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Takata : le scandale des airbags aura eu raison du groupe, désormais en faillite

Il y a quelques jours, nous vous indiquions que Takata pouvait annoncer sa faillite avant le mois de juin, désormais, la messe est dite. L’équipementier nippon a déposé le bilan lundi. Dernier épisode d’une saga meurtrière liée à ses airbags défectueux, à l’origine de 17 décès dans le monde, et de blessures de 200 autres personnes .

A l’issue d’un conseil d’administration tenu dès les premières heures de la journée, le groupe a en effet annoncé avoir enclenché la procédure de redressement judiciaire, tant auprès en Japon qu’aux Etats-Unis. C’est dans ce cadre juridique que sa filiale américaine, basée dans le Delaware, s’est placée sous la protection du chapitre 11 sur les faillites. Ses différentes structures, situées notamment en Chine et au Mexique, sont également concernées. Il s’agit de la plus importante faillite d’un industriel au Japon depuis 1945, le groupe étant jusqu’alors le numéro deux mondial des airbags.

Takata a par ailleurs indiqué avoir conclu un accord en vue de transférer ses activités à Key Safety Systems (KSS), équipementier américain contrôlé par le chinois Ningbo Joyson Electronic. L’opération est évaluée à 175 milliards de yens (1,4 milliard d’euros) et doit être bouclée au premier trimestre 2018 selon les parties prenantes. Selon les estimations d’analystes la compagnie laisserait une ardoise de plus de 1.000 milliards de yens (8 milliards d’euros), voire même 10 milliards pour certains. Le nom de Takata, né au début des années 1930 devrait quant à lui disparaître à terme, une fois l’affaire soldée.

La société US a précisé pour sa part que KSS allait acquérir l’essentiel de Takata, à l’exception de certains actifs et opérations liés aux airbags mis en cause dans le scandale. KSS espère désormais ériger « un fournisseur de premier plan avec environ 60.000 salariés dans 23 pays ». Pour lui, le groupe japonais est doté d’atouts permettant de relever le défi. Figurent en premier plan : la force d’une main-d’oeuvre compétente, une présence géographique et des produits qualifiés d’ »exceptionnels » tels volants, ceintures et autres produits de sécurité.

Si le PDG de Takata, Shigehisa Takada, a longtemps repoussé le scénario de la faillite, il s’est désormais félicité du choix de KSS, affirmant qu’il s’agissait d »un repreneur idéal ». L’héritier de la famille fondatrice a par ailleurs promis de démissionner « au moment approprié » après avoir passé le relais.

Le patron du groupe japonais déclare encore aujourd’hui ne pas comprendre  pourquoi, sous certaines conditions et après l’exposition à l’humidité, la capsule de gonflage de ses airbags – utilisant du nitrate d’ammonium – explose, projetant des morceaux de métal dans l’habitacle. Mais selon le New York Times,Takata savait que ses airbags étaient défectueux dès 2000, un premier problème étant survenu sur une BMW en Suisse, Honda ayant été confronté au même type de problème par la suite aux Etats-Unis.

- Les affaires judiciaires loin d’être soldées -

D’un point de vue judiciaire, si certes Takata a conclu en début d’année un règlement avec les autorités américaines. Plaidant coupable, le groupe s’est engagé à verser une amende d’un milliard de dollars afin d’échapper à un procès pénal.  Un volte-face après avoir dissimulé les dysfonctionnements pendant des années.

Néanmoins, de nombreuses plaintes civiles restent en cours, en particulier aux Etats-Unis, pays où le problème s’avère le plus crucial. Sur les 100 millions d’airbags rappelés au total dans le monde, des millions de véhicules US doivent encore être rapportés au garage. Rassurant, le PDG de Takata a indiqué à cet égard que le schéma retenu permettra au groupe japonais de garantir un approvisionnement régulier. Un peu moins confiant, le ministre de l’Industrie Hiroshige Seko a insisté pour que Takata fasse des efforts pour éviter l’interruption de la fourniture des pièces de remplacement. Selon lui, une telle situation causerait davantage de confusion.

- Les constructeurs affectés -

En tant que premier client de Takata, Honda a d’ores et déjà prévenu qu’il avait peu d’espoir de récupérer les importantes sommes dépensées pour remplacer les airbags. L’impact sur ses résultats financiers de l’année en cours devrait toutefois être limité selon lui, des provisions ayant été réalisées. Même son de cloche chez Toyota et Nissan, Toyota chiffrant les coûts liés à l’affaire à 570 milliards de yens, en ce qui le concerne. BMW, Ford et General Motors sont également affectés.

Lundi, les transactions sur le titre Takata ont été suspendues à la Bourse de Tokyo. Sa radiation définitive de la cote aura lieu le 27 juillet prochain. Depuis début 2014, date de la révélation publique de l’affaire, l’action a perdu 95%.

Sources : AFP, Takata, KSS, RFI

Elisabeth Studer, le 26 juin 2017 , www.leblogfinance.com

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