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Véhicule électrique : l’Allemagne n’atteindra pas son objectif selon Merkel

L’Allemagne devrait pas atteindre l’objectif fixé par son gouvernement de mettre en circulation un million de voitures électriques sur les routes allemandes d’ici la fin de la décennie. C’est en tout cas ce qu’a déclaré lundi la chancelière allemande, Angela Merkel.

S’exprimant devant des parlementaires de son bloc chrétien-démocrate CDU-CSU, elle a ainsi déclaré : « tel que les choses apparaissent pour le moment, nous n’atteindrons pas cet objectif ». Tentant d’y mettre un bémol, pour ne pas sombrer dans le pessimisme le plus noir, la chancelière a néanmoins indiqué que la demande pouvait se se déclencher très rapidement, prenant l’exemple du cas d’un autre produit innovant tel que le smartphone.

Cette déclaration d’Angela Merkel intervient alors que les ventes de voitures électriques demeurent faibles en Allemagne. Les rabais accordés fin 2016 aux acheteurs de voitures non-polluantes n’ont pas permis à l’heure actuelle de changer la donne. Pour rappel, l’année dernière, moins de 80.000 voitures électriques avaient été comptabilisées outre Rhin. Si Berlin a certes proposé un rabais de 4 000 euros sur les véhicules électriques neufs, ce chiffre a été insuffisant pour que les consommateurs allemands sautent le pas. Depuis l’introduction de cette réforme au mois de juillet, jusqu’à fin décembre 2016, l’administration allemande n’a reçu que 3 343 demandes de subvention, un chiffre bien inférieur à ses attentes.

Les grands groupes automobiles allemands tels que Mercedes ou Volkswagen ne cessent pourtant de vanter leurs progrès dans le domaine des moteurs électriques, mettant parallèlement sur le marché de nouveaux modèles. Sans toutefois parvenir à les vendre à l’heure actuelle.

Mercedes compte néanmoins commercialiser dix « e-modèles » d’ici à 2025. Face au scandale du dieselgate, Volkswagen souhaite, quant à lui, devenir le « leader mondial de la voiture électrique d’ici 2025″ avec le lancement de 30 modèles électriques avant le milieu de la prochaine décennie.

BMW espère, pour sa part, écouler dans un avenir proche 100 000 voitures hybrides rechargeables et électriques par an, grâce notamment à la commercialisation en 2019 et en 2020 d’une nouvelle Mini et d’un SUV X3 100 % électrique. Le groupe est le constructeur allemand qui a investi le plus tôt et le plus massivement dans « l’e-mobilité ». Mais depuis novembre 2013 et jusqu’à fin 2016, à peine 60 000 i3 et 10 000 i8 ont été vendus, à comparer aux 2,5 millions de voitures assemblées par an par BMW. Face à une telle situation, le constructeur a freiné ses ardeurs, jetant aux oubliettes la berline i5 et le SUV i6 qu’il prévoyait de lancer. Ses dirigeants ont aussi décidé de revenir à une plate-forme commune pour toutes les motorisations (thermique, hybride rechargeable et électrique).

Une situation qui, selon les experts, serait due au prix élevé des véhicules électriques et au faible nombre de stations de recharge en Allemagne. A moins qu’il ne s’agisse avant tout d’emplois…..

Depuis plusieurs années, le gouvernement allemand demande aux constructeurs d’unir leurs forces pour construire ensemble une usine de batteries et de cellules lithium-ion. Mais les industriels s’avèrent peu enclins à se lancer dans de tels investissements, qui se chiffreraient en centaines de millions d’euros, alors qu’ils peuvent facilement acheter en Asie les composants nécessaires.

En cas de maintien de l’équilibre actuel, près de 40 % de la valeur d’une voiture électrique assemblée en Allemagne sera composée de pièces fabriquées à l’étranger par des sous-traitants en majorité asiatiques. Or, cette perte de valeur ajoutée pour l’Allemagne inquiète les dirigeants allemands. De ce fait, en vue de persuader les constructeurs d’accélérer leurs investissements dans l’électrique, le gouvernement a souhaité mettre en place des aides financières afin d’encourager les particuliers à acheter des véhicules propres. L’objectif semblant ainsi être plus économique qu’écologique. Si le patron de BMW, Harald Krüger, a soutenu cette initiative, les présidents de Daimler et de Volkswagen, Dieter Zetsche et Matthias Müller, se sont, eux montrés beaucoup moins enthousiastes.

Rappelons à cet égard que l’Allemagne abrite 41 usines de moteurs thermiques. De ce fait, l’essor des motorisations électriques provoquerait donc de facto des vagues massives de licenciement. De plus, les batteries actuelles ne permettent pas de donner une grande autonomie aux modèles survitaminés, puissants et lourds des constructeurs tel que Audi, Mercedes et BMW qui ont bâti leur renommée en s’appuyant sur de tels atouts.

Sources : AFP, Reuters

Elisabeth Studer – 17 mai 2017 – www.leblogfinance.com

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