
Nouvelle bataille en perspective dans la guerre du transit des hydrocarbures que se livrent actuellement - par pays interposés - l'Europe et la Russie : la Roumanie, la Serbie et la Croatie ont signé mardi à Bucarest un accord sur le projet d'oléoduc pan-européen (PEOP).
Deux grands absents de taille toutefois : la Slovénie et de l'Italie, deux pays devant encore confirmer leur souhait d'y participer.
Encore une fois, la position fondamentale de l'Italie en terme géopolitique est mise en avant. Alors que le pétrolier italien Eni a conclu un accord historique avec le géant gazier russe Gazprom, une participation italienne à ce nouveau pipeline permettrait de garantir l'indépendance énergétique de l'UE face à la Russie. L'Italie se doit ainsi en quelque sorte de choisir son camp.
L'accord signé mardi porte sur la création d'une compagnie chargée de développer le projet du PEOP, soutenu par l'Union européenne, qui vise à la construction d'un oléoduc long de 1.300 kilomètres, en vue d'acheminer directement du pétrole de la mer Noire vers les marchés d'Europe centrale. Le pipeline dont le chantier est estimé à 3,5 milliards d'euros devrait ainsi relier le port roumain de Constanta à celui italien de Trieste.
"C'est un premier pas, indispensable pour mener à bien ce projet", a déclaré le secrétaire d'Etat roumain à l'Economie, Viorel Palasca, au cours d'une conférence de presse.
La compagnie, formée des groupes roumains Conpet et Oil Terminal, serbe Transnafta et croate Janaf, sera officiellement enregistrée dans les 45 jours à Londres, où où sera établi le siège social. 2 100 actions d'une valeur nominale de 100 livres sterlings seront distribuées. La Roumanie détiendra un tiers du capital social de la compagnie, par le biais des deux sociétés désignées à la représenter qui auront une participation de 35 000 livres sterlings. Les compagnies Transnafta et Janaf détiendront chacune un tiers des actions. Chacun des trois États désignera deux représentants dans le conseil directeur, un manager neutre devant être élu après la création de la compagnie.
La Slovénie et l'Italie, qui avaient dans un premier temps exprimé leur intérêt, n'ont pas encore désigné les compagnies devant les représenter dans ce projet, a par ailleurs expliqué M. Palasca. "L'Italie attend l'installation du nouveau gouvernement, mais même si elle ne participe pas, il y aura d'autres variantes de trajet", a-t-il assuré.
Selon un responsable de Janaf, Vladimir Vrankovic, toutefois, "sans la Slovénie, il y a encore des solutions, mais sans l'Italie, il n'y a plus de projet". Cqfd ... La position géographique de l'Italie est en effet déterminante.
L'oléoduc Constanta-Trieste représente en effet la route la plus directe vers le coeur de l'Europe.
Le conduit devrait avoir pour point de départ le port roumain de Constanta, transiter à la suite par la Serbie, la Croatie et la Slovénie pour arriver enfin à Trieste où il serait rattaché au système Transalpine Pipeline (TAL) qui alimente l'Autriche et l'Allemagne.
Selon une étude de faisabilité réalisée en partenariat avec la Banque mondiale, la capacité de l'oléoduc devrait être de 60 millions de tonnes/an, la construction étant prévue entre 2009 et 2013.
Selon Rompress, le projet Peop dispose de trois atouts majeurs : le trajet de l’oléoduc est favorable du point de vue du relief qu’il traverse, tout en constituant la plus courte route entre la mer Caspienne et l’Europe occidentale. Un autre avantage est que cet oléoduc n’est pas seulement un conduit de transit mais aussi une voie d’alimentation directe, compte tenu des consommateurs existants et de la possibilité d'être relié relié au système TAL par la construction d’un tronçon entre Omisalj et Trieste, long de 80 à 100 km.
En outre, ledit projet propose une variante de fluidification du trafic à travers le détroit du Bosphore et diversifie les routes d’alimentation pour l’ouest de l’Europe. De même, l’impact sur l’environnement en est minimum, étant donné que le trajet entre le producteur et le débouché est terrestre dans sa majeure partie, atténuant les problèmes d’environnement dans la Mer Adriatique.
