grand danger concerne l'approvisionnement régional (de l'Amérique latine).

Mais "je ne crois pas que la Bolivie ait intérêt à mettre en danger sa relation avec ses partenaires (régionaux)", a-t-il estimé


Phil

4 mai 06 18:03:52

un pays doit être maitre de ses ressources. Tout autre argument relève de l'hyppocrisie.


Elisabeth

5 mai 06 01:41:16

Bolivie: envoi gaz à Brésil et Argentine garanti, mais renégociation du prix - PUERTO IGUAZU (Argentine)
, 4 mai 2006 (AFP)
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La Bolivie garantira la fourniture de gaz naturel au Brésil et à l'Argentine mais les prix seront renégociés de manière bilatérale, ont annoncé les présidents des trois pays au terme d'un sommet auquel participait aussi le chef d'Etat vénézuélien.

"La fourniture de gaz est garantie", a déclaré le président argentin Nestor Kirchner, après cinq heures de discussions avec ses homologues Evo Morales (Bolivie), Luis Inacio Lula da Silva (Brésil) et Hugo Chavez (Venezuela).


Le président brésilien a souligné que les conséquences du décret de nationalisation sur les investissements de Petrobras ainsi que de nouveaux tarifs pour le gaz seraient discutés bilatéralement.

"Cette réunion a permis de garantir les approvisionnements en gaz et (le fait) que les prix seront discutés entre les parties prenantes", a déclaré Lula, alors que le président de Petrobras Sergio Gabrielli avait exclu avant le sommet toute modification des prix pour les contrats actuels (valables jusqu'en 2019).

A l'issue du sommet, les quatre présidents ont diffusé une déclaration commune estimant que "la discussion sur les tarifs du gaz doit avoir lieu dans un cadre rationnel et équitable qui rende viable les activités entreprises". Toutefois, le texte souligne que les nouveaux tarifs viseront "un développement équilibré entre les pays producteurs et consommateurs".

Lors de la conférence de presse finale, le président brésilien a précisé que les "nouveaux prix seront discutés de la manière la plus démocratique possible". Il s'est montré plutôt compréhensif à l'égard de La Paz: "nous reconnaissons la situation difficile de la Bolivie et du président Evo Morales", ajoutant que le Brésil "reconnaît la souveraineté de la Bolivie sur ses ressources".

2006 AFP


Elisabeth /REPSOL

5 mai 06 01:45:10

Repsol-YPF poursuit ses activités en Bolivie sans "renoncer à ses droits"
MADRID, 4 mai 2006 (AFP)
Le groupe pétrolier espagnol Repsol-YPF a annoncé jeudi qu'il "poursuivra ses activités en Bolivie", sans "renoncer à ses droits", dans un communiqué diffusé à Madrid, trois jours après l'annonce de la nationalisation des hydrocarbures en Bolivie.

"Repsol-YPF est disposé à rester en Bolivie sans renoncer à ses droits", écrit la société espagnole.

Dans une lettre adressée au président de la compagnie nationale bolivienne YPFB, Jorge Alvarado, le groupe espagnol manifeste "sa volonté de collaborer avec le gouvernement bolivien, sans que cela suppose qu'il doive renoncer à la défense de ses droits", précise le communiqué.

Repsol demande à M. Alvarado "de préciser les termes du décret" de nationalisation pris lundi par le président bolivien Evo Morales, pour qu'il puisse "être interprété correctement".


Marge de 20% /Elisabeth

5 mai 06 12:23:02

Bolivie: les pétroliers conserveront une marge de 20% (ministre Bolivien)- MADRID, 5 mai 2006 (AFP)

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Le ministre bolivien de la Planification, Carlos Villegas, a assuré vendredi que la nationalisation des hydrocarbures boliviens n'empêcherait pas les compagnies pétrolières de dégager une marge "très acceptable" d'environ 20%, dans un entretien à la radio espagnole Cadena Ser.

Le décret de "nationalisation" du président bolivien Evo Morales impose une nouvelle répartition des revenus des hydrocarbures, réservant 82% à l'Etat contre 50% précédemment.

"Le gouvernement bolivien a fait une étude technique et économique préablable (...). Ce que nous avons pu voir, c'est qu'avec 18%, les entreprises récupèrent leur coûts d'investissement et opérationnels et dégagent une marge d'environ 20%", a déclaré le ministre bolivien.

"Je crois que c'est assez acceptable si l'on compare ce taux de profit avec celui en vigueur dans le secteur pétrolier à travers le monde", a-t-il estimé, justifiant la nationalisation des hydrocarbures par les crises économique et sociale que traverse la Bolivie, pays le plus pauvre d'Amérique latine.

M. Villegas a encore assuré qu'en dehors de "secteurs stratégiques" des hydrocarbures et des mines, il n'y aurait "aucun changement d'aucune nature" en Bolivie.

"La sécurité juridique des entreprises nationales et ou étrangères est garantie" pour tous les autres secteurs, a-t-il promis, citant les entreprises espagnoles présentes dans l'électricité ou la fabrication d'explosifs.

Quelque 26 multinationales dont Repsol-YPF (Espagne), Total (France), Exxon (Etats-Unis), British Gas (GB), Petrobras (Brésil), sont visées par le décret du gouvernement bolivien qui leur impose de remettre la propriété des gisements et l'exploitation à la compagnie publique bolivienne YPFB.

Repsol-YPF, qui par le biais de sa filiale Andina contrôle 25,7% de la production de gaz de la Bolivie, a annoncé jeudi qu'il "poursuivra ses activités en Bolivie" sans "renoncer à ses droits".


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