Souvenez-vous, en novembre 2006, nous nous interrogions sur la teneur et la portée des propos qu'auraient prononcés Didier Lombard à cette date, les syndicats s'inquiétant alors de "menaces" "vis à vis du personnel et des cadres" qu'auraient proférées la direction de France Telecom dans le cadre d'une réunion d'une association de cadres supérieurs et concernant la mise en oeuvre des 22.000 suppressions d'emplois annoncées en février par le groupe.L'opérateur semble aujourd'hui user d'un même type de méthode pour annoncer – selon les syndicats – une deuxième vague de suppression d'emploi. Alors, encore une fois : info ou intox ?
Ce qui est clair, c'est que de nouveaux propos alarmants en terme d'emplois ne pourront que rajouter à l'inquiétude déjà très grande des salariés, devant un plan social qui ne dit pas non, élections et "politiquement correct" oblige.
Si l'on voulait "accentuer le mouvement" vers la sortie de quelques âmes "sensibles", qu'un avenir bien noir pourrait convaincre d'"essaimer" ou de se "redéployer" - comprendre aller vers la fonction publique (conseils généraux, éducation, impôt) ou créer sa propre entreprise - en vue d'atteindre l'objectif de 22.000 départs, on ne s'y prendrait pas autrement ...
- Nouveau plan mondial de suppressions d'emplois ?
Le PDG de France Telecom, Didier Lombard, aurait annoncé en interne un nouveau plan mondial de suppressions d'emplois prenant le relais fin 2008 du plan actuel (2006-2008). C'est en tout cas ce qu'affirme La Lettre de L'Expansion, une source syndicale confirmant par ailleurs l'information.
La direction a quant à elle démenti vouloir mettre en oeuvre toute nouvelle mesure de cette sorte.
Si La Lettre de l'Expansion ne précise pas de chiffre, de source syndicale, le PDG aurait évoqué une fourchette de 12 à 15.000 suppressions d'emplois sur trois ans, ce qui correspondrait à un ratio chiffre d'affaires/effectifs "exigé" par les marchés financiers. L'annonce aurait été faite lors d'une réunion la semaine dernière avec les cadres dirigeants. Selon des rumeurs circulant à l'intérieur de l'entreprise, les nouvelles réductifs d'effectifs pourraient même atteindre 18.000 emplois à partir de la fin de l'année.
La source syndicale a souligné que dans des conditions similaires, à la même période en 2005, avait été annoncé l'actuel plan de restructuration pour la période 2006-2008 prévoyant en France 22.000 "départs volontaires" et certes 6.000 embauches soit un solde net de 16.000 suppressions d'emplois. Ce nouveau plan pourrait ainsi en prendre le relais. Et ce, alors que 6.000 volontaires au département manquent encore à l'appel pour pouvoir atteindre les « objectifs » du plan Next 2008.
"Nous n'arrivons pas à savoir si c'est un ballon d'essai ou si un véritable plan social sera annoncé", a précisé la source syndicale, notant que l'objectif de 12 à 15.000 suppressions d'emplois pourrait sans doute être atteint par des départs naturels. Vers la fonction publique ?
Si la CFDT a déclaré qu'"il paraîtrait étonnant que les suppressions d'emplois ne continuent pas", l'ampleur des chiffres annoncés ne semblant pas la troubler plus que cela, la CGT a indiqué qu'une négociation sur la gestion prévisionnelle des emplois et des compétences (GPEC) venait de s'ouvrir et que son état d'esprit n'était "certainement pas" de discuter en vue de suppressions d'emplois.
La CFE-CGC a souligné que de "nouvelles externalisations d'activités", qu'entraîneraient des suppressions d'emplois, seraient "nocives pour la qualité du service rendu", en prenant l'exemple de centres d'appels qui ont été ouverts à l'Ile Maurice, au Caire (Egypte) et au Maroc.
- Démenti de France Telecom
Répondant aux affirmations de la Lettre de l'Expansion, France Télécom a formellement démenti vouloir mener une quelconque nouvelle opération de nature à porter atteinte à l'emploi. "Aucun plan supplémentaire de suppressions d'emplois n'est prévu d'ici fin 2008", a déclaré une porte-parole de l'opérateur télécoms.
France Télécom avait précisé le 6 février, lors de la publication de ses résultats annuels, avoir réalisé les trois quarts de son objectif de réductions d'effectifs pour 2006-2008 en France.
Le groupe employait 187.331 personnes dans le monde fin 2007 contre 192.024 un an plus tôt.
La perspective d'une baisse de la masse salariale et de nouveaux gains de productivité n'a toutefois pas séduit les marchés financiers. A la clôture, le cours de l'action France Telecom perdait même 0,4%, en baisse de plus de 10% depuis le début de l'année.
