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Grèce : Macron prêt à se battre pour une restructuration de la dette

Elisabeth Studer Actualités, Economie 3 commentaires

Alors que le Premier ministre grec Alexis Tsipras a récemment laissé entendre que son pays pourrait retrouver dès la fin du mois de mai une situation économique et financière lui permettant d’établir un consensus avec ses créanciers, le candidat d’En marche, Emmanuel Macron a déclaré vendredi être favorable à une restructuration de la dette grecque. S’exprimant dans le cadre d’un entretien accordé à Mediapart, il a également , précisé qu’il mènerait le combat en vue de l’obtenir.

Fin avril, Alexis Tsipras avait assuré pour sa part que son gouvernement allait “atteindre les objectifs” pour conclure le 22 mai prochain un accord avec ses créanciers, l’objectif final d’Athènes étant d’obtenir le déblocage d’une nouvelle tranche de crédit. Le prochain Eurogroupe, réunion des ministres des Finances de la Zone euro se tiendra en effet à cette date.

L’ancien ministre de l’Economie a affirmé qu’il était “pour le principe d’une restructuration de la dette grecque, concertée” et le maintien de la Grèce dans la zone euro. Qualifiant  le système actuel d’intenable, il considère qu’il faudra aboutir à une telle solution tout en mettant les gardes-fous nécessaires.

Reste toutefois à obtenir un accord collectif, chose qui ne sera pas aisée, reconnaît-il, mais il se déclare prêt à « mener ce combat ». Emmanuel Macron a par ailleurs tenu à souligner qu’il avait déjà exprimé cette position à l’été 2015. Selon lui, cette évolution est inéluctable, et permettrait de resserrer les rangs des pays membres de l’UE en redonnant « de la crédibilité collective” face aux créanciers de la Grèce que sont la Commission européenne, la Banque centrale européenne (BCE) et le Fonds monétaire international (FMI).

Le candidat d’En marche estime également qu’il n’y a pas de possibilité pour la Grèce «  de retrouver une économie, une société stable dans l’euro, avec le niveau de sa dette actuelle”. Emmanuel Macron n’est pas favorable à une éventuelle sortie de la Grèce de la zone euro. Plus globalement il se déclare contre toute décision de ce type envers quelque Etat, « tant qu’on n’a pas été plus loin dans l’intégration ». Une mesure conduirait selon lui à « détricoter la zone euro ». Un argument de plus pour aller dans le sens d’une restructuration de la dette grecque.

En avril dernier, la Grèce a accepté sous la pression de ses créanciers de réduire les pensions de retraite en 2019 et de diminuer les allègements fiscaux en 2020. Ces mesures devraient permettre des économies de quelque 3,6 milliards d’euros pour le pays, et constituent un prérequis à la poursuite du versement des prêts à la Grèce. Néanmoins, Alexis Tsipras a d’ores et déjà indiqué qu’il ne procéderait pas à ces coupes sans un engagement clair sur des mesures devant permettre un allègement de la dette de la Grèce. Rappelons qu’en juillet 2015, Athènes avait en effet conclu un accord avec ses créanciers sur une troisième tranche de prêt de 86 milliards d’euros.

Jeudi, Alexis Tsipras a quant à lui appelé les créanciers internationaux d’Athènes à se mettre d’accord sur des mesures de restructuration de la dette grecque avant le 22 mai, date à laquelle les ministres des Finances de la zone euro se réuniront à Bruxelles pour examiner l’avancée du troisième plan d’aide à la Grèce depuis 2010. L’Eurogroupe devrait à cette occasion entériner l’accord conclu mardi dernier entre Athènes et ses créanciers sur les réformes que le gouvernement grec doit entreprendre, ouvrant la voie au déblocage de prêts et à un allègement de la dette grecque, désormais considéré comme inévitable par le Fonds monétaire international (FMI). “La Grèce a rempli sa part du marché et tous les acteurs doivent maintenant tenir leurs engagements » a déclaré à cette occasion Premier ministre grec.

