Fimat, la filiale de courtage de la Société générale, aurait ouvert à l'automne dernier une enquête sur d'importants ordres de Bourse exécutés pour le compte de Jérôme Kerviel, le trader accusé d'être à l'origine de la perte record de son employeur.
C'est en tout cas ce que rapporte lundi le Financial Times.
Dommage qu'il faille traverser la Manche pour savoir ce qui se passe en France ...
Selon le quotidien, un responsable de Fimat avait enquêté sur quatre transactions exécutées par un de ses employés, Moussa Bakir, pour le compte de Jérôme Kerviel après avoir été alerté par un niveau de volumes anormalement élevé sur son desk. Ce responsable s'interrogeait sur d'importantes commissions perçues sur au moins quatre ordres d'achat sur des marchés actions au comptant.
Tandis que ses recherches demeuraient infructueuses, la priorité donnée à l'enquête s'est à la suite estompée selon lui, toutes les "énergies" étant concentrées sur la préparation du rapprochement entre Fimat et Calyon Financial (groupe Crédit agricole SA) en vue de créer Newedge.
Moussa Bakir a néanmoins été entendu comme témoin assisté dans l'enquête judiciaire menée sur cette affaire après deux jours de garde à vue à la brigade financière début février.
Citant une personne proche de Fimat, le Financial Times indique que Jérôme Kerviel a eu recours à ses services pour l'exécution d'un tiers de ses transactions sur des contrats à terme sur indices boursiers l'an passé, utilisant pour les autres un système d'accès direct aux marchés organisés comme Eurex, la Bourse des dérivés contrôlée par Deutsche Börse.
Cette personne indique que Jérôme Kerviel ne travaillait qu'avec Fimat comme courtier, évoquant une "relation spéciale" entre le trader et Moussa Bakir qui est toutefois habituelle, selon elle, dans ces métiers.
Toujours selon cette personne, ni la Fimat ni Moussa Bakir n'ont jamais exécuté le moindre ordre sur des marchés de gré à gré, alors que, selon la Société générale, Jérôme Kerviel a eu recours à ces marchés pour des opérations de couverture qui se sont avérées fictives.
Le Financial Times souligne encore le caractère spécial des relations entre Fimat et sa maison mère, le courtier n'imposant pas à la Société générale les limites de risques exigées de ses autres clients.
La banque ne représente toutefois que "quelques points de pourcentage" des revenus de Fimat et Moussa Bakir n'a exécuté en janvier qu'une petite partie (80.000 sur 1,7 million) des contrats à terme achetés par Jérôme Kerviel, indique-t-il.
L'enquête de la Fimat était toujours en cours quand la Société générale a découvert le 18 janvier l'ampleur des positions accumulées par Jérôme Kerviel, aboutissant au final à une perte de 4,9 milliards d'euros.
Source : Reuters

7 Commentaires
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Ce qu’a vraiment fait Jérôme Kerviel
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La transparence, enfin, ou presque. Pour la première fois, la Société générale a publié un document presque complet sur les différentes opérations réalisées par Jérôme Kerviel. Il s’agit du rapport de l’Inspection générale de la banque, dont s'est inspiré le rapport d’étape du Comité spécial du Conseil d’administration de la Société Générale, présidé par Jean-Martin Folz. Vous pouvez le télécharger.
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http://cordonsbourse.blogs.liberation.fr/cori/files/comiteSpecialFevrier08.pdf
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C’est complexe, ce n’est pas évident à déchiffrer, mais, enfin, on dépasse les explications approximatives du genre : "Jérôme Kerviel a agi comme un chauffard qui évite les radars et saute en route de sa voiture" (métaphore utilisée par Daniel Bouton, le PDG de la Socgen, lors de son interview à France 2).
Je vais essayer de me lancer dans une tentative de décryptage.
D’abord les conclusions du comité spécial. Trois constats:
1) il valide les premières explications fournies par la Socgen. Kerviel a dérivé de son métier d’arbitragiste, dont le risque est très limité, et a pris des "positions directionnelles", c’est-à-dire fait des paris sur l’évolution des indices boursiers européens.
