Le pétrole propulsé par Trichet, le dollar et l'Iran

Oil_veloLes cours du pétrole brut ont enregistré vendredi à New York un bond de 10,75 dollars, la hausse la plus importante jamais vue sur ce marché en une seule séance, clôturant à 138,54 dollars le baril.

Le baril de "light sweet crude" pour livraison en juillet a ainsi inscrit un nouveau record absolu à 139,12 dollars, franchissant allègrement la barre des 135,09 dollars atteinte le 22 mai dernier.

Le même mouvement a pu être observé sur le marché londonien, le baril de Brent de la mer du Nord pour échéance en juillet inscrivant un record historique à 138,12 dollars. Marquant un bon de 10,15 dollars, il a également clôturé à un niveau record, à 137,69 dollars.

Cette “explosion” a été provoquée par un ensemble de facteurs, entraînant tout d'abord de nouveaux records puis le dépassement de seuils techniques, lesquels suscitant d'autres achats en suivant.

- La baisse du dollar stimule le marché

Alors que les cours étaient retombés en milieu de semaine jusqu'à 122 dollars le baril, le marché, stimulé par la baisse du dollar, a stoppé net le mouvement de correction engagé pour repartir vers de nouvelles hausses.

Des propos du président de la Réserve fédérale américaine (Fed) Ben Bernanke en faveur du dollar fort avaient concouru en début de semaine à assagir très nettement les cours du brut, la perspective d'un billet vert raffermi rendant l'acquisition de pétrole moins intéressante.

Mais lors des seules séances de jeudi et vendredi, les cours de l'or noir se sont envolés d'environ 16 dollars, le marché réagissant avec une nervosité extrême à une retombée du dollar, à plus de 1,57 dollar pour un euro.

Le billet vert a en effet subi un net accès de faiblesse, après des commentaires jeudi, du président de la Banque centrale européenne (BCE). Jean-Claude Trichet avait alors évoqué une hausse à court terme des taux d'intérêts européens pour lutter contre l'inflation, un relèvement des taux d'intérêt pouvant intervenir dès le prochain Conseil des gouverneurs le 3 juillet.

Certains analystes estiment quant à eux la baisse du dollar a avant tout constitué un prétexte pour nombre d'investisseurs pour justifier un retour sur le marché, après quelques prises de bénéfices.

- Morgan Stanley prévoit une nouvelle flmabée pour cet été

Autre facteur conduisant à une telle hausse : les analystes de Morgan Stanley, dont l'avis est fortement écouté par le marché, ont affirmé que le prix de l'or noir atteindrait les 150 dollars d'ici le 4 juillet, fête nationale américaine et pic de la saison des déplacements estivaux en voiture. Un scénario qui apparaît désormais des plus probables.

Le président de la National Oil Corporation libyenne Choukri Ghanem a pour sa part déclaré à Reuters que le baril pourrait atteindre rapidement 140 dollars pour un baril.

- Menaces d'Israël envers l'Iran

Autre facteur permettant d'expliquer la flambée actuelle : un vice-Premier ministre israélien, Shaoul Mofaz, a affirmé quant à lui envisager une attaque contre des installations nucléaires iraniennes considérant que les sanctions internationales contre l'Iran - quatrième producteur mondial de brut - s'avéraient inopérantes.

- La hausse du cours pourrait freiner la demande asiatique

La cherté du pétrole commence toutefois à ralentir la consommation aux Etats-Unis, obligeant également plusieurs pays asiatiques - la Malaisie, l'Inde, l'Indonésie, Taïwan et le Sri Lanka - à abandonner ou réduire les subventions sur les carburants qui mettaient jusqu'alors les consommateurs à l'abri de la flambée.

Pour certains analystes, cela devrait finir par ouvrir la voie à une retombée des cours.

Les analystes de la banque Barclays Capital semblent toutefois être d'un tout autre avis. "La crainte qu'une hausse des carburants à la pompe en Inde et en Malaisie joue sur la demande ne se justifie pas, car la croissance de la demande énergétique en Asie est associée à une forte croissance économique", selon eux.

Source : Reuters, AFP

 

7 Commentaires

  1. 1

    florian77

    Soit c'est pour encourager les blocages prévus en France, ou soit c'est pour se rattraper de la baisse de quelques centimes d'Euros des prix à la pompe. Mais bon à ce stade ils vont faire chuter la vente de carburants dans le monde (même l'Asie avec l'arrêt des subventions)... Bref cela nous promet de beaux jours devant nous. En espérant que le cours du cacao continue de baisser pour notre moral ;)

  2. 2

    el gringo

    Ne pas oublier Bernanke et ses déclarations sur le dollar fort et une soit-disante possible hausse des taux US n'auront pas tenu bien longtemps (3 jours) face au marché.
    Le dollar chute (l'euro est remonté à 1.58 contre 1.545), le pétrole explose, Wall Street plonge et la crise des subprimes est en train de resurgir face à une FED impuissante ...
    http://www.lemonde.fr/economie/article/2008/06/05/ben-bernanke-face-au-peril-de-l-exces-de-creation-monetaire_1054167_3234.html

  3. 3

    JP

    "Mais bon à ce stade ils vont faire chuter la vente de carburants dans le monde (même l'Asie avec l'arrêt des subventions)... "

    Ok pour les pays avec subventions, mais ce n'est pas l'essentiel de l'Asie.

    Pour ma part, la baisse des ventes ne me semble pas obligatoire. Je parierai plus sur une "baisse de l'augmentation" des ventes.

    Le prix du baril s'est multiplié par 2 en un an. Mais il ne faudrait pas en déduire que le pétrole coute réellement deux fois plus cher à produire. Il ne faut toujours que quelques dollars pour sortir un baril du moyen-orient. La différence, la rente pétrolière, génère un déplacement massif de capitaux vers les pays producteurs plutot qu'un appauvrissement important de la planète en général.

    Autrement dit, la croissance économique globale pourrait fort bien être tirée par la consommation et les investissements des "rois du pétrole".

  4. 4

    valerie

    au moyen orient, ils vont investir dans les usines de désalination plutôt que de production pétrolière

  5. 5

    Elisabeth

    "la croissance économique globale pourrait fort bien être tirée par la consommation et les investissements des "rois du pétrole". " : 110 % d'accord :-)

  6. 6

    Mulder

    C'est là qu'on voit que tout les loubards qui ont dégradé et taggé les sieges en sky de la SNCF pendant des années vont enfin payer, quand il n'y aura plus ni pétrole ni plastique...

  7. 7

    steack

    Elisabeth Studer, qui est spécialiste des cours du brut, pourrait-elle nous faire une article sur le developpement de la Bourse de Kish et les volumes traités par cette bourse ?
    N'est ce pas la principale ADM iranienne que veulent réduire à néant les USA pour sauver leur monnaie de singe ?

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