- Nouveau cas de suicide
La nouvelle tombe mal pour l'opérateur. Même si les syndicats de France Telecom avaient moult fois alerté sur l'état de santé mentale des salariés de l'opérateur historique, l'avertissement n'a pas été assez sérieusement pris en compte. Un salarié du central téléphonique d'Amboise (Indre-et-Loire) s'est récemment suicidé sur son lieu de travail. Âgé de 52 ans, ce technicien d'intervention à France Télécom, s'est pendu dans un bureau du central téléphonique.
"Ce n'est jamais anodin, un suicide sur le lieu de son travail. On ne peut pas dire que les conditions de travail dans l'entreprise ne poussent pas les salariés à des situations extrêmes", a indiqué Pascal Jouvin, secrétaire département Sud PTT. Selon le syndicaliste, "il y a une vraie souffrance de la part des salariés. Les médecins du travail ont tiré le signal d'alarme à plusieurs reprises".
Le livre de Dominique Decèze, publié en 2004, intitulé “La Machine à Broyer” faisait d'ores et déjà état de conditions de travail mettant en péril l'intégrité mentale des salariés du groupe France Telecom. L'auteur avait alors indiqué que plusieurs études avaient 'établi un lien scientifique entre les restructurations et la souffrance physique et psychique des employés'. “De nouvelles méthodes de gestion ont été brutalement introduites : recherche de la performance, compétition entre salariés, conquête des clients. "La direction a systématiquement cherché à détruire tout collectif de travail qui pouvait faire obstacle à la montée de l'individualisme" ajoutait-il, déjà.
Plusieurs exemples avaient été cités à ce sujet : "Des personnes sans affectation parce qu'on leur refusait toujours des postes, un cadre muté six fois de suite en cinq ans sans raison, des couples séparés par mutation professionnelle". "On a vu des services déménager à répétition dans un département, contraignant les employés à suivre". Selon lui, "France Télécom a servi de laboratoire à la première grande remise en cause de la fonction publique. Cela préfigure ce qui risque d'arriver à La Poste ou à EDF-GDF.”
- La médecine du travail s'inquiète du mal-être
Dans leur rapport annuel sur la santé au travail, présenté en mars 2007 au comité d'établissement de la direction régionale centre-est de France Télécom, des médecins du travail s'inquiétaient du "mal-être" existant dans les sites France Télécom de Rhône-Alpes et Auvergne.
"Le stress, le désarroi, les troubles anxio-dépressifs liés aux transformations du travail ne cessent de s'accroître chez le personnel", détaillent-ils, en évoquant des salariés qui "ont de plus en plus de mal à se reconnaître dans ce qu'ils font".
Les médecins citent notamment dans leur rapport une salariée qui, devant l'aggravation de son état de santé, a préféré demander sa retraite anticipée...
En réponse à ce malaise, la direction de France Télécom a décidé cet été de créer des "cellules d'écoute", composées d'un médiateur désigné par la hiérarchie, de médecins du travail, d'assistantes sociales, de représentants de la direction des ressources humaines et de cadres. En octobre 2007 cependant, seules deux cellules sont actives, dans les directions territoriales Sud (Montpellier-Toulouse) et Sud-Est (Marseille) de l'opérateur. Et elles n'ont "vu passer presque personne" : seuls six salariés pour la cellule "Sud-Est". Les membres composant ces "cellules" n'étant pas forcément dotés d'une vision la plus neutre, voire même la plus objective ...
Selon les syndicats, le problème de fond demeure. "Les fermetures brutales de sites, les pressions au départ pour les seniors conduisent à des situations individuelles désastreuses : il y a des gens chez nous qui sont vraiment au bout du rouleau. La direction refuse de reconnaître qu'elle veut virer des gens. Mais elle bouge quand même car elle a peur d'être prise en flagrant délit de n'avoir rien fait si jamais les choses dégénèrent", juge un responsable syndicaliste.
Selon une enquête menée cet été par un observatoire "du stress et de la mobilité forcée" chez France Télécom mis en place par les syndicats Sud-PTT et CFE-CGC - contestée par la direction, et donc l'accès à été interdit en interne - 66 % des salariés interrogés se considéraient en situation de stress et 15 % en situation de détresse.
Sources : AFP, Reuters, www.spcm.org

4 Commentaires
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France Telecom/emploi: "déni" de la direction (FO), "aucune illusion" (Sud)
PARIS, 4 mars 2008 (AFP)
FO a jugé mardi que la direction de France Telecom "persistait dans le déni" sur les suppressions d'emplois à venir et Sud a dit ne se faire "aucune illusion", en appelant à une journée d'action le 25 mars sur ce thème et sur les conditions de travail.
[...]
Selon la fédération FO de la communication, "alors que des négociations, pourtant obligatoires, peinent à démarrer sur le sujet de la gestion prévisionnelle de l'emploi et des compétences (GPEC), le groupe distille rumeurs et informations officieuses par des canaux qu'il avait déjà empruntés lors de l'annonce du plan NExT" (2006-2008).