2) L’ex-trader a agi seul au sein de la banque et il n’y a aucune preuve de complicité, sous réserve de ce que va faire apparaître l'enquête au sein de Fimat, la filiale en courtage de la Socgen.
3) Ses opérations n’ont pas été détectées plus tôt en raison, d’une part, de "l’efficacité" et de "la variété des techniques de dissimulation utilisées par le fraudeur", ce qui avait déjà été dit, et surtout, d’autre part par le fait que "les opérateurs n’approfondissent pas systématiquement leurs vérifications", enfin par "l’absence de certains contrôles qui n’étaient pas prévus et qui auraient été susceptibles d’identifier la fraude". Un constat beaucoup plus gênant pour la direction. Cela veut dire que les salariés des back-offices ne sont pas formés ni incités à prendre la moindre initiative dans le travail de contrôle, et que le système lui-même comportait des énormes failles.
Ensuite, le détail des opérations réalisées par Kerviel selon le rapport d’étape de l’Inspection générale, issu de travaux intitulés "Mission Green":
Pour 2005 et 2006: Kerviel fait quelques opérations non autorisées. Ainsi, il prend entre juin et octobre 2006 une position sur l’action Solarworld, cotée en Allemagne, entre 100 et 150 M€. Sur ces deux années, il gagne, sans le déclarer, 180 k€ en 2005 et 1,8 M€ en 2006.
En 2007: Kerviel parie dans un premier temps sur la baisse du Dax, l’indice boursier allemand, et se constitue à partir du mois de mars une position à partir de futures, qui va atteindre 28 Mds € au 30 juin. En moyenne, il achète 1700 contrats par jour, soit 150 000 contrats au total. Cette position est d’abord perdante. Du 24 juillet au 30 août, la position est débouclée. A partir du 11 septembre, Kerviel parie de nouveau sur une baisse des indices européens, à savoir le Dax et l’EuroStoxx. Il détient alors jusqu’à 80 000 contrats futures sur le Dax, et 350 000 contrats sur l’EuroStoxx. Un pari gagnant. Ses positions sont débouclées à partir du 6 novembre, en dégageant un gain de 1,5 Mds €.
2008: Kerviel parie sur la hausse des indices boursiers et se constitue entre le 2 et le 18 janvier une position "longue", à partir de futures, atteignant 49 Mds €. Son débouclage, entre le 21 et le 23 janvier, entraîne une perte de 6,4 Mds €.
Un résumé avec un graphe:
http://cordonsbourse.blogs.liberation.fr/.shared/image.html?/photos/uncategorized/2008/02/21/pl_3.png
Autres enseignements du rapport de l’Inspection,
1) le détail des opérations de dissimulations de Kerviel. Ou comment truander le back-office via le système informatique interne appelé Eliot.
L’idée, c’est de rentrer dans la base un type spécifique d’opérations, qui n’alerte pas les services de contrôle, puis de l’annuler (l’annulation permettant de ne pas effectuer de règlement et de livraison des titres).
A savoir, une opération ayant un "offset significatif", c’est-à-dire un écart de 30 jours entre la date de l’opération et la date de valeur. Pendant ce temps, le back-office ne la vérifie pas. Les opérations à date de valeur décalée étant vérifiées au bout de cinq jours.
Ou alors une opération avec certaines contreparties : soit une contrepartie interne au groupe, par exemple Clickoptions, une filiale à 100% de Socgen, qui ne nécessite aucune confirmation car l’opération est revue dans le cadre des opérations intragroupes. Ou une contrepartie externe avec un établissement de petite taille, où il n’est pas prévu d’appel de marge.
Ces manipulations ont été utilisées pour plusieurs types d’instruments financiers. Le rapport en cite quatre. Les plus simples sont des actions de plusieurs sociétés européennes : Allianz, Solarworld, Nokia, Porsche, Deutsche Bank, Business Object, Conergy. Kerviel aurait acheté (ou vendu) ces actions hors bourse, de gré à gré.
