Iran : révocation du ministre de l'intérieur

Iranpourmohammadi Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a limogé samedi le ministre de l'Intérieur Mostafa Pour-Mohammadi, rapporte le service de presse du chef du gouvernement iranien.

Les raisons de son départ forcé n'ont pas été annoncées. Selon les médias locaux, il résulterait de désaccords avec M. Ahmadinejad, la mesure étant par ailleurs envisagée depuis avril. Certains analystes estiment toutefois que Pour-Mohammadi fait les frais du boycott populaire des dernières élections.

Pour rappel, aux termes de la constitution iranienne, le président du pays est en droit de proposer au Majlis (parlement) les candidatures des ministres de l'Intérieur, de l'Economie et des Finances.

Mehdi Hachemi a été nommé ministre de l'Intérieur par intérim. Il remplira ses fonctions tant qu'une nouvelle candidature proposée par M. Ahmadinejad ne sera pas approuvée par le parlement.

M. Pour-Mohammadi a dirigé le ministère de l'Intérieur dès août 2005, c'est-à-dire dès l'entrée en fonction du président Ahmadinejad. Agé de 49 ans, il avait précédemment été en charge du Département spécial pour la sécurité et le Renseignement au bureau du Guide suprême.

Il a aussi été vice-ministre du Renseignement et procureur de la révolution dans l’armée. Les groupes de défense des droits de l’homme l’accusent d’avoir supervisé le meurtre de milliers de prisonniers politiques dans les prisons d’Iran en 1988.

Mehdi Hachemi a fait quant à lui une longue carrière dans le Corps des gardiens de la révolution (CGR), au ministère de la Défense et dans les instances affiliées. Il a participé à la guerre Iran-Irak pendant de nombreux mois. Il a également été à la tête de l’organisation des municipalités, vice-ministre de l’Intérieur et représentant d’Ahmadinejad dans d’autres organisations.

Selon les dires de certains analystes, courroucé, voire même très inquiet du boycott populaire lors des récentes élections, Ahmadinejad et ses proches pourraient avoir trouvé en la personne de Pour-Mohammadi un coupable tout désigné ...

Hossein Marachi, une des figures de la faction de Rafsandjani, a lui-même reconnu le boycott du deuxième tour des législative en Iran en parlant d’une "abstention massive et significative de la population et les électeurs".  Ses propos ont été rapportés le 27 avril par le site d’information en persan Chahabnews.

Même les chiffres officiels gonflés montrent juste 20 à 25 % de participation à Téhéran et dans d'autres grande ville, alors que des rapports compilés par le réseau des Moudjahidines du peuple (OMPI), principale opposition démocratique au régime, indique une participation à un chiffre.

En réalité, Pour-Mohammadi et son ministère avaient tout fait afin de réduire la portée d’un boycott imminent. Ainsi, dans les jours précédant le scrutin, il annonça une "participation de 35 millions" mais le jour même de l'élection, il retira ses propos et informa les journalistes que seulement 25 millions des Iraniens avaient voté. Et pour finir, au moment du comptage des votes, il a abaissé de nouveau la participation en l’amena cette fois à 22,8 millions.

Les tentatives désespérées de Pour-Mohammadi pourraient s'avérer être une reconnaissance implicite de la défaite du régime; ce qui aurait provoqué la colère d'Ahmadinejad et de ses "proches"  ... et le départ du ministre de l'Intérieur.

Le spectre de l'instabilité politique est semble-t-il la source d'une profonde anxiété dans les cercles proches du régime. Le renvoi de presqu’une douzaine de ministres et autant sinon plus de hauts fonctionnaires durant la présidence d'Ahmadinejad en inquiètent plus d’un, qui craignent que cela soit interprété à l'étranger comme un signe de fragilité du régime.

Cette situation pourrait “inciter” Ahmadinejad à foncer tête baissée dans la poursuite de son programme nucléaire et de sa politique actuelle face à l'Irak. Avec l'appui du guide suprême, Ali Khamenei, et du Corps des Gardiens de la Révolution Islamique, son régime semblerait avoir adopté un programme à double tranchant qui pourrait rendre inévitables de futures purge et destitutions.

La classe dirigeante se réjouit beaucoup de la montée des sentiments anti-régime à l'intérieur et de l'isolation croissante de l’Iran sur la scène internationale. Car elle sait pertinemment que la tendance des purges et des éliminations affectant le corps politique du régime peut tôt au tard entraîner sa chute toute entière. C'est pourquoi elle se livre à une course contre la montre pour accéder à la bombe atomique et dominer l'Irak, au final .... deux éléments clés pour sa survie.

Encore une fois la politique intérieure pourrait être à l'origine d'importantes vicissitudes sur le plan international.

Le dossier nucléaire, véritable enjeu – interne - pour reprendre le pouvoir en Iran ?

Sources : Ria Novosti, CSDHI, Iran manif, Fox news

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