L'Algérie se méfie et tient à garder la main-mise sur les importantes ressources dont elle dispose - notamment dans le secteur des matières premières – et éviter le détournement des achats de foncier à des fins spéculatives et non industrielles.
Dans cet optique, le gouvernement algérien vient de durcir les conditions d'investissement étranger, en annonçant dimanche dans un communiqué, qu'il détiendra désormais la majorité du capital des futurs projets d'investissement initiés en partenariat avec des groupes étrangers.
Le nouveau chef du gouvernement, Ahmed Ouyahia, semble vouloir mettre ainsi mettre en place des mécanismes de défense pour se protéger de l'appétit grandissant des multinationales, tout en tentant de donner un nouvel élan à la production nationale en vue de satisfaire la demande algérienne.
"Le gouvernement a instruit les différentes administrations concernées que, dorénavant, l’Algérie compte détenir la majorité du capital» précise le communiqué. Cette décision a pour objectif de "sauvegarder les intérêts nationaux et cela conformément aux usages internationaux qui ne vont pas à l’encontre de tels choix" selon les termes mêmes du texte officiel.
Le gouvernement algérien a réagi suite à un article de presse paru dans un quotidien national, lequel laissait entendre que l'Alégrie avait décidé de geler tous les projets d’investissement. Le gouvernement dément cette information et affirme qu’"aucune décision de gel de ces projets d’investissement ou de négociations d’investissement en cours n’a été prise". Dans un communiqué, les services du gouvernement ont tenu à préciser qu’"aucune instruction allant dans ce sens n’a été adressée à un quelconque service de l’Etat".
La décision concernant la détention de la majorité du capital suit de quelques jours une nouvelle disposition de la loi de finances complémentaire pour l'année 2008, exigeant des sociétés nationales et étrangères de réinvestir en Algérie la part de leurs bénéfices exonérés d'impôts.
La volonté algérienne de garder la main mise sur ses entreprises n'est pas nouvelle : en octobre 2006 , l'Algérie était revenu sur un amendement de la loi sur les hydrocarbures ouvrant la possibilité aux étrangers de créer des sociétés pétrolières indépendantes, exigeant que l'entreprise nationale d'hydrocarbures, Sonatrach, détienne au moins 51% des participations relatives aux partenariats établis dans l'exploration, la production et le transport de pétrole ou de gaz.
Le gouvernement a par ailleurs décidé de s'octroyer un droit de préemption sur la cession à d'autre groupes étrangers d'entreprises installées en Algérie.
Cette décision fait suite à une polémique survenue au lendemain de la vente par le groupe égyptien Orascom au français Lafarge de deux de ses cimenteries algériennes à Sig et M'Sila, dans le cadre d'un accord global de plus de 10 milliards de dollars.
L'opérateur télécom, premier opérateur de téléphonie mobile en Algérie (14 millions d'abonnés) avait bénéficié de conditions fiscales avantageuses pour la construction de ces cimenteries, revendues au final quatre ou cinq fois leur prix de revient, si l'on en croit la presse algérienne.
Quelques jours à peine après le discours du président Bouteflika durant lequel il a dénoncé les investissements spéculatifs de groupes étrangers, allusion à peine voilée à l’opération de cession de la cimenterie de Msila, le gouvernement a annoncé une série de mesures concernant l’investissement en Algérie.
En premier lieu, l’Etat compte introduire un nouveau moyen de contrôle sur les "transferts d’investissements" des groupes étrangers. Désormais, l’Etat aura un droit de regard sur toute opération de cession totale ou partielle de cet investissement à un autre opérateur étranger.
Rappelons aussi qu'une forte polémique avait suivi l'association minoritaire à 30% des entreprises publiques d'hydrocarbure Sonatrach et d'électricité Sonelgaz avec le consortium émirati, Moubadala et Dubal, dans une usine d'aluminium d'une capacité de 700.000 tonnes/an à Bénif Saf.
Les autorités viennent également de décider de ne plus vendre des terrains industriels publics aux investisseurs. Ces derniers pourront seulement obtenir de l'Etat des concessions renouvelables pour installer leurs projets. Un premier texte avait prévu que ces concessions pourraient être rachetées par les investisseurs au bout de deux ans d'activité.
Une nouvelle législation doit être promulguée instaurant un régime de "concession permanente" des terrains publics industriels en faveur des investisseurs nationaux et étrangers, selon le communiqué officiel. "Le but (de la nouvelle législation) est de mettre un terme au détournement du foncier acquis pour l'investissement et qui se retrouve détourné à des fins purement spéculatives", notamment en lotissements constructibles, ajoute le communiqué.
Source : AFP, La Tribune d'Algérie, Toutsurlalgerie.com

1 Commentaire
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Ces réactions peuvent inquiéter, mais il faut plus y voir un souhait de l'Algérie de montrer que le pays à besoins de vrais partenaires à long-terme pour transformer toutes les potentialités du pays en réalité, et pas d'opportunistes attirer par les gains rapides.
11 août 2008 à 22:56Pour le coup je pense que Lafarge est un partenaire intéressant pour l'Algérie à long terme. Le groupe visé ici est plus Orascom que Lafarge.
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