Les autres instruments sont plus complexes : des futures sur le Dax, le CAC, le FTSE ou l’Eurostoxx 50, (à savoir des options d’achat ou de vente de ces indices), des forwards sur indices (équivalents à des futures, mais négociés de gré à gré, c’est-à-dire de banque à banque, sans passer par des bourses), des options OTC sur sous-jaçents Dax_X call down and out (même principe. Les options OTC pour Over the Counter sont échangées de gré à gré. Call down and out veut dire qu’elles n’ont plus de valeur lorsque le cours de marché descend en dessous d’une limite fixée.)
2) Enfin, le plus savoureux reste l’enchaînement des événements qui amène à découvrir ses manipulations. A noter que Kerviel n'a pas été attrapé pour sa position de 50 milliards, mais à cause d'une opération dont l'objectif était de cacher son profit 2007.
L’inspection a reconstitué, à partir des échanges de mails, les rapports entre Kerviel et les différents services de contrôle sur ce point précis. Là encore, les termes sont techniques mais, pour peu qu’on rentre dedans, cela devient très amusant a posteriori de constater qu’en exploitant la division du travail dans un aussi gros établissement que la Socgen, on peut passer facilement entre les mailles du filet le temps de faire des grosses bétises.
Tout commence le 31 décembre 2007. Pour éviter que son résultat annuel fasse apparaître un profit, Kerviel invente des opérations perdantes. Il rentre dans le système huit opérations de forward avec comme contrepartie Clickoption. Contrepartie interne qui passe inaperçue. Le 2 janvier, le détail des huit opérations est envoyé à un salarié du back office (OPER dans le jargon de la banque) avec le commentaire suivant : "on va mettre le broker en attendant la conf de la contrepartie". Le lendemain, Kerviel modifie les 8 opérations en rentrant le nom de la banque Baader comme contrepartie, et prévient un autre salarié d’OPER. Dans le même temps, la communication est difficile entre OPER et le service des risques (RISQ). Du coup, le reporting quotidien mentionnant Baader n’est reçu par RISQ que le 7 janvier.
Le jour même, ce service calcule le montant du risque de contrepartie (la CVar). Il apparaît énorme. Le salarié de RISQ pense à une erreur. Le lendemain, il demande au service de support du front office (GEDS/GSD) de vérifier. Une salariée demande alors à Kerviel ce qu’il a fait. Il répond : "ça matérialise des give up de futs (futurs, nda) faits tardivement, je dois de l’argent à la contrepartie. On va le rebooker asap (as soon as possible, nda)". Elle avouera plus tard n’avoir rien compris (moi non plus!) mais ne laisse rien paraître sur le moment. Les fichiers sont envoyés sans plus de vérification à la direction des affaires financières et comptables de la banque (ACFI) pour le calcul du ratio cooke.
Le 9 janvier, Kerviel fait mine de "rebooker", comme il s’y était engagé. Il annule les 8 opérations. Le lendemain, l’information est diffusée, sans plus de précisions, à RISQ, qui considère le problème comme clos.
Le 15 janvier, pourtant, la panique va s’emparer de tous ces services après qu’un salarié d’ACFI a fait, comme d’habitude, son calcul du capital réglementaire dans le cadre du ratio cooke. Comme l’explique l’inspection, le "calcul fait ressortir un résultat plus important que prévu en termes de CWA (Cooke-Weighted Assets) et RWA (Risk Weighted Asset ou risques pondérés)." Le dépassement serait de plus de 3 milliards d’euros par rapport aux seuils réglementaires.
