Décidément tout concourt à redonner de la vigueur au cours du pétrole ces temps-ci. Après le passage de l'ouragan Ike et son impact – direct et indirect - sur la production des raffineries, c'est au tour de la situation au Nigeria d'être susceptible de faire monter les prix.
Rappelons, que le brut léger était tombé jeudi soir à 100,10 dollars, au plus bas depuis le début du mois d'avril.
Le principal groupe armé de la zone pétrolière du sud du Nigeria affirme avoir lancé dimanche à l'aube une "guerre du pétrole" suite à des attaques "non provoquées" et menace tous les navires pétroliers et gaziers qui s'approcheront du Delta du Niger.
"Suite à un précédent avertissement contre toute attaque de nos positions, le Mouvement pour l'émancipation du delta du Niger (Mend) a déclenché une guerre du pétrole suite aux attaques aériennes et maritimes non provoquées du 13 septembre par les forces armées nigérianes", indique le Mend dans un communiqué.
"Vers 01HOO du matin ce dimanche, l'opération Ouragan Barbarossa a commencé avec des combattants lourdement armés à nord d'embarcations partie de différentes bases du Mend dans le delta du Niger", poursuit le mouvement armé qui affirme avoir détruit ou endommagé des installations pétrolières et avoir tué 22 soldats.
La compagnie américaine Chevron a confirmé dimanche qu'une de ses installations dans le sud du Nigeria avait essuyé des coups de feu. "Vers 02H00 (01H00 GMT) dimanche, la filiale locale Chevron Nigeria Limited (CNL) (...) a été informée de coups de feu dans la zone de l'installation de Robertkiri, Etat de Rivers", écrit Scott Walker, le porte-parole de Chevron, dans un communiqué.
La compagnie a précisé qu'aucun de ses employés n'avait été blessé dans l'incident. Cependant, "de premières informations font état de la mort possible de deux personnes travaillant pour la compagnie Dahnariq Nigeria Ltd chargée de l'approvisionnement de Chevron".
"Avant cet incident, des travaux de réparation de l'oléoduc de Robertkiri, qui alimente la compagnie anglo-néerlandaise Shell, étaient déjà en cours, par conséquent la fusillade de dimanche n'a pas affecté la production actuelle de la compagnie", selon le porte-parole.
Un porte-parole de l'armée nigériane, le lieutenant-colonel Musa Sagir, avait affirmé dans la matinée que l'armée avait repoussé une attaque de groupes armés contre une installation pétrolière de Chevron dans le delta du Niger, aucune perte n'étant à déplorer dans ses rangs.
Shell a prolongé samedi l'état de "force majeure" sur l'exportation de brut au terminal de Bonny (sud du Nigeria) après la découverte de nouveaux oléducs endommagés, a indiqué un de ses porte-parole. pour rappel, cette clause permet à la compagnie de suspendre ses obligations contractuelles à la suite d'événements imprévus, sans encourir de pénalités. Shell n'a pas précisé le délai d'application de cette mesure.
Le Mend indique quant à lui qu'il va continuer ses opérations "jusqu'à ce que le gouvernement comprenne que la solution pour apporter la paix dans le delta du Niger passe par la justice, le respect et le dialogue". Le groupe armé annonce également qu'il va s'en prendre aux navires pétroliers et gaziers étrangers qui s'approcheront des côtes du delta et leur conseille "de mouiller en haute mer ou de changer de cap", sous peine d'attaques.
Le Mend demande enfin une nouvelle fois aux compagnies étrangères d'évacuer leurs personnels de la région "car notre objectif n'est pas de prendre des otages mais de détruire les installations" de ces sociétés.
Violences, sabotages et enlèvements au Nigeria, ont fait perdre au pays un quart de sa production de pétrole depuis janvier 2006, alors que le Nigeria exporte environ 2 millions de barils de pétrole par jour. Officiellement, le pays prévoit une production de 4 millions de barils/jour en 2010.
Toutefois, selon des sources proches du gouvernement, alors que la production en 2009 est prévue à 2,3 millions de barils/jour, une augmentation de production portant à 4 millions de barils/jour en un an s'avère être une pure utopie.
Rappelons aussi qu'en mai dernier, le directeur général de Total Nigeria, Jacques Marraud des Grottes, a officiellement lancé à Port-Harcourt le second projet en eau profonde du groupe français dans ce pays. La production devrait débuter 2012, l'objectif de capacité à terme étant de 180.000 barils par jour. Au total, le développement complet du projet signé représente plusieurs milliards de dollars d'investissement, selon un expert.
Le projet du champ Usan - dont Elf Petroleum Nigeria Limited (filiale nigériane à 100 % de Total) sera l'opérateur - sera mené en partenariat avec la compagnie nationale nigériane NNPC, Chevron Nigeria, Esso Exploration and Production Nigeria Offshore East.
Les participations sur le projet sont réparties comme suit : Elf Petroleum Nigeria Limited (20 %), Chevron Petroleum Nigeria (30 %), Esso Exploration and Production Nigeria (30 %) et Nexen Petroleum Nigeria (20 %).
Il s'agit, selon un spécialiste, du premier gros contrat signé avec des multinationales avec la nouvelle administration nigériane en place depuis l'accession au pouvoir du président Yar'adua fin mai 2007.
La partie des pipelines sous-marins (flowlines et risers, pour remonter pétrole et gaz, et injecter de l'eau) sera assurée par la compagnie Saipem, l'ancienne société Bouygues Offshore aujourd'hui filiale de l'italienne ENI, pour un montant de 1,6 milliards de dollars.
Sources : AFP, Reuters
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