- Soutien appuyé de l’ancien ministre grec des Finances Yanis Varoufakis

Pour rappel, le 2 mai dernier, la candidat à l’élection présidentielle a reçu le soutien de l’ancien ministre grec des Finances Yanis Varoufakis,  une des références de la gauche radicale en Europe. Lequel a déclaré qu’ Emmanuel Macron a été le seul ministre européen à avoir fait “tout son possible” pour aider Athènes lors de la crise de la dette.

“En écrasant le printemps grec, la troïka a non seulement porté un coup à la Grèce, mais aussi à l’intégrité et à l’esprit de l’Europe. Emmanuel Macron a été le seul membre du système qui a essayé de s’y opposer. Je pense qu’il est de mon devoir de faire en sorte que les Français progressistes, sur le point d’entrer (ou de ne pas entrer) dans le bureau de vote au second tour, fassent leur choix en ayant pleinement conscience de cela”, écrit ainsi Yanis Varoufakis. S’adressant ainsi aux électeurs indécis de Jean-Luc Mélenchon.p>

« Au cours de mon mandat en tant que ministre des Finances de la Grèce au début de 2015, Emmanuel m’a révélé un côté de lui que peu de progressistes connaissent” ajoute encore Yanis Varoufakis.  ”Alors que la ‘troïka’ des créanciers de la Grèce et le gouvernement de Berlin étranglaient les tentatives de notre gouvernement de gauche nouvellement élu pour libérer la Grèce du carcan de sa dette, Macron a été le seul ministre d’État en Europe à faire tout son possible pour nous aider”, affirme-t-il. Fin juin 2015, Emmanuel Macron, alors ministre de l’Economie, aurait convaincu François Hollande de rouvrir une négociation et “proposé de venir incognito à Athènes” pour une médiation. Proposition à laquelle l’Elysée mettra son veto. Une décision prise sous l’influence d’Angela Merkel qui – selon Yanis Varoufakis – n’aurait pas apprécié qu’Emmanuel Macron relaie la position grecque.

- Des discussions seraient déjà en cours pour étudier divers scenarii

Selon le journal allemand Handelsblatt, les discussions entre l’Union européenne et le FMI ont d’ores et déjà débuté. Les créanciers seraient en cours d’élaboration d’un document de travail qu’ils entendent soumettre aux ministres des Finances de la zone euro, présentant plusieurs scénarii en vue d’alléger le poids de la dette grecque. Selon une source européenne, le document consulté par le quotidien émanerait du le Mécanisme européen de stabilité (MES) et non des quatre institutions impliquées.

Toujours selon le Handelsblatt, l’une des solutions évoquées consisterait en
la reprise des prêts accordés par le FMI à la Grèce par le MES, offrant ainsi à Athènes des maturités plus longues et des taux d’intérêt plus bas que ceux du FMI. Autres options envisagées : un allongement des maturités de la dette grecque et le versement à la Grèce – via l’intermédiaire des gouvernements européens – des bénéfices réalisés sur les obligations souveraines grecques par la Banque centrale européenne (BCE) et les banques centrales nationales. Car même si les finances de l’Etat grec sont dans un état plus
que préoccupant, cela n’a pas empêché jusqu’à présent banques et établissements financiers d’obtenir rémunérations de leur – certes très précieux – soutien.

Le journal allemand précise toutefois que des sources gouvernementales allemandes ont indiqué qu’aucune décision n’a encore été prise à ce sujet, les propositions n’étant à ce stade que des “options”.

Le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble a toutefois tenu à indiquer dans un communiqué qu’aucune mesure d’allègement de la dette grecque n’avait été préparée, ajoutant que la mise en oeuvre des réformes que la Grèce a accepté d’entreprendre permettra de garantir la viabilité de sa dette.

“En ce qui concerne d’éventuelles mesures sur la dette, nous avons trouvé un accord clair exprimé dans le communiqué de l’Eurogroupe de mai 2016. Dans ce cadre, et après la mise en oeuvre intégrale du programme d’ajustement, il y a aura une évaluation pour établir si des mesures sur la dette sont nécessaires. C’est toujours valable » précise enfin le communiqué.

Sources : AFP, Mediapart, Reuters, Handelsblatt

Elisabeth Studer – 6 mai 2017 – www.leblogfinance.com

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3 commentaires

  1. Elisabeth Studer 9 mai 2017 à 11:47

    très sincèrement contente – voire rassurée – que cet article figure parmi ceux les plus lus concernant la position d’Emmanuel Macron.
    comme si les Français regardaient enfin le contenant et non plus le contenu ….

  2. Elisabeth Studer 11 mai 2017 à 23:35

    La Commission européenne a nettement revu à la baisse jeudi ses prévisions de croissance pour la Grèce en 2017 et 2018, en raison de sa “faible performance économique” fin 2016 et de l’incertitude qui entoure le plan européen d’aide à Athènes.

    Dans ses prévisions de printemps, l’exécutif table sur une croissance de 2,1% en 2017 et de 2,5% en 2018. Le 13 février, lors de ses précédentes prévisions, la Commission avait anticipé une croissance de 2,7% en 2017 et de 3,1% en 2018.

    Cette baisse s’explique par “la faible performance” enregistrée par la Grèce au quatrième trimestre 2016, dont les effets sur 2017 seront moins importants qu’attendu.

    “En second lieu, le retour de la confiance des investisseurs et des consommateurs devrait être retardé” par les incertitudes qui entourent la poursuite du troisième plan de sauvetage à la Grèce.

    “La croissance de la Grèce est alignée sur les aléas, sur les avancées, comme sur les retards dans les discussions sur le programme” d’aide, a insisté le commissaire européen aux Affaires économiques Pierre Moscovici.

    “Si on veut que la croissance soit vraiment forte alors il faut conclure” les négociations, a-t-il ajouté.

    La Grèce et ses créanciers ont convenu en juillet 2015 d’un plan d’aide de 86 milliards d’euros, étalé sur trois ans, mais le FMI a jusqu’à présent refusé d’y participer financièrement au motif que les objectifs étaient irréalistes et que la dette d’Athènes était insoutenable.

    Depuis des mois, les discussions entre la Grèce et ses créanciers piétinent à ce sujet, ce qui empêche le bouclage de l’examen des réformes entreprises jusqu’ici par Athènes.

    Or, la clôture de cet examen est nécessaire pour dégager la voie au versement d’une nouvelle tranche de crédit: une manne d’argent frais dont Athènes aura bientôt besoin puisqu’il doit rembourser des créances de plus de sept milliards d’euros en juillet.

    “J’espère vraiment (…) que nous pourrons arriver à un accord lors de l’Eurogroupe –conseil des ministres de la zone euro– du 22 mai”, a affirmé Pierre Moscovici, estimant que le climat était “manifestement positif”.

    La dette grecque s’élève à 315 milliards d’euros, soit 179% du Produit intérieur brut (PIB) du pays, selon les chiffres de 2016, contre 177,4% en 2015.

    (©AFP / 11 mai 2017 12h09)

  3. ES 19 août 2017 à 14:25

    Fitch relève la note de la Grèce et s’attend à un allègement de la dette en 2018

    L’agence de notation Fitch a relevé vendredi la note de la Grèce de “CCC” à “B-” tout en indiquant s’attendre à des mesures d’allègement de la dette grecque par ses partenaires européens en 2018.

    La perspective attribuée à la note est positive. Parmi les grandes agences de notation, Moody’s avait également relevé la note d’Athènes fin juin alors que SP Global Ratings avait pour sa part relevé la perspective de la note à “favorable” en juillet.

    La Grèce a bénéficié en juillet d’un versement de 1,6 milliard d’euros de la part de ses partenaires européens dans le cadre d’un plan d’ensemble portant sur 86 milliards d’euros signé en juillet 2015.

    Le Fonds monétaire international (FMI), tout en soutenant le “principe” de ce versement, n’avait toutefois pas apporté d’argent, réclamant au préalable des mesures d’allègement de dette refusées par plusieurs pays de la zone euro réunis au sein de l’eurogroupe, dont l’Allemagne.

    Fitch estime notamment que la situation de la dette grecque, qui représente actuellement 180% du Produit intérieur brut (PIB), “va s’améliorer progressivement”.

    “La perspective positive reflète les attentes de Fitch selon lesquelles (…) l’eurogroupe accordera de substantiels allègements de dette à la Grèce en 2018″, indique l’agence dans un communiqué.

    (©AFP / 18 août 2017 23h38)

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