De nouveaux mails sont envoyés à RISQ, OPER et GEDS/GSD. Qui se retournent vers Kerviel. Ce dernier doit alors fournir de nouvelles explications tard dans la soirée. A 20h42, il envoie un mail déclarant que ces opérations modélisent "une compensation de P&L (Profit & loss) indu". Personne n’y comprenant rien, d’autres services entrent dans la danse. Au total, le rapport mentionne 19 personnes différentes, mais sans donner leurs noms. Elles sont reconnaissables par leur service. Ainsi, le premier agent à être alerté est surnommé OPER/GED/PNL/REC. (OPER pour direction des opération, GED pour Global Equities Derivatives, PNL pour Profit and Loss, REC pour Réconciliation. On peut supposer que ce salarié travaille donc quotidiennement à calculer le résultat du Front en se focalisant sur les écarts entre les calculs effectués par le logiciel du Front et le logiciel du Back. D'où la réconciliation).
Finalement, une réunion est organisée le jeudi 17 janvier à 16h30 entre Kerviel et des membres d’ACFI. Le trader comprend alors que le problème vient du fait de son choix de contrepartie. La banque Baader n’étant pas une contrepartie habituelle de Socgen, il n’y a pas de contrat cadre entre les deux établissements et les risques sont très élevés. Du coup, il change de version et déclare que c’est la Deutsche Bank sa vraie contrepartie. Le ratio cooke redevient raisonnable: le dépassement n’est plus que de 390 millions d’euros. Tout rentre dans l’ordre, sauf qu’on demande à Kerviel une confirmation de l’ordre passé par la Deutsche Bank.
C’est fait le lendemain, à 12h59. Kerviel envoie une fausse justification (un mail trafiqué avec un en-tête Deutsche Bank). Mais entre-temps, sa hiérarchie au Front a commencé à s’inquiéter. Et une nouvelle réunion est organisée dans la soirée. Un des chefs de service se propose alors d’appeler un contact à la Deutsche Bank. Il le fait le samedi matin, et découvre que l’opération est fictive. Tout s'écroule. Kerviel, parti en week-end, n'a plus que quelques heures à vivre en tant que salarié de la Socgen.
A noter, enfin, l'inspection n'a pas trouvé de trace de Kerviel utilisant des mots de passe du back office, une version fournie jusqu'à présent par la direction de la banque. "La Task force" qui a réalisée l'enquête les premiers jours aurait "mal interprétée les informations recueillies à ce sujet", selon le rapport.
http://cordonsbourse.blogs.liberation.fr/cori/2008/02/ce-qua-vraiment.html
22 février 2008 à 23:212
http://www.polemia.com/contenu.php?cat_id=36&iddoc=1611
Société générale : la perte de sens de la finance mondiale
L’essayiste et géopoliticien Yves Marie Laulan a adressé à Polémia une courte analyse de l’affaire de la société générale. Emanant de l’ancien directeur des études économiques de cette banque, à l’époque de Maurice Lauré, son analyse est éclairante. Yves-Marie Laulan qui fut alors en charge de l’évaluation des risques à la Société générale rappelle ce qui devrait être une évidence : il s’agit là du cœur du métier de banquier. Evidence oubliée aujourd’hui dans le monde entier. Une correspondance Polémia vient compléter ce témoignage.
Polemia
La crise de la Société générale : une histoire toute simple.
Christine Lagarde vient de rendre sa copie, anodine comme il fallait s’y attendre. Elle critique le « management » pour l’insuffisance des contrôles mais le félicite pour sa gestion de la crise. Comme si l’on critiquait le médecin de n’avoir pas su garder le patient en bonne santé mais le félicitait de l’avoir enterré proprement.
J’ai été, du temps de Maurice Lauré (l’inventeur de la TVA), directeur des études économiques de la Société générale, chargé, entre autres choses, de l’étude des risques. Car le métier de banquier, c’est le sens et l’évaluation du risque. Hors de cela, point de salut. Mieux vaut pratiquer une autre activité, vendre des cravates ou des aspirateurs.
A l’époque de Maurice Lauré, la Société générale, banque modèle, était connue et respectée dans le monde bancaire pour la rigueur de sa gestion et la qualité de la formation de ses agents.
Son problème majeur était, et est encore, celui d’une banque de taille moyenne dans un monde de géants (BNP et Crédit agricole, HSBC). Il fallait donc, soit accepter le principe d’une fusion ou d’un rapprochement, soit trouver le moyen, pour garder son indépendance, de trouver la possibilité de maintenir une très haute rentabilité grâce à des produits adaptés.