Dans son communiqué, FO "regrette que dans un contexte particulièrement délétère de réorganisations et de restructurations permanentes dont l'objet évident est la diminution des effectifs, la direction persiste dans le déni".
De même, la fédération Sud des PTT ne se fait "aucune illusion", car "la direction affiche une volonté de continuité dans sa politique d'emploi, de liquidation de la présence dans les villes moyennes, de continuation de la sous-traitance et des délocalisations d'activités", selon un communiqué.
Le syndicat note aussi que ces éléments "augurent mal de l'actuelle négociation" sur la GPEC.
"La bataille sur l'emploi doit continuer, les dégâts vont être encore importants cette année pour la fin du plan NExT et les personnels sont soumis à une pression au départ toujours très dure", selon Sud.
"Pour l'instant, les engagements de récompenser le personnel sous pression pour les bons résultats de l'entreprise donnent des résultats plus que dérisoires", note la fédération.
Sud-PTT annonce sa participation "à une journée d'action et de rencontres le 25 mars à Paris" sur le thème de l'emploi et celui des conditions de travail.
Cette journée avait été fixée en décembre lors d'"Assises du stress et de la mobilité forcée" chez France Telecom auxquelles avaient participé 200 délégués du personnel, dans le cadre d'un Observatoire du stress lancé en juin par la CFE-CGC et Sud-PTT.
04 mars 2008 à 23:482
NANTES (Reuters: Pour avoir fait cumuler 117 contrats à durée déterminée (CDD) entre 1991 et 2004 à une salariée, la direction de La Poste en Loire-Atlantique a été condamnée par les prud'hommes de Saint-Nazaire à lui verser 31.000 euros, rapporte la CGT dans un communiqué.
L'employée, âgée aujourd'hui de 36 ans, avait successivement été agent d'entretien, guichetière ou encore factrice.
"La durée des CDD était très variable : parfois, c'était pour six heures, une autre fois pour la matinée", a expliqué Catherine Debiard (CGT), qui a défendu le dossier devant le conseil des prud'hommes.
06 mars 2008 à 17:103
Répression anti-syndicale à France Télécom Orange
Un militant de Poitiers sanctionné
France Télécom, en dépit de bénéfices énormes, continue encore et toujours sa politique destructrice d’emplois - 22 000 emplois supprimés en trois ans !
Elle a décidé de s’attaquer durement aux militants qui s’opposent à cette politique.
4 délégués syndicaux de SUD dont un militant de Poitiers sont traînés en conseil de discipline pour une action de solidarité avec les agents du site d’Alès supprimé.
6 mois sans salaire
Alors que depuis plusieurs mois les collègues d’Alès se battaient pour le maintien de leur emploi à l’agence France Télécom Orange d’Alès, un rassemblement a été organisé le 12 novembre dernier, jour où les collègues devaient prendre leur poste sur Nîmes (mutations autoritaires).
Une réunion d’environ 80 personnes s’est tenue dans l’agence dont les grilles avaient été fermées à l’initiative de la direction.
France Telecom a choisi arbitrairement 4 militants au motif d’ « entrave à la liberté du travail » sic - on croit rêver !
L’objectif de la direction est de réprimer sévèrement toute lutte et tout mouvement de contestation.
Elle demandera le 14 avril lors du conseil de discipline 6 mois de mise à pied - c’est-à-dire 6 mois sans salaire.
Criminalisation du mouvement social
Tout est mis en oeuvre pour museler les syndicalistes, les salariés et les citoyens qui tentent, par leur activité militante, d’enrayer les effets dramatiques de ces mesures de casse sociale :
Retraites au rabais en 2003, 2008, ... salaires au plus bas, CPE/CNE en 2006, suppression d’un poste de fonctionnaires sur deux, délocalisation et fermeture de sites .... : cette liste est trop longue !
Les militants syndicaux, salariés et citoyens qui osent dire NON et RESISTER deviennent les cibles d’une répression qui prend de multiples formes : actes d’intimidation, procédures disciplinaires, harcèlement, mise a pied, licenciement....
11 avril 2008 à 18:12Mais aussi incarcérations, poursuites pénales.
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le groupe FT/Orange pousse les agents volontaires à quitter le navire pour une mutation dans une autre administration. Mais y aura t-il de la place pour tous ? cette énième mesure ne me dit rien qui vaille. J'ai fais la démarche et ai réussi, mais en 2004. Et plus le temps passe et plus la pression -déjà importante- en 2004 augmente. L'avis alarmiste des médecins sur les suicides risque d'éclater comme une bombe dans les médias, mais cela sera au détriment d'agents ayant franchis le pas. La course aux gains des investisseurs sent très mauvais.
30 juin 2008 à 13:54Ajoutez un commentaire
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