Il y a des choses que les "vieux" savent bien, c'est qu'il y a des indices négativement ou positivement corrélés alors que rien ne le laisserait vraiment supposer dans leurs ventilations respectives. Par exemple, le S&P 500 et le spread entre les bons du Trésor à 10 ans et ceux à 2 ans. Ou bien le dollar et le spread entre le 10 ans et les corporate Baa. On n'apprend pas ça à l'école, mais sur le tas en traversant des moments de doute pendant lesquels tout le monde gamberge et cherche à retrouver le nord dans le brouillard. Ci-contre, vous voyez l'écart entre la dette US court-terme et moyen-terme comparée avec le S&P 500: le quantitative easing est très visible fin 2008. Or, à la surprise générale, nous avons maintenant les actions et ce spread qui grimpent ensemble ... (au passage, notez encore que le 666 du S&P 500 est inexistant sur la courbe de spread, ce qui renforce encore l'idée exposée ici).
Cela fait quelques temps déjà que je vous ai fortement incités à tenir à l'oeil le marché obligataire, et plus particulièrement les Treasuries US, parce que c'est là que ça se passe ... pour le moment. Il y a des gros problèmes au menu: d'abord, les grosses banques US sont en train de siphonner le marché pour se recapitaliser de toutes les façons possibles (émission de dette ou nouvelles actions avec effet dilutif 100% gratuit pour les actionnaires qui ne sont pas sortis en temps utile), ensuite il y a le problème avec GM (celui-là, tout le monde en parle donc je n'épilogue pas), et ensuite, il y a les 900 milliards de dette étatique à placer sous forme de Treasuries d'ici septembre. Et c'est ça qui coince pour le moment: il y a tellement de vilains spéculateurs mal intentionnés (qui vont finir dans un camp de moralisation sarkozienne du capitalisme avec Carla en infirmière et Hortefeux en gardien bougon) que meme à Bloomberg, on évoque la possibilité que toute cette dette ne trouve pas preneur! Tout ça à cause des Chinois qui se font tirer l'oreille pour absorber tout ce papier ... Toutefois, Moody's essaie de rassurer les foules en maintenant la note AAA de cette meme dette.
Cette note fait suite à la première sur une introduction sans prétentions aux aléas du marché obligataire par les temps qui courent. En particulier, j'aimerais ici proposer l'idée que la correction à venir sur les marchés actions viendra d'un mouvement de fuite devant la dette à long terme, ce qui a d'ores-et-déjà commencé cette semaine avec la remontée en flèche des taux longs (dont on a parlé ici). La remontée des taux longs, c'est un vrai problème pour les actions; plusieurs raisons à cela, la plus simple étant que les gens arbitrent en faveur de la dette obligataire lorsque la prime de risque (rendement actions via les dividendes) devient négative et que le risque de la perte en capital devient bien réel. Pour parler comme la dernière fois, papy et mamy arbitrent leur PEA en faveur de l'assurance-vie et ce faisant, achètent la dette sarkozienne qui reste en bonnes mains made in France (comme aux USA pendant la WW2). Ne vous y trompez pas, lorsque les comptes de papy et mamy seront saturés, on parlera de downgrade en France et vous verrez les CDS passer nettement au-dessus des 38 actuels.
Les nouvelles passent tellement vite dans les cours dans le monde merveilleux des marchés efficients ... Eh oui, des rumeurs malveillantes courent à propos d'un éventuel downgrade de la dette de nos voisins d'Outre-Manche. En tout cas, la T-Note à 10 ans de chez l'oncle Sam a subi un véritable sell-off aujourd'hui à Wall Street (les méchants spéculateurs dérégulés et porteurs de H1N1 seront exécutés en place publique demain à l'aube!). La bougie blanche du jour est réellement impressionnante. Mais comment, ca s'est déjà passé pour le Japon il y a quelques jours ? Mais alors, quel est le suivant sur la liste ? Se pourrait-il que les méchants tenants de l'idée d'un krach obligataire soient dans le vrai ?
Après vous avoir infligé une série d'articles sur le secular bear market actuel (et aussi expliqué pourquoi il est pratiquement impossible d'en calculer sérieusement un objectif à la baisse -- tout au plus peut-on envisager une tendance), je vous propose aujourd'hui une petite mise au point sur le marché obligataire, et ceci pour 2 raisons. La première, c'est le quantitative easing et tous ses dérivés introduits d'abord par la FED (voir cette video, celle-ci sur les cartes de crédit et aussi celle-ci sur le leverage), puis par la BoE et enfin la BCE (comme quoi malgré les rodomontades caractéristiques des vieux prétentieux, JCT finit par suivre le troupeau en maugréant); on ne peut pas vraiment comprendre sans mettre les mains dans l'obligataire. La seconde, c'est que l'assurance vie étant le placement préféré des Francais (rassurez-vous, c'est l'unique référence à Jacques Marseille que je ferai dans tout cet article), l'obligataire concerne un maximum de gens convaincus d'etre complètement à l'abri du risque de marché (les naifs!).
