Alors que le tarif du gaz russe exporté vers l’Union européenne est le véritable enjeu des tensions actuelles entre la Russie et les pays membres, le géant gazier russe Gazprom a laissé entrevoir, lors d'une conférence d'investisseurs, le montant des prix qui devraient être pratiqués durant cette année envers ses partenaires européens.
Le prix du gaz russe exporté vers l'Europe en 2009 oscillera entre 250 et 300 dollars pour 1.000 m3, a ainsi indiqué mercredi Vladimir Chetinine, chef du département Europe du nord-est de la société Gazprom export. N’oubliant pas d’argumenter sa « position » en ajoutant que Gazprom avait utilisé lors de ses calculs les données de différentes agences européennes.
S’agissant des pays de l'ex-URSS, Gazprom a approuvé en décembre 2008 dans son budget le prix probable de 220 dollars les 1.000 m3, même si une possible baisse à 200 dollars n'est pas exclue. Enfin, ce qui est officiellement annoncé.
Selon le ministère russe de l'Energie, les exportations de gaz en janvier-mars 2009 ont atteint 26,2 milliards m3, soit une baisse de 56,2% en glissement annuel. Des chiffres d’un niveau nettement inférieur aux trimestres précédents compte-tenu notamment de l’important conflit gazier qui a opposé la Russie à l’Ukraine en début d’année ... ce que la presse russe oublie de préciser.
En 2009, l'extraction gazière en Russie devrait se situer à 620-644 milliards de m3, les exportations pouvant atteindre 190-196 milliards m3. Selon le Service fédéral de statistiques (Rosstat), l'extraction du gaz en Russie a progressé en 2008 de 1,6%, à 663 milliards m3.
Mais tout n’est pas rose pour autant ...
Ne renonçant aucunement à ses "pratiques anciennes", Moscou a averti jeudi via la voix de son vice-premier ministre Igor Setchine que le risque de perturbation du transit gazier vers l'Europe persistait.
"Le risque n'a pas été éliminé. Nous ne pouvons pas encore garantir la stabilité du transit et sommes prêts à expliquer notre position", a-t-il déclaré lors d'une rencontre avec le commissaire de l'UE à l'Energie Andris Piebalgs en visite à Moscou.
Après avoir rappelé que la partie russe était prête à cofinancer l'achat des volumes nécessaires au bon fonctionnement des gazoducs de transit ukrainiens, le vice-premier ministre a souligné que tous les acteurs impliqués dans le transit d'hydrocarbures "devaient faire preuve de sens des responsabilités".
En début de mois, Moscou avait vu d’un très mauvais oeil la déclaration sur la modernisation du réseau gazier de l'Ukraine adoptée par Kiev et Bruxelles. Selon le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, cet accord contredit en effet les accords russo-ukrainiens sur le transport et le transit de gaz.
Rappelons que le texte – qui laisse espérer à l’Ukraine plusieurs milliards d'euros d'investissements - a été signé par Kiev, la Commission européenne et la présidence tchèque de l'UE, ainsi que la Banque mondiale, la Banque européenne pour la reconstruction et le développement et la Banque européenne d'investissement.
Evincé des négociations, Moscou avait notamment réagi en reportant une réunion du Comité pour la coopération économique présidée par les chefs de gouvernement russe et ukrainien pour analyser la situation.
Jeudi, M. Piebalgs s'est une nouvelle fois employé à rassurer la partie russe sur l'accord signé fin mars entre l'UE et l'Ukraine. "Il n'y a pas d'intention d'isoler la Russie ou de rendre la Russie plus vulnérable. C'est vraiment une tentative honnête de notre part de moderniser le système de transport", a-t-il déclaré.
Sources : Ria Novosti, AFP
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