"Les dernières nouvelles relatives à la banque d’investissement
Merrill Lynch sont symptomatiques du mal qui ronge le secteur financier
américain.
Commençons par les CDO, les Collateralized-Debt Obligations, cet instrument financier constitué de “tranches†d’Asset-Backed Securities où se cachaient en grandes quantités les prêts immobiliers subprime
marqués du sceau de l’infamie. Pour mettre fin une fois pour toutes aux
spéculations (spéculations “intellectuellesâ€, je précise) quant à la
valeur de son portefeuille de CDO en perdition, Merrill Lynch a décidé
d’en vendre la partie la plus malsaine - celle qui n’est pas couverte
par une assurance d’un type ou d’un autre - d’un montant nominal de
30,6 milliards de dollars. Prix de vente : 6,7 milliards, ce qui lui
fait recouvrer 22 cents du dollar. Pour un produit noté naguère “AAAâ€,
c’est bradé. C’est même bradé par rapport à la valeur que Merrill Lynch
avait calculée le mois dernier : 11,1 milliards, et qui aurait elle
correspondu à un recouvrement de 36 cents du dollar. Faut-il que ce
portefeuille lui brûle les doigts !
Les CDO qui n’auront pas été vendus représentent un montant de 8,8
milliards de dollars. Parmi ceux-ci, l’équivalent de 7,2 milliards sont
couverts par des contreparties dites au-dessus de tout soupçon, 1,1
milliard est couvert par AMBAC - aïe ! - et l’équivalent de 1,6
milliards de dollars n’est pas couvert du tout. Additionnons les 1,1
milliard de dollars de AMBAC (qui se trouve sur la corde raide depuis
l’automne dernier) et les 1,6 milliards de dollars non-couverts et l’on
obtient le chiffre de 2,7 milliards de dollars que l’on est sûr de
retrouver comme charges financières d’un prochain bilan trimestriel.
Et puisque j’ai mentionné AMBAC, examinons un instant la manière
dont Merrill Lynch apure ses comptes avec d’autres rehausseurs de
crédit et en particulier avec Security Capital Assurance qui, noté
“junk†depuis le 20 juin, se trouve au bord du gouffre mais auprès de
qui les infirmiers se bousculent, chacun avec son ballon d’oxygène pour
éviter qu’elle ne fasse défaut sur les 45 milliards de dollars en CDO
qu’elle assure pour une vingtaine de firmes. Merrill Lynch recevra de
SCA, 500 millions de dollars et on n’en parlera plus. Rapide calcul :
500 millions pour 3,74 milliards, cela veut dire 13 cents du dollar.
Cette formule du règlement à l’amiable exprimé en centimes pourrait
bien constituer un précédent dans la manière dont sera réglé le
contentieux entre les rehausseurs de crédit aux abois et leurs clients.
Autre annonce de Merrill Lynch : la banque d’investissement va se
recapitaliser à hauteur de 8,5 milliards de dollars, d’où une dilution
des titres actuellement en circulation de 38 % - ouche, ça fait mal !
Mais la partie la plus intéressante de la nouvelle, c’est que Temasek,
un fonds souverain de Singapour, souscrira à cette recapitalisation
pour un montant de 3,4 milliards de dollars bien que… pas vraiment…
l’histoire étant un peu plus compliquée. Voici : en décembre 2007 et en
mars de cette année-ci, Temasek avait injecté 5 milliards de dollars
dans Merrill Lynch, en achetant ses actions au cours de 48 $. L’accord
prévoyait que si la cote baissait, la firme de Wall Street
rembourserait le fonds souverain. Entre-temps, le cours de l’action a
perdu près de la moitié de sa valeur, (cotant aujourd’hui 26,25 $ en
clôture). Merrill doit donc à Temasek 2,4 milliards de dollars que
celui-ci a promis de réinjecter dans la transaction. Temasek injectera
donc en réalité 1 million de dollars. Sur les 8,5 milliards de la
recapitalisation, 2,4 milliards - soit 28 % - servent donc simplement Ã
rembourser Temasek pour un placement qui a mal tourné. Au bilan,
Merrill Lynch se retrouvera avec 6,1 milliards (8,5 - 2,4) d’argent
frais, dont coût de dilution de 38 % pour ceux qui détiennent
aujourd’hui des titres de la firme et qui, dans ces conditions, ne
doivent pas être près d’en reprendre !
« Désespérée ? », vous avez dit « situation désespérée » ? Non, non, je m’en garderais bien depuis que la Securities and Exchange Commission est partie à la chasse aux dispensateurs de mauvaises nouvelles et autres défaitistes. "
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