Pour une banque, dans le contexte du marché bancaire d’aujourd’hui, relativement saturé, il n’y a guère que deux solutions pour parvenir à cette fin.
La première consiste à peser sur les frais de fonctionnement, dont 80% sont représentés par les salaires, de façon à maintenir les frais généraux stables et modérés.
La deuxième est de trouver un champ d’activité à haute rentabilité et à coût relativement réduit. Il n’y en a pas 36 : ce sont les produits dérivés et leurs succédanés dans toute leur variété. Ils réclament relativement peu de main d’œuvre (mais très qualifiée), des espaces réduits (en termes de m2 occupés) et sont susceptibles de fournir une valeur ajoutée très forte. Ce sont donc des « produits miracles». Mais avec un défaut néanmoins, ils sont également associés à un risque très élevé.
A partir de ce constat, un choix stratégique se présente aux responsables de la banque .
Hypothèse 1 : Ou ces opérations sont pratiquement incontrôlables, car le risque est très fort et largement imprévisible, et il ne faut pas y aller (pas plus que l’on s’engage sur champ de mines pour aller cueillir d’appétissants champignons. Cela n’est pas très prudent.)
Hypothèse 2 : Ou ces risques sont élevés, mais contrôlables (à condition d’y mettre le prix) et l’on peut s’y engager.
Le malheur a voulu que la Société générale, pour maintenir à tout prix son indépendance (et le statut de ses dirigeants), ait choisi l’hypothèse 2, mais sans y mettre le prix (en termes de personnel suffisamment qualifié et nombreux et de procédures suffisamment rigoureuses).
C’est le drame d’une ambition légitime certes, mais insuffisamment servie par le sens du risque.
Yves –Marie Laulan
La crise de la Société générale : l’écart entre deux mondes
L’article d’Yves-Marie Laulan souligne à juste titre la place centrale de l’évaluation du risque dans le métier de banquier. Mais dans cette perspective, d’autres données méritent aussi d’être soulignées :
1-La « virtualisation » croissante
Issue de la complexité des produits financiers et de la spéculation absolue, elle entraîne pour conséquence la dématérialisation grandissante de la finance par rapport à la réalité. Le trader Kerviel a occasionné une perte à l’issue de positions qui représentaient 50 milliards d’euros. Jamais écart n’aura été aussi flagrant entre montants virtuels et réalité tangible. D’où une perte de repères.
2-L’écart entre deux mondes
Pour gérer son risque, contrairement à ce que dit Laulan, la Société Générale n’a pas que l’ajustement à la baisse de ses charges salariales. Elle a aussi la recherche de l’augmentation de son produit net bancaire, lequel provient d’un « hold-up » organisé par toutes les banques de détail pour pressurer le consommateur moyen qui passe sa vie à régler des frais bancaires monstrueux pour des opérations anodines et souvent automatisés. En gros, on va empêcher de vivre 20 millions de consommateurs pour sécuriser un risque pris par 50 golden boys sur des montants disproportionnés. Cela traduit la coupure entre la superclasse mondiale et le reste des agents économiques.
3-L’écart entre deux politiques
Alors que la Société Générale se jugera capable d’assurer une prise de risque sur des montants de plusieurs dizaines de milliards d’euros à travers quelques dizaines de courtiers, elle ne voudra pas le prendre à hauteur de quelques dizaines ou quelques centaines de milliers d’euros pour cautionner un emprunt indispensable à un jeune couple qui cherche un logement à Paris pour avoir puis élever une famille ou pour financer les premiers investissements d’une PME qui a besoin de capitaux pour exporter (ce que font les PME allemandes). En ce sens, les banques sont doublement coupables de non assistance à familles et entreprises en danger.
23 février 2008 à 01:263
La Société Générale aurait passé outre 75 alertes concernant les activités de Jérôme Kerviel, le trader qui est soupçonné d’avoir coûté près de 5 milliards d’euros de pertes en raison de prises de positions non autorisées, selon un rapport indépendant cité par le Times. Une information d’autant plus sensible que la banque vient d’annoncer une chute de 82% de son bénéfice 2007.