Au blog finance, nous avons parfois des accès de nostalgie, et au contraire des jeunes traders dynamiques et pleins d'audace pour qui le long terme, c'est dans une heure, nous aimons regarder le passé afin de mesurer l'ampleur des changements induits par la récession technique d'Eric Woerth et de tantine Christine. Donc voila, il y a fort longtemps (on entend presque le générique de Star Wars), fut créé un indice qui suivait les spreads sur des obligations (de la dette, quoi ...) émises par des acteurs qui présentaient tous la particularité d'etre de près ou de loin liés aux secteurs qui faisaient des merveilles: l'immobilier et l'endettement. Plus tard, on a appris à les appeler par leur nom, les Mortgage-Backed Securities. Ces produits étaient régis par des indices qui faisaient super-chic, avec plein de consonnes dans leur acronyme: on a pris l'habitude de suivre les CMBX, notamment le bon vieux CMBX-NA-A3 (Ze future is here, but the truth is out there). Alors, vous pouvez toujours vous amuser à suivre l'évolution de ces spreads, par exemple en effectuant une recherche par Google sur notre blog: la grimpette est impressionnante. On se croirait presque dans les meilleurs moments de Pantani au Tour d'Italie ...
Souvenez-vous d'il y a quelques mois, nous avions des présentateurs TV galvanisés qui nous expliquaient sur un ton aussi docte qu'irrité que "les banques ne se faisaient plus confiance" et que "la défiance bloquait le crédit". Comme si on pouvait etre tellement bete au point de ne pas avoir envie de distribuer des prets à des gens dont le destin à court terme se ventile entre le chomage et l'emploi précaire (avant, on disait la pauvreté). Puis, l'Hyper a nommé un type nommé René Ricol pour faire le médiateur (comme le benet chez Laurent Ruquier qui allait interviewer des mémés dans la rue) entre les pauvres et les établissements bancaires qui géraient toutes leurs dettes à la limite de l'insolvabilité. Pour sur, on allait voir ce qu'on allait voir, qu'ils disaient à la TV (la TV aime les discours volontaristes, ca leur donne l'impression de vivre dans une série américaine genre "24 heures chrono" ou à la rigueur dans le film de Walt Disney "Bolt"). Depuis, plus rien ... Juste des gens qui nous disent que le terrorisme fait son grand retour sans Ben Laden qui est reparti vivre à Ibiza avec ses frères milliardaires et plein de jolies filles au bord de la piscine à écouter de la lounge islamique. 2009 sera l'année pendant laquelle ce qui reste de la classe moyenne se rendra vraiment compte qu'à la TV, on dit n'importe quoi, et que personne de solvable n'a envie de s'endetter pour des biens dont la valeur ne fait que dégringoler de jours en jours ... Le marché de la dette a fini ses beaux jours.
Certains lecteurs se souviennent peut-etre de cette réforme de l'an passé intitulée mystérieusement FASB 157, et qui stipulait que dorénavant, on abandonnait le mark-to-model pour revenir au plus traditionnel mark-to-market; voir ici. Ce passage fut particulièrement douloureux pour ce que l'on appelait encore à l'époque les level 3 assets (titres illiquides, par opposition aux level 1 assets, très liquides et très faciles à pricer): depuis, ils ont été rebaptisés troubled assets, voire actifs pourris. Mais, o miracle, voila que la Securities Exchange Commision a décrété qu'il fallait remettre en cause cette réforme et ré-imposer le mark-to-model autant que possible pour éviter que le mark-to-market continue à laminer les actifs polluant le bilan (et le hors-bilan) des banques de par le monde ... En gros, ce qu'il faut retenir de la reforme de la réforme, c'est que "le marché se trompe"; c'est-à-dire que l'on est en train de passer du dogme "Mr. market is always right" à l'opposé "Mr. Politician is never wrong". On appelle ca un retour au dirigisme, et le bon peuple gavé de discours creux sur l'absence de règlementation applaudit des 2 mains, tout convaincu qu'une bande de guignols à cravatte secondés par des spin doctors le traitera infiniment mieux que des banquiers d'affaires.
Une fois n'est pas coutume, le blog finance vous propose pour cet été quelques lectures.
Ces dernières pourraient donner matière à réflexion, histoire de ne pas bronzer idiot, si tant est qu'il y ait du soleil, bien sûr ...
Premier tome de notre "saga" d'un nouveau genre : un livre intitulé “Sarkozy et l'argent roi”.
La bourse et les marchés nous réservent chaque jour leur quota de surprises. Ainsi, un nombre considérables d'analystes essayent de comprendre de mieux en mieux les phénomènes. Il est toutefois étonnnant que ce qui prédomine est toujours la règle du suivi de la tendance. Je m'explique. Votre conseiller en gestion de portefeuille vous propose généralement d'acheter telle ou telle valeur, car elle a réalisée de bonnes performances durant une certaine periode passée. C'est comme si Monsieur Météo de la télé ou de la radio vous disait : "aujourd'hui il a fait beau, donc demain il fera beau !". Vous le traiteriez illico de guignol et ne croiriez pas. Juste ? Eh bien, votre chargé de clientèle, vous le croyez, malgré qu'il vous dise la même chose ! Un bel exemple de ces dernierès semaines est la ruée vers les obligations dites "high yield". Ces coupons ne sont autres que des "junk bonds" surévaluées pour le moment, car quelques mois auparavant on pouvait acheter du BB et les voir up-rated en BBB ou même BBA. De ce fait, on voit sur le marché des valeurs à 104 pour un taux de 14%, mais qui donnera moins de 100 car elle est déjà trop aspirée par la mouvance "high yield" du moment ! Vu que beaucoup de monde pense que le temps de demain sera le même que nous avons eu hier, ça marche. Et ça marche tellement bien, que certaines grandes multinationnales n'hésitent pas à en éditer afin de pouvoir honorer des dividendes ou des obligations passées. Gianni vous dit prudence et vous conseille de préférrer du bon AAA avec un coupon de 3,75% que vous aurez au moins le plaisir de voir en fin d'année !


