L'Opep prévoit une baisse de la demande de pétrole pour 2008

Oil_baril_goutte Nouvel argument “trouvé” par l'Opep pour ne pas augmenter sa production ? ou estimation quelque peu “visionnaire” du cartel, qui pourrait s'avérer fort réaliste à terme ?

Dans une interview à paraître lundi dans le mensuel marocain Economie Entreprises, le président de l'Opep, Chakib Khelil, a affirmé que "logiquement" son organisation "prévoit cette année une baisse de la demande" de pétrole.

Le président de l'Opep a également réaffirmé que l'envolée des prix du brut et du gazole n'était pas un problème d'offre de pétrole, "mais un problème de spéculation" qui entraîne les prix à la hausse.

Enfonçant une nouvelle fois le clou, s'il en était besoin, Chakib Khelil a estimé que “les spéculateurs tablent sur un modèle empirique, basé sur les risques géopolitiques, les risques liés au dollar et bien sûr l'offre et la demande. “Mais logiquement, nous prévoyons, cette année une baisse de la demande" de pétrole. Sous-entendu : la flambée actuelle n'est pas due au déséquilibre entre offre et la demande, mais à la spéculation. Toute augmentation de la production du cartel serait donc injustifiée voire inefficace.

Cette "baisse de la demande" serait due à la "récession, la montée en puissance des énergies alternatives et une augmentation de la production", selon le Présient de l'Opep.

"Sachez, par exemple, que les Etats-Unis ont rouvert plusieurs nouveaux gisements pétroliers et gaziers, jugés jadis pas rentables, mais intéressants à un baril de plus de 123 dollars," a souligné M. Khelil, qui est aussi ministre algérien de l'Energie. "Si vous devez aujourd'hui ajuster le prix du baril à l'inflation mondiale et à la baisse du dollar, vous vous apercevrez que ce prix équivaut à celui de 1985", a pousuivi le président de l'Opep.

Crudesed_long_20080318_bigDes analystes de la Documentation Française estimaient pour leur part en 2005 que le prix du pétrole exprimé en dollars avait progressé à cette date d’environ 40% sur une durée de 18 mois ... mais de 20% en euros. “En 2003 et 2004, la forte dépréciation du dollar a permis de limiter la hausse en euros du prix du baril” affirmaient-ils..

“C'est vrai que les prix du gasoil de chauffage et du gasoil routier ont augmenté” affirmaient en 2000 Victor Ginsburgh et Yvan Guillaume, tous deux Professeurs à l'Université Libre de Bruxelles.

Partant sur la constation que mille litres de gasoil de chauffage valaient 9 450 FB en 1980 et 18 920 FB en 2000 et que mille litres de gasoil routier valaient 14 300 FB en 1980 et 35 400 FB en 2000, ils font néanmoins remarquer quel'indice général des prix est passé de 100 en 1985 à 141 en 2000” en Belgique. “Si le prix du pétrole avait simplement suivi cet indice depuis 1985, les mille litres de gasoil de chauffage et de gasoil routier auraient valu 20 200 et 35 400 FB” en 2000 concluent-ils. “Il s'ensuit que les ménages belges payaient 7% de moins en 2000 qu'en 1985 et les transports routiers payaient à cette date - au franc près ! - la même chose que ce qu'ils payaient il y a 15 ans! Est-ce de la mémoire courte ou du bourrage de crâne ? “ s'interrogeaient alors les universitaires.

Les prix ont fortement baissé entre 1986 et 1999, et étaient au plus bas en 1986 pour le gasoil de chauffage (6 350 FB) et en 1988 pour le gasoil routier (16 300 FB). “La question n'est donc pas le prix de 2000” poursuivent les auteurs, "mais pourquoi le gouvernement belge (et il n'était pas le seul dans ce cas, bien entendu) a laissé les prix baisser entre 1985 et 1999, au lieu de se tenir à la seule politique intelligente définie suite à la première crise pétrolière : tarifer les prix de l'énergie de façon à induire des économies de consommation d'une ressource limitée".

Sources : AFP, Documentation Française, ULB

A lire également :

Opep:la baisse de production hors cartel contribue à la flambée des cours du pétrole

Juncker / Tva sur le pétrole : discuter certes, quant à accepter

 

7 Commentaires

  1. 1

    Elodie

    La raison fondamentale de l'opposition des pays de l'OPEP à augmenter leur production est qu'ils ne peuvent pas le faire et que leurs réserves réelles sont bien inférieures à leurs réserves officielles. Ces dernières ont augmenté de façon bien suspecte dans les années 1980 : ASPO France

    Le plus gros exportateur mondial (second producteur) voit sa production plafonner et diminuer depuis plus d'un an, malgré des annonces de capacités supérieures.

    Le plus important producteur de pétrole (la Russie pour l'instant) voit sa production stagner et peut-être amorcer la pente du déclin.

    Le Mexique a passé son sommet de production et décline, comme la Grande-Bretagne, la Norvège, les Etats-Unis bien sûr (1970) et tant d'autres pays.

    Pour le prix du pétrole en dollars et en euros, voir
    le prix du pétrole depuis 20 ans

    L'augmentation est importante et conforme à la pénurie relative de pétrole. La pénurie absolue est pour très bientôt et il ne faudra alors pas s'étonner du niveau de prix du pétrole.

  2. 2

  3. 3

    Elisabeth

    "La raison fondamentale de l'opposition des pays de l'OPEP à augmenter leur production est qu'ils ne peuvent pas le faire et que leurs réserves réelles sont bien inférieures à leurs réserves officielles"

    finalement vous n'avez donc cité que des pays HORS OPEP ... (Russie, USA, Norvège, UK) ...

    si je puis me permettre ...

  4. 4

    Membres OPEP

    petit rappel

    http://pagesperso-orange.fr/unmondedebrut/Petrole_OPEP_Membres.htm

    à noter l'Indonésie , qui a annoncé il y a quelques jours vouloir se retirer du cartel.

  5. 5

    el gringo

    l'Indonésie espère redevenir exportateur net dans cinq ans


    L'Indonésie, qui a annoncé mercredi sa sortie de l'Opep à la fin de 2008, espère redevenir un pays exportateur de pétrole dans cinq ans, a indiqué jeudi le vice-président Jusuf Kalla, selon l'agence de presse Antara.


    "Notre objectif est que dans cinq ans, nous puissions être de nouveau exportateur grâce à l'exploitation efficace de nos champs pétrolifères et à nos économies d'énergie", a dit M. Kalla, cité par Antara.


    "L'Opep regroupe des pays exportateurs de pétrole: dès que nous reprendrons nos exportations, nous pourrons en faire de nouveau partie", a-t-il dit.


    L'Indonésie, seul pays d'Asie du Sud-Est membre de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) qui regroupe treize pays producteurs, a vu sa production décliner depuis 1995 et est désormais devenue importatrice nette, ce qui techniquement implique sa sortie de l'Opep.


    La réduction des subventions publiques sur l'essence, ajoutée aux cours record du brut, ont conduit le gouvernement indonésien à une hausse d'environ 30% du
    prix de l'essence la semaine dernière.


    Cette décision, qui touche de plein fouet les plus pauvres déjà victimes de l'augmentation des prix des produits alimentaires, a déclenché de nombreuses manifestations, ajoutant à la pression sur le gouvernement avant les élections prévues l'année prochaine.


    Des responsables indonésiens ont reproché à l'Opep de ne pas faire assez pour stimuler l'offre afin de faire baisser la pression sur les marchés pétroliers.
    http://www.romandie.com/infos/news2/080529115658.pbwsq7sm.asp


    L'inflation dépasse les 10% en Indonésie
    http://www.lesechos.fr/info/inter/afp_00063720.htm


    Suite à l'accord sur le développement du nucléaire civil entre les Etat-Unis et l'Arabie-Saoudite il y a 2 semaines, l'Arabie Saoudite a augmenté sa production de pétrole de 300.000 barils/jour entrainant un arrêt dans la hausse ininterrompue du pétrole depuis 10 jours.

  6. 6

    Elodie

    Le message comportait plusieurs idées sans séparation claire entre elles.

    Non seulement les pays de l'OPEP ne peuvent plus augmenter leur production, sinon à la marge de façon temporaire ou pour quelques pays pour peu de temps encore, mais la majorité des pays producteurs sont dans cette situation.

    La seconde partie du message concernait le passage du sommet de la production (le peak oil est un sommet arrondi plus ou moins cabossé), en citant quelques pays dont la production est la plus importante, soit en valeur absolue, soit pour les Etats-Unis ou pour l'Europe.

    Chacun y retrouvera ses petits.

  7. 7

    Benoit

    Ajoutons que les propos lénifiants de certains acteurs économiques liés financièrement ou industriellement aux milieux du pétrole ont pour seul but d'empêcher la dégringolade des actions de l'industrie pétrolière : une fois que l'on saura cette industrie condamnée à terme du fait de la raréfaction de la ressource, alors les investisseurs s'en détourneront et ça aura des conséquences financières concrètes sur le cours de ces actions et donc sur le revenu financier de ces acteurs économiques. D'où la désinformation en cours (sur le registre "tout va très bien ..."), malheureusement reprise par des médias pas très curieux ...

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