Un rapport préliminaire, commandé au lendemain du scandale, aurait découvert que la Société Générale aurait manqué 75 alertes entre juin 2006 et le début de cette année. Ces nombreux avertissements auraient dû alerter les supérieurs de Jérôme Kerviel concernant ses prises de positions illégales, note le document.
Pour mémoire, ce sont ces mêmes prises de positions qui auraient coûté 4,9 milliards d’euros à la deuxième banque française et qui ont plombé les résultats du groupe, présentés ce matin. Le résultat net a chuté de 80% par rapport à l'année dernière.
Aucune initiative pour vérifier les affirmations de Kerviel
D'après ce rapport, dont les conclusions sont publiées par le Times, les responsables du contrôle, ainsi que la hiérarchie, auraient une part importante de responsabilité dans la catastrophe financière qu'a connu la banque.
Les procédures de contrôles des risques auraient donc été suivies correctement, mais les responsables auraient rarement poussé plus loin les démarches, et n’auraient pas informé leurs supérieurs des anomalies, même lorsque celles-ci portaient sur de vastes sommes d’argent, poursuit le rapport.
Pas de réaction de la part de la hiérarchie
Idem pour les transactions faisant l’objet d’annulations ou de modifications, et qui n’étaient pas suivies. «Aucune initiative n’a été prise pour vérifier les affirmations de Jérôme Kerviel ainsi que les corrections qu’il suggérait, même lorsque celles-ci n’étaient pas plausibles», affirme le rapport.
Mais le document va plus loin : «lorsque la hiérarchie était alertée, elle ne réagissait pas».
Les investigateurs soutiennent la théorie selon laquelle Jérôme Kerviel a agi seul, et qu’il n’a pas bénéficié personnellement de ses prises de positions. Selon le rapport, celui que la presse a longtemps appelé le 'trader fou' aurait reçu un bonus de 60 000 euros en 2006, et aurait demandé un bonus de 600 000 euros pour l’année 2007.
C’est bien pour obtenir un bonus plus conséquent que Kerviel aurait passé des positions douteuses, espérant gagner les faveurs de ses supérieurs...
23 février 2008 à 10:52http://www.easybourse.com/Website/article/5937-affaire-kerviel-la-sg-aurait-manque-75-avertissements.php
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J'ai travaillé à la S. G., comme consultant extérieur en informatique de gestion.
23 février 2008 à 13:55Mon travail consistait, entre autres, à regarder dans le dossier de certains agents ce qui avait fait "planter" leur calcul de paie.
En tant qu'extérieur, je n'y avais pas accès (""sécurité"").
Donc impossibilité de bosser, dûment transmis au chef.
Quand le client s'énervait suffisamment, un sous-fifre de l'exploitation informatique me transmettait, en douce, une copie du dossier.
Comme ça, la ""sécurité"" n'avait pas été enfreinte, aucun chef ne s'était mouillé et le travail pouvait avancer.
L'arrogance n'est pas la seule caractéristique de ces gens ; la lâcheté encore plus.
Quant aux procédures de ""sécurité"", elles sont évidemment à revoir dès qu'elles empêchent de bosser normalement, mais, mises en place par des mal baisés, personne ne veut être celui par qui le scandale arrive.
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Jerome Kerviel fait des emules.
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Un "trader" de MF Global fait perdre 93,5 millions d'euros à son employeur
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Le courtier britannique en matières premières MF Global a annoncé, jeudi 28 février, que l'un de ses opérateurs de marchés financiers, agissant pour son propre compte, a pris des positions non autorisées, qui vont contraindre l'entreprise à assumer une perte de 141,5 millions de dollars (93,5 millions d'euros).
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D'après un communiqué du groupe, l'employé de sa filiale aux Etats-Unis est intervenu très tôt mercredi sur le marché à terme du blé de la Bourse spécialisée de Chicago, prenant des positions qui ont "considérablement outrepassé les limites autorisées". Le courtier a aussitôt été licencié par son employeur.
