Le gouvernement aurait-il droit à un deuxième “essai” ? Alors que les critiques fusent sur les supposés avantages du plan de relance annoncé récemment par Nicolas Sarkozy, Christine Lagarde, ministre française de l'Economie (on l'oublierait presque ! ...) n'exclut pas l'adoption de nouvelles mesures pour booster l'économie.
Sondage de l'opinion, bouée de sauvetage, changement de cap, diversion alors que la colère des lycéens gronde ? cette annonce est fait alors que les modalités de mise en oeuvre des aides initialement prévues viennent à peine d'être fixées.
Lors d'une conférence de presse, Christine Lagarde a “sagement” présenté les projets de loi du plan de 26 milliards d'euros annoncé au début du mois par Nicolas Sarkozy.
Les deux projets de loi adoptés en conseil des ministres - le projet de loi de finances rectificative 2009 et le projet de loi pour l'accélération des programmes de construction et d'investissements publics et privés - seront examinés en séance publique par les députés à partir du mardi 6 janvier.
Encore plus réactif que réactif le gouvernement ? Coluche apprécierait ... A peine les premières mesures évoquées, la ministre n'a pas hésité à affirmer que le nécessaire sera fait ... et que s'il fallait faire plus, on fera plus. L'histoire ne dit pas comment ... Je ne savais pas que l'argent public coulait d'un flux aussi soutenu ...
Évitant d'avoir recours à ses amis les panoupanous, Mme Lagarde a préféré choisir la tribu des “Cépamoicétlotre”, laquelle tombe à point : six Etats membres de l'Union européenne préparent de nouveaux plans de relance pour janvier. La France ne ferait donc que suivre la “tendance” ....
Si un suspens quasi insoutenable demeure sur l'identité des “nominés”, l'Allemagne pourrait en faire partie. La chancelière Angela Merkel a en effet annoncé vendredi que son gouvernement mettrait en oeuvre un nouvel ensemble de mesures de soutien "dans les prochaines semaines".
"Les plans qui se concoctent et s'appliquent en dehors de notre territoire sont aussi importants pour la France", a par ailleurs estimé la ministre française, chiffrant leur
impact à 0,5 point de PIB sur l'économie française. La France a tout de même de la chance d'avoir des voisins qui bossent pou elle !
En adepte toujours aussi fidèle de la méthode Coué, Christine Lagarde a par ailleurs confirmé que les prévisions de croissance du gouvernement restaient inchangées pour 2009, de l'ordre de 0,2 à 0,5% du PIB.
"L'Insee ne prend pas en compte la batterie de relance", a-t-elle estimé tout en concédant que les mois qui viennent seraient "difficiles" et marqués par des "mauvais résultats". La quelle batterie pourrait faire plus de bruit qu'autre chose, si l'on en croit certains.
Dans sa note de conjoncture publiée vendredi, l'Insee prévoit une contraction de 0,8% du PIB au quatrième trimestre 2008, suivie d'une baisse de 0,4% au premier trimestre 2009 puis de 0,1% au deuxième trimestre .... aboutissant dans les faits à une récession équivalente à celle de 1993.
Mais selon Mme Lagarde, "deux choses n'ont été pas prises en compte dans la note de conjoncture de l'Insee" qui permettent à Bercy de ne pas modifier ses dernières prévisions. Ben voyons ...
"Plus que jamais la France a besoin d'un plan de relance massif, global, équilibré et d'effet immédiat", a déclaré dans un communiqué publié vendredi Didier Migaud, le conseiller pour les finances et la fiscalité de Martine Aubry, première secrétaire du PS.
Le député socialiste, par ailleurs président de la commission des Finances de l'Assemblée, estime que Nicolas Sarkozy et le gouvernement "n'ont toujours pas présenté de véritable plan global de relance, équilibré entre le nécessaire soutien à l'investissement et l'indispensable relance de la consommation par le pouvoir d'achat".
Interrogé sur l'opportunité de préparer un second plan de relance, le porte-parole du gouvernement Luc Chatel s'est montré prudent.
"Si on préparait aujourd'hui un plan B, ça voudrait dire qu'on ne croit vraiment pas à la mise en oeuvre de ce plan", a-t-il dit à la presse à la sortie du conseil des ministres.
Pour rappel, le plan se décompose en 11,6 milliards d'euros de mesures de soutien à la trésorerie des entreprises, via le remboursement accéléré de créances de l'Etat, et 10,5 milliards d'investissements publics.
S'y ajoutent deux milliards d'aides à l'automobile et au logement et deux milliards de mesures de soutien à l'emploi et d'aide aux revenus les plus modestes.
Alors que plusieurs voix s'étaient déjà élévées dans ce sens, l'assureur-crédit Euler Hermès estime à son tour qu'au final, le plan ne comprendrait que 8 milliards de "mesures nouvelles et immédiates". Une dizaine de milliards supplémentaires auraient été "anticipés sur ce qui était déjà prévu sur 2010 ou 2011.
Nicolas Sarkozy a fait valoir pour sa part qu'il ne s'agissait "pas de dépenser plus dans la durée, mais de dépenser plus vite ce qui aurait dû être étalé sur de nombreuses années, ce qui signifie que ces dépenses ne pèseront pas sur les déficits après 2010".
Rappelons que les mesures mises en avant le Chef de l'Etat pourraient se faire au prix d'une envolée du déficit public à près de 4% du produit intérieur brut l'an prochain. Soit un montant bien au-delà de la limite de 3% autorisée par Bruxelles, laquelle avait d'ores et déjà tancé Paris sur ce sujet.
Pour rappel, le plan gouvernemental prévoit notamment de rembourser dès l'an prochain deux années de TVA aux collectivités locales ou d'accélérer le remboursement de 11,5 milliards d'euros dus par l'Etat aux entreprises.
Pour l'économiste Thomas Piketty, parler d'un effort financier supplémentaire de l'Etat pour relancer l'économie relèverait ainsi de la "manipulation comptable" car "l'essentiel des 26 milliards de dépenses annoncés étaient déjà prévus".
Même discours du côté de François Bayrou, président du Mouvement Démocrate (MoDem). Il estime lui aussi que « comme réel plan d'investissement, il y a en tout et pour tout 4 milliards », soulignant que « pour un pays qui fait 1.900 milliards de production annuelle, c'est 0,25% du PIB ». </P>
Pour lui, la part de dépenses nouvelles ne dépasse pas "2,3,voire 4 milliards" d'euros, avec notamment la prime à la casse de 1000 euros ou le doublement du prêt à taux zéro.
Mais les banquiers ne feraint-ils pas les frais d'un deuxième plan de relance ? Qui sait ... La ministre de l'Economie a réuni vendredi les représentants des banques françaises et leur a "demandé d'être particulièrement attentifs" au financement des entreprises, a-t-elle par ailleurs indiqué lors de la conférence de presse concernant le plan de relance.
"Je ne relâcherai pas la pression car je crois que c'est du donnant-donnant", a-t-elle prévenu. "L'Etat engage sa signature et en contrepartie tous les partenaires, y compris les établissements bancaires, doivent jouer le jeu", a ajouté la ministre. Pour un peu, elle ferait peur ...
Sources : AFP, Reuters

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