Arménie : l'état d'urgence est décrété

Turkeyarmenia Le président arménien Robert Kotcharian a déclaré l'état d'urgence samedi, suite à des violences qui ont opposé la police à des manifestants. Ces derniers contestaient les résultats de l'élection présidentielle du mois dernier. Le candidat de l'opposition Levon Ter-Petrosian, battu dès le premier tour, a lui-même contesté les résultats devant la Cour constitutionnelle vendredi.

Rappelons que l'Arménie dispose d'une situation géographique hautement stratégique pour le transit du gaz, alors que la Russie et l'Europe livrent bataille actuellement en mettant en concurrence la construction de deux gazoduc d'une importance capitale : South Stream d'une part et Nabucco d'autre part.

L'examen très rapide d'une carte géographique permet de situer l'Arménie, « idéalement » placée – tout comme la Géorgie et l'Azerbaïdjan - entre les gisements d'hydrocarbures de la Caspienne et de l'Iran et les ports de la Turquie, permettant d'acheminer du gaz en Europe en s'affranchissant de la Russie ...

- La Présidence décrète l'état d'urgence

"Je déclare l'état d'urgence dans la ville d'Erevan du 1er au 20 mars" afin de "mettre fin à la menace à l'ordre" public, a annoncé samedi soir le chef de l'Etat sortant dans un communiqué.

L'annonce de la présidence arménienne est intervenue peu après que les forces de l'ordre eurent tiré des coups de feu en l'air et usé de gaz lacrymogènes pour disperser une foule d'environ 8.000 à 15.000 manifestants selon les différentes sources.

La mesure impose d'importantes restrictions, dont l'interdiction de grands rassemblements et l'obligation aux médias de ne diffuser que des informations officielles sur la situation politique dans le pays. Le décret octroie également à la police le droit de restreindre les déplacements et de fouiller les personnes et les véhicules.

- D'importantes violences constatées

Les incidents ontdébuté à l'aube samedi, quand des policiers anti-émeute ont détruit le village de tentes planté depuis plusieurs jours sur la place de la Liberté. Les 1.500 manifestants qui y campaient, sur le modèle de la Révolution orange de fin 2004 en Ukraine, avaient été violemment dispersés.

Selon le ministère de la Santé, 31 personnes, dont huit policiers, ont été blessés dans des échauffourées lors de cette première intervention, attisant la colère des manifestants, pacifiques jusqu'ici. Dix personnes ont été hospitalisées, mais les autorités n'ont pas donné de précisions sur leur état de santé.

Des manifestants excédés auraient lancé des cocktails Molotov dont les jets auraient atteint des policiers anti-émeutes. Ils ont ensuite incendié des dizaines de voitures et les ont massées en des barricades de fortune. Les opposants affirment que 16 personnes ont été arrêtées à ce moment-là.

Parmi eux, M. Ter-Petrossian, présent au côté des manifestants, a été arrêté puis assigné à résidence. L'Union européenne et le Conseil de l'Europe ont appelé à la libération de celui qui fut président de l'Arménie de 1991 à 1998.

Parmi les huit policiers blessés par balle, certains le sont grièvement, selon la police.

- Remise en cause des résultats de l'élection présidentielle

Au départ, les 6.000 à 8.000 manifestants réunis sur une place du centre d'Erevan contestaient l'assignation à résidence du chef de l'opposition, Levon Ter-Petrossian, "vrai vainqueur" selon eux de la présidentielle du 19 février. Serge Sarkisian, le Premier ministre et président élu est un proche du chef de l'Etat sortant Robert Kocharian, qui se retire en raison de la limitation constitutionnelle des mandats. Les manifestants affirment que le gouvernement a faussé le dépouillement des votes et réclamaient en conséquence l'organisation d'un nouveau scrutin.

Le candidat de l'opposition Levon Ter-Petrosian, battu dès le premier tour, a contesté les résultats devant la Cour constitutionnelle vendredi.

Samedi matin, la police avait déjà dispersé par la force plusieurs centaines de manifestants qui campaient sur la place centrale de la capitale depuis plus d'une semaine.

"Le pouvoir est entièrement responsable de ces affrontements. Nous avions dit que, pour que la situation se règle pacifiquement, il fallait que Levon Ter-Petrossian puisse aller parler à ses partisans", a réagi un porte-parole de l'opposant, Arman Moussinian. "L'état d'urgence, c'est tout ce que voulait le pouvoir", a-t-il encore dit, précisant qu'aucune manifestation n'était prévue dimanche, par souci de "respecter la loi" sur l'état d'urgence, qui interdit les rassemblements.

La police a annoncé la saisie d'armes, notamment à feu, mais l'opposition qualifie de "provocation" les accusations de préparation d'un coup d'Etat. Le Parlement a été réuni en pleine nuit, à huis-clos, pour évoquer l'état d'urgence, selon le parti d'opposition Heritage, représenté au Parlement.

- L'Arménie au coeur de la bataille des gazoducs

Le premier vice-premier ministre russe Dmitri Medvedev, président du conseil de direction de Gazprom, s'est rendu cette semaine à Belgrade afin d'examiner la construction du gazoduc South Stream.

Un accord intergouvernemental russo-serbe de coopération dans la sphère pétrolière et gazière signé le 25 janvier 2007 prévoit la construction du tronçon serbe du gazoduc South Stream, destiné à acheminer le gaz naturel russe vers les Balkans et l'Europe.

Le tronçon sous-marin du gazoduc South Stream passera sous la mer Noire et reliera la Russie et la Bulgarie. Le montant global des investissements dans le projet est évalué à plus de 10 milliards de dollars. Le gazoduc, qui sera opérationnel vers 2013, transportera près de 30 milliards de mètres cubes de gaz vers l'Europe du Sud.

South Stream constituera une alternative au projet Nabucco, soutenu par l'Union européenne, un gazoduc qui ira de l'Iran et l'Asie Centrale via la Géorgie, l'Azerbaïdjan, l'Arménie et la Turquie vers l'Europe.

Sources : AP, AFP, Ria Novosti

 

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