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MF Global assure cependant que sa situation financière demeure solide en dépit de cette perte, qui ne représente que 6 % de ses fonds propres. L'entreprise a également assuré que des mesures ont été prises pour "éviter de nouvelles erreurs de ce type", et que les fonds des clients ne seront pas affectés.
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Cette annonce du groupe britannique intervient un mois après l'affaire Jérôme Kerviel, soupçonné d'une fraude qui a coûté 4,9 milliards d'euros à la Société générale.
01 mars 2008 à 12:53http://www.lemonde.fr/economie/article/2008/02/28/un-trader-de-mf-global-fait-perdre-93-5-millions-d-euros-a-son-employeur_1017063_3234.html#ens_id=1005230
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Société générale : face aux falsifications de Jérôme Kerviel, une hiérarchie peu curieuse
Eric Cordelle, 36 ans, diplômé de Polytechnique et de l'Ecole nationale de la statistique et de l'administration économique (Ensae), est probablement un bon professionnel. Un cadre pour qui les relations, au sein d'un service, sont fondées sur "la confiance".
C'est en tout cas ce qu'il raconte, jeudi 6 mars, dans le cabinet du juge Renaud Van Ruymbeke, en présence de Jérôme Kerviel, ce trader suspecté d'avoir fait perdre 4,9 milliards d'euros à la Société générale.
Eric Cordelle, spécialiste de l'ingénierie financière, n'a jamais été trader. Quand il prend la tête de DeltaOne, ce service composé de huit traders, dont Jérôme Kerviel, au printemps 2007, il ne se doute pas que quelques mois plus tard, il va se retrouver au cœur d'une enquête judiciaire sur le plus gros scandale financier de l'histoire. Son prédécesseur lui passe le témoin sereinement :
"A aucun moment, il ne m'a informé d'un quelconque problème avec M. Kerviel [déjà en fonctions depuis deux ans et demi]", se rappelle Eric Cordelle. "M. Kerviel était bien considéré, les clients étaient plutôt contents, le management et moi étions plutôt contents de lui", explique le responsable.
Eric Cordelle ne s'alarme pas plus lorsqu'il découvre le résultat exceptionnel déclaré par Jérôme Kerviel pour l'année 2007 : 55 millions d'euros. Le montant avoué par le trader reste très inférieur au gain de 1,4 milliard d'euros qu'il a effectivement réalisé, mais il représente déjà 55 % du résultat global de DeltaOne.
Au septième étage de la tour Société générale du quartier d'affaires de la Défense se propage alors la rumeur qu'en raison de performances spectaculaires, les huit traders de l'équipe Delta One vont se partager des bonus "fous".
"Cela arrive fréquemment qu'un membre d'une équipe dégage 50 % du résultat", assure pourtant Eric Cordelle. Jérôme Kerviel réplique, sur procès-verbal : "Cela me paraissait aberrant qu'il ne se pose pas de questions."
En deux phrases, c'est toute une instruction qui est résumée. D'un côté, un homme qui a effrontément joué une carte biaisée, produisant des faux pour couvrir des investissements risqués n'entrant pas dans le cadre de sa mission. De l'autre, une hiérarchie péchant par naïveté, trop cloisonnée pour s'émouvoir d'alertes régulières.
Eric Cordelle, encore : "J'ai posé cinquante fois la question à Jérôme (…), à chaque fois les réponses de M. Kerviel m'ont convaincu." Et le trader de répliquer : "J'étais évasif dans mes réponses."
Curieux jeu de dupes, dans lequel un suspect, Jérôme Kerviel, joue les accusateurs. "Il ne faut pas s'y tromper, dit Me Jean Veil, l'avocat de la banque, M. Kerviel a avoué être l'auteur de la fraude la plus importante de tous les temps. La Société générale, ses actionnaires, ses salariés, sont ses victimes !"
UN MYSTÉRIEUX INVESTISSEUR SURNOMMÉ LE GROS
De fait, M. Kerviel ne tente même pas de donner le change. "Il est exact qu'il ne fallait pas dépasser la limite globale de 125 millions d'euros pour le desk", admet-il devant le juge Van Ruymbeke. Ce montant, il le dépassera pourtant dans d'incroyables proportions.
"Montrez-moi la procédure écrite matérialisant cette limite de 125 millions d'euros, argumente Me Elisabeth Meyer, le conseil de M. Kerviel. Et si cette limite existe, est-elle respectée par les autres traders ? Jusqu'au 31 décembre 2007, mon client a fait gagner de l'argent à sa banque. Il a gagné, dans un système où on lui permettait de le faire."
En janvier 2008, son manager s'impatiente pourtant. "Début janvier 2008, dit-il, j'ai dû envoyer un mail à l'ensemble de l'équipe attirant l'attention sur le fait qu'ils dépassaient trop souvent le seuil de 125 millions. Jérôme, comme les autres membres de l'équipe, a répondu qu'il n'y avait pas besoin de demander une augmentation de la limite." En janvier 2008, Jérôme Kerviel a déjà eu le temps d'affûter sa défense. D'autant qu'il n'en est pas à sa première alerte.
Le 3 avril 2007, il reçoit un premier courriel d'un employé de la division des risques. "Je vois un léger dépassement en repli sur DeltaOne (…) pour une limite à 125 millions d'euros." Jérôme Kerviel modifie alors ses opérations, et demande dès le lendemain à son interlocuteur de relancer son analyse des risques.
Nouvelle alarme, le 20 août 2007, avec une exposition anormale signalée par les contrôleurs du "back-office". Là encore, même stratagème employé par M. Kerviel : il donne une explication fictive, et demande une relance de l'analyse.
Le 7 novembre 2007, l'affaire se corse. Cette fois, c'est une lettre d'Eurex, la chambre de compensation allemande qui arrive sur le bureau du responsable de la conformité des opérations, à la Société générale. "Plusieurs transactions ont retenu notre attention", avance Eurex qui, sans s'appesantir sur le cas de Jérôme Kerviel, met en avant des opérations réalisées le 19 octobre, soit plus de 1 700 contrats liés à l'indice boursier allemand (contrats FDAX) et plus de 2 00 contrats du produit lié à l'indice européen Eurostoxx (FESX).
Les énormes transactions de Jérôme Kerviel ne sont pas passées inaperçues : "Sur les marchés, ce mystérieux investisseur était surnommé, le gros ", indique, sous couvert d'anonymat, un responsable de salle des marchés d'une banque concurrente.
"Veuillez expliquer le contexte de cette opération…", réclame Eurex. La Société générale répond, dès le 20 novembre 2007, expliquant que le "volume de ces transactions s'explique par la nouvelle augmentation de volatilité sur les marchés et le besoin d'assurer l'exécution des ordres".
"CE N'ÉTAIT PAS DES RÉPONSES SENSÉES, IL S'EN EST CONTENTÉ"
Le 26 novembre, Eurex relance la Société générale : "De quel marché parlez-vous ?" interroge la chambre de compensation, en précisant que le 19 octobre, ce sont près de 6 000 contrats FDAX qui ont été achetés – un montant de plus de 1 milliard d'euros –, via Fimat, filiale de la banque française. La Société générale répond le 10 décembre.
Au service DeltaOne, cet échange de courriers ne provoque pas d'affolement. Eric Cordelle et Jérôme Kerviel en discutent, tranquillement. "Qu'est-ce qu'ils sont bêtes chez Eurex…", lance ainsi le trader à son supérieur. D'autant que celui-ci n'était pas réellement sur le qui-vive.
"Je n'ai rien vu, dit-il, je reçois 200 ou 300 mails par jour; (…) il ne me paraissait pas anormal que les volumes aient augmenté (…) du fait, d'une part, de l'augmentation d'activités de Delta One, de la volatilité plus forte sur les marchés en juillet-août 2007, