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Bahreïn : des pots de vin pour faire taire CNN

Elisabeth Studer Actualités, Economie Commentaires fermés

Inquiétant pour la liberté de la presse et surtout pour la teneur des informations qu’on tente de nous faire gober …

Alors que le trucage des photos pourrait être un exercice largement couru, certains pays semblent vouloir agir à la »source ».

Selon le secrétaire général de l’association nationale et démocratique de Bahreïn, des pots-de-vin auraient été versés au régime des Ale Khalifa par les médias occidentaux, pour – selon lui – justifier ses crimes et duper l’opinion publique internationale.

” Ce régime, en versant de sommes colossales aux médias occidentaux dont CNN, tente de leurrer l’opinion publique et de camoufler ses crimes” a affirmé, dans un entretien avec la chaîne Al-Alam, Fazel Abbas.

Début septembre, CNN avait été accusée de « censure » par une de ses ex-journalistes, auteur d’un documentaire jugé accablant sur la répression des manifestations au Bahreïn.

Le quotidien britannique The Guardian avait ainsi indiqué que la chaîne de télévision était suspectée d’avoir cherché à limiter la diffusion d’un reportage d’une de ses journalistes sur le printemps arabe au Bahreïn, et ce, sous pression des autorités de ce pays ami des Etats-Unis.

Précisons qu’au début de l’année 2011, à l’heure ou débutaient les prémices des mouvements des « printemps arabes » CNN avait envoyé des journalistes en vue de réaliser un documentaire sur le Bahreïn, pays lui aussi touché par le mouvement de contestation.

L’équipe, composée de quatre personnes, dirigée par Amber Lyon dispose d’un budget de 100.000 dollars, une somme supérieure à la plupart des autres films du même format. Le documentaire, baptisé “iRevolution : Online Warriors of the Arab Spring” (“iRévolution : les guerriers en ligne du printemps arabe”), est censé notamment détailler l’utilisation des réseaux sociaux par les activistes.

Mais, au fur et mesure de leur enquête, toutes les personnes qui acceptent d’aider, ou même de parler aux journalistes disparaissent ou refusent tout nouveau contact.

A l’occasion d’un entretien avec Nabeel Rajab, un militant des droits de l’homme, l’équipe de CNN est elle-même interpellée et interrogée pendant six heures par un groupe d’hommes cagoulés qui détruisent leurs photos.

Peu après, Nabeel Rajab est quant à lui inculpé par un tribunal militaire pour des photos publiées sur Twitter.

Malgré tout, l’équipe parvient sur place à débuter ses travaux de montage, en vue notamment de terminer un segment de 13 minutes, lequel a depuis été mis en ligne sur You Tube.

Lequel fait état des exactions commises par le régime via notamment les témoignages de Bahreïniens décrivant les tortures subies par des proches ainsi que des images montrant les forces gouvernementales tirant sur des manifestants désarmés.

Mais un producteur demande à la journaliste d’apporter plusieurs modifications à son reportage. Objectif : y inclure des déclarations du gouvernement du Bahreïn, affirmant que ses forces ne tirent pas sur des manifestants non armés ou encore précisant que Nabeel Rajab était coupable d’avoir truqué des photos.

Pour ce faire, le régime a fait appel aux services de plusieurs agences de communication et de lobbyistes réputés, comme Joe Trippi, lequel avait déjà travaillé avec le démocrate Howard Dean, ou la société Qorvis Communication, une agence de relations de presse disposant d’une branche spécialisée dans la restauration de la réputation des gouvernements.

Au total, Bahreïn aurait dépensé plus de 32 millions de dollars en relations de presse depuis le mois de février 2011.

La journaliste est finalement licenciée en mars 2012, dans le cadre d’une réorganisation de la chaîne.

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