A la mi-mars, le ministre azerbaïdjanais de l'Industrie et de l'Energie, Natig Aliyev avait affirmé quant à lui que l'Azerbaïdjan analysait actuellement la possibilité de participer aux projets du gazoduc Nabucco et de l'oléoduc pan-européen (PEOP).
"Nous voulons que la Roumanie soutienne l'implication de l'Azerbaïdjan dans les deux consortiums", avait alors déclaré le ministre à l'occasion de la signature d'un accord énergétique entre la Roumanie et son pays. Il avait néanmoins précisé toutefois que l'Azerbaïdjan déciderait de sa participation à ces projets après une étude des "risques et du potentiel économique".
Estimant que le projet Nabucco représentait pour son pays "une opportunité d'exporter du pétrole et du gaz en Europe, mais reconnaissant qu'il était "encore tôt pour parler d'engagement dans ce sens", il avait en revanche précisé que "l'exportation des ressources vers l'espace européen" était un "objectif important" pour l'Azerbaïdjan.
Pour rappel, le projet Nabucco prévoit la construction d'un gazoduc de 3.300 km de long pour transporter le gaz en provenance du Moyen-Orient et d'Asie vers l'Union européenne, en passant par la Turquie et le sud-est de l'Europe, afin de réduire la dépendance des Européens vis-à-vis des importations de Russie.
Sources : AFP, Xinhua, Rompress
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7 Commentaires
1
J’ai été surprise de voir que la Serbie, alliée traditionnelle des Russes avait rejoint ce projet.
Et surprise de voir la réticence des Italiens et Slovènes.
Je fais un petit topo sur la Serbie où, si une coalition nationaliste était formée après les élections du 11 mai , menée par le Parti radical serbe , le flux des capitaux étrangers tomberait à un seuil minimal. Le pays pourrait s’enfoncer alors dans un isolement international.
Déjà depuis le début de l’année la croissance faiblit, la bourse de Belgrade BELEX15 a perdu 30%, et surtout, les investissements étrangers ralentissent par peur de l’instabilité politique et ont renoncé à certains projets. Les économistes disent que cela pourrait provoquer entre autres une inflation rapide.
On y retrouve là nos Italiens et Slovènes qui se méfient de cette région Balkanique :
Le groupe slovène Tuš annonce qu’il quitte la Serbie (construction prévue d’un vaste centre commercial à Vranje, dans le sud de la Serbie, terrain utilisé pour 1,5M°€ et loué pour 2000€/mois) , tandis que l’Italien Geox (fabriquant de chaussures) semble vouloir renoncer à son projet d’usine à Pirot (8 millions d’euros, embauche de 1 000 employés dans une première phase faisant baisser exceptionnellement le taux de chômage dans la ville de 15%).
Des représentants de General Motors auraient évoqué des inquiétudes similaires au sujet de la stabilité dans le pays pour expliquer l’annulation de leur visite prévue à l’usine du constructeur automobile Zastava.
La compagnie autrichienne Atek a désormais abandonné ses projets initiaux concernant le rachat du complexe minier de Cuivre de Bor et de ses fonderies ( région déjà appauvrie et frappée par un taux de chômage élevé).
Certaines entreprises avaient d’ailleurs renoncé à des investissements importants en Serbie sans même attendre les résultats électoraux. Dans certains cas, elles ont été échaudées par les émeutes anti-occidentales qui ont enflammé Belgrade après la proclamation d’indépendance du Kosovo en février 2008.
Un grand encouragement serait que la Serbie pourrait signer son Accord de stabilisation et d’association (ASA) avec l’Union européenne le 28 avril prochain, mais les Pays-Bas s’opposent toujours à cette signature sans une pleine coopération de la Serbie avec le TPI.
Sinon je commente cette phrase de l’article « Un autre avantage est que cet oléoduc n’est pas seulement un conduit de transit mais aussi une voie d’alimentation directe ». Cela me fait plutôt peur…Les pays traversés, pourront stopper le flux et pomper directement en cas de crise. Or vu l’état de la Serbie…. et son grand frère Russe n’est pas écarté de ses alliés que je sache .
24 avril 2008 à 08:432
valerie, merci bcp pour toutes ces infos
sur la phrase « Un autre avantage est que cet oléoduc n’est pas seulement un conduit de transit mais aussi une voie d’alimentation directe ». c'est l'ragumentaire de la Roumanie, effectivement avantage à double tranchant ...
24 avril 2008 à 11:493
Bonjour Elizabeth. merci encore à vous pour tous vos bons (et nombreux) articles toujours pertinents, et bien écrits. L'humour léger ne gâche jamais rien.
24 avril 2008 à 14:02je me permettrai de fournir des infos sur cette région Balkanique magnifique que j'aime et où je passe une partie de mon temps mais qui reste une véritable poudrière
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Bonjour,
La Serbie sait que la Russie n'est son allié que tant que cela l'arrange. Le passage d'un pipeline de ce type sur son territoire va lui apporter des revenus réguliers très importants, quant à la Roumanie c'est un vieil ami de la Serbie qui ne l'a pas laissée tomber dans l'histoire du kosovo.
24 avril 2008 à 16:59De plus la Serbie a besoin de ce pipeline pour alimenter ses propres raffineries et d'une bonne relation avec la Roumanie qui va certainement devenir son débouché à la mer à travers le Danube et le port de Constanta.
Ce pipeline n'est pas spécialement dirigé contre la Russie même si tout le monde sait que les roumains n'aiment pas les russes et qu'ils font tout pour échapper à la "sphère d'influence" russe. Si les russes veulent mettre du pétrole ds ce pipeline ils pourront certainement le faire. Cela dit ils ne seront plus les seuls et uniques à pouvoir le faire: l'europe en sortira gagnante car ils pourront choisir un autre fournisseur que la Russie.
En plus si les serbes coupent le pipeline, les roumains pourront le couper en amont et les serbes ne pourront donc plus accéder au pétrole qui y transite, ni aux redevances de passage. En plus ce serait être méchant aussi avec les amis roumains qui ont toujours été gentils avec les serbes depuis que le monde est monde ...
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GDF reste prêt à rejoindre le projet Nabucco
BUCAREST - Gaz de France (GDF) reste prêt à s'impliquer dans le projet européen de gazoduc Nabucco, "si un jour les conditions politiques sont réunies", a déclaré jeudi à Bucarest Jean-François Cirelli, PDG de GDF.
"Nous n'avons pas été acceptés à ce stade pour, je pense, des raisons politiques plus qu'économiques, mais si un jour les conditions politiques sont là, s'il y a une place pour GDF, nous serons heureux de rejoindre ce projet", a déclaré M. Cirelli lors d'une conférence à Bucarest, où il s'est entretenu avec le président roumain Traian Basescu et le Premier ministre Calin Tariceanu.
"Nous sommes très favorables au projet Nabucco car nous sommes intéressés par les nouvelles routes du gaz", a poursuivi le patron de GDF, qui a appelé les partenaires actuels à "aller de l'avant".
Face au refus enregistré, M. Cirelli a assuré que GDF n'avait pas fait de "choix de dépit", en référence au concurrent du projet Nabucco, le gazoduc russo-italien South Stream, dont "on connait très peu de choses".
Il s'est déclaré "très reconnaissant au soutien absolu des autorités roumaines".
M. Basescu avait réitéré son soutien à la participation de GDF au projet européen début février, après que le numéro 2 allemand RWE eut été accueilli comme sixième partenaire de ce projet, rejoignant l'autrichien OMV et les sociétés nationales Botas (Turquie), Bulgargaz (Bulgarie), MOL (Hongrie) et Transgaz (Roumanie)
Le secrétaire d'Etat français chargé du Commerce extérieur, Hervé Novelli, avait annoncé quelques jours plus tard le retrait de la candidature de GDF, lors d'une visite mi-février en Turquie, arguant d'une "décision turque qui n'est pas indépendante de considérations politiques".
Le projet Nabucco doit relier en 2012 la mer Caspienne à l'Union européenne.
25 avril 2008 à 00:196
Serbie-Russie: le ministre serbe de l'Infrastructure vendredi à Moscou
13:27 | 25/ 04/ 2008
BELGRADE, 25 avril - RIA Novosti.
Le ministre serbe de l'Infrastructure Velimir Ilic se rendra vendredi en visite d'un jour à Moscou pour discuter de la coopération énergétique entre la Serbie et la Russie, annonce vendredi le service de presse du gouvernement serbe.
Velimir Ilic rencontrera entre autres le ministre russe de l'Industrie et de l'Energie Viktor Khristenko et les responsables du monopole russe Gazprom.
***Mardi, la direction de Gazprom a exprimé son inquiétude face à la non-ratification par la Serbie de l'accord intergouvernemental russo-serbe sur le gazoduc South Stream. ****
Alexandre Medvedev, chef adjoint de Gazprom et directeur général de Gazpromexport, a pour sa part espéré la rapide ratification de cet accord gazier.
*** Il a également espéré que la ratification de cet accord ne serait pas utilisée à des fins politiques.****
Signé le 25 janvier dernier, l'accord russo-serbe prévoit la construction dans le cadre du projet South Stream d'un gazoduc à travers la Serbie long de 400 km, destiné à transporter du gaz naturel russe dans les Balkans.
Le même jour, les deux pays ont signé un protocole sur la vente au Gazprom de 51% des actions de la compagnie pétrolière serbe NIS.
Le parlement serbe devait se réunir au printemps pour ratifier ce document.
La ratification n'a pu avoir lieu en raison de la dissolution du parlement et du gouvernement par le président Boris Tadic le 13 mars dernier.
Des élections anticipées ont été fixées au 11 mai prochain en Serbie.
En avril, le ministre russe des Situations d'urgence Sergueï Choïgou et le ministre serbe du Commerce Predrag Bubalo ont signé à Belgrade un protocole prévoyant la ratification de l'accord gazier russo-serbe avant le 11 mai.
Plus tard, le président serbe Boris Tadic a déclaré que le document ne serait signé qu'après la formation du nouveau parlement serbe issu des législatives anticipées du 11 mai.
Dans le cadre de sa visite à Moscou, M. Ilic discutera également de ***l'annulation des taxes à l'exportation de brut russe vers la Serbie***, des futurs projets en matière d'investissement et de ***l'abolition des visas pour les Serbes. ****
La délégation serbe comprend entre autres le directeur de NIS Srdjan Bosnjakovic et le chef de la commission économique pour le Kosovo Nenad Popovic.
26 avril 2008 à 00:327
Gazprom veut acheter du gaz à l'Azerbaïdjan "à des prix de marché"
MOSCOU - Le géant gazier russe Gazprom a annoncé lundi vouloir acheter du gaz à l'Azerbaïdjan "à des prix de marché", selon un communiqué diffusé par la compagnie à l'issue d'une visite d'une délégation russe dans cette ex-république soviétique.
"Pendant les négociations, Alexeï Miller (patron de Gazprom) a proposé d'acheter du gaz azerbaïdjanais à des prix de marché sur la base d'un accord à long terme", a indiqué le géant gazier, dans son communiqué, ajoutant que M. Miller avait rencontré pendant sa visite le président azerbaïdjanais Ilham Aliev.
"L'Azerbaïdjan est un grand producteur d'hydrocarbures dans la CEI (Communauté des Etats indépendants, ex-URSS moins les pays baltes, ndlr) et un partenaire de la Russie. Nous avons des intérêts communs", a affirmé M. Miller, cité par son service de presse.
"Une infrastructure de transport gazier développée nous relie déjà. Nous souhaitons le développement d'une coopération mutuellement avantageuse entre Gazprom et l'Azerbaïdjan dans le domaine de l'énergie", a-t-il ajouté.
Les réserves de gaz de l'Azerbaïdjan sont estimées à 1.500 milliards de m3, dont 1.300 milliards de m3 se trouvent dans le nouveau gisement Shah Deniz en mer Caspienne, rappelle Gazprom, dans son communiqué.
04 juin 2008 à 00:55Ajoutez un commentaire
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