Colombie : baisse - officielle - de la production de cocaïne

Colombie-petrole-cocaine Où l'on reparle de cocaïne. Alors que traders et banquiers semblent de plus en plus adeptes de ce stupéfiant pour soutenir leur « performance », la CIA affirme que la production de poudre de la Colombie serait à son niveau le plus bas depuis vingt ans.

Une annonce qui tombe à pic alors que Bogota vient d’autoriser Washington à utiliser sept de ses bases militaires, destinées officiellement à permettre au pays sud-américain de poursuivre ce combat contre les drogues.

Mais à qui profite le "crime" ?

Si l'on en croit la CIA, "seules" 295 tonnes de cocaïne auraient été élaborées en Colombie en 2008, ce qui représente une chute de 29% par rapport à la "production" de l'année précédente.

Néanmoins, ces chiffres laissant paraître une victoire de Bogota et Washington sur le narco-trafic sont largement controversés, la situation étant "trop belle" pour être vraie alors que Etats-Unis et Colombie ont tout intérêt à afficher de si bons résultats dans leur lute contre la drogue.

Certes, depuis le lancement par Bill Clinton du Plan Colombie de lutte anti-drogue en 2000, six milliards de dollars d’aide militaire ont été injectés dans le pays.

En 2008, plusieurs centaines de milliers d’hectares de coca ont été aspergés de défoliant et arrachés, de grands réseaux ont été démantelés, et des dizaines de tonnes de poudre saisies. Un "affichage" qui permet de justifier un accord très controversé dans la région relatif à l'utilisation par les Etats-Unis d'une partie des bases militaires colombiennes en vue - nous dit-on - de poursuivre la lutte contre le narco-trafic.

Un combat jugé "prioritaire" qui permet à Washington de se placer sur la scène latino-américaine et pour reprendre en main les armées continentales. La CIA, la Drug Enforcement Administration (DEA), le Pentagone, le service des garde-côtes et le Southern Command sont mobilisés pour mettre en oeuvre cette politique.

L'objectif final pouvant être de contrôler une région stratégique, "agitée" notamment par le président "bolivarien" du Venzuela, Hugo Chavez, par des guérillas en Colombie, et des mouvements en Equateur ... alors que ces trois pays s'avèrent être par ailleurs des producteurs de pétrole.

Rappelons en effet que la Colombie est un important pourvoyeur de brut des Etats-Unis, alors que l’instabilité du pays menace la stabilité régionale, notamment le Venezuela voisin, premier fournisseur de pétrole des USA.

L’économie politique pétrolière des Etats-Unis s’est peu à peu écartée des ressources moyen-orientales pour s’orienter vers une plus grande dépendance vis-à-vis du pétrole de l’Amérique du sud. L’existence des Insurgés à l’intérieur de la Colombie ne menace donc pas seulement les intérêts économiques des transnationales pétrolières nord-américaines en Colombie même, mais représente également une menace stratégique pour l’économie des Etats-Unis parce qu’ils déstabilisent la région, en raison des contrecoups du conflit, comme les vagues de réfugiés, et en raison de leur potentielle entrée en contact avec d’autres forces insurgées dans la région.

L'importance du pétrole colombien pour les Etats-Unis s’est clairement manifestée lors de la demande du gouvernement Bush de 98 millions de dollars dans le cadre de l’Initiative Régionale Andine (IRA), pour former une unité contre-insurrectionnelle spécialement entraînée. A la différence des autres brigades contre-insurrectionnelles, cette brigade devait se concentrer exclusivement à protéger le pipeline pétrolier (de 800 km) de Caño Limón appartenant à la multinationale nord-américaine Occidental Petroleum.

A noter également que des chiffres de l’ONU, présentés le trimestre dernier laissent certes entrevoir une baisse, mais qui serait beaucoup moins marquée que les chiffres fournis par la CIA.

La Colombie produirait toujours 430 tonnes de cocaïne par an, la production aurait même augmenté au Pérou et en Bolivie.

Selon le le directeur de l’UNODC (Bureau de l’ONU contre les crimes et la drogue), Antonio María Costa, "il y a encore beaucoup à faire pour permettre aux paysans de faire la transition vers des cultures licites rentables. C’est particulièrement difficile dans la région des Yungas en Bolivie, où la coca demeure la seule source de revenus pour les agriculteurs.»

 Le Monde Diplomatique rappelle ainsi que la filière coca-cocaïne s’est développée dans le contexte d’une crise généralisée des économies latino-américaines, sur fond de baisse continue du prix des matières premières et de mise en place des politiques d’ajustement structurel des années 80".

Précisant qu'en Bolivie, des milliers d’Indiens s'étaient exilés dans la région amazonienne du Chapare, où ils ont planté de la coca, suite à la privatisation des mines d’étain aux conséquences néfastes sur l'emploi.

Quoi qu'il en soit, le président colombien Alvaro Uribe a salué ces chiffres en soulignant que si cette tendance se poursuivait, la Colombie pourrait abandonner le titre de "premier exportateur de coca du monde".

Sources : RFI, rtbf.be, ONU, le Monde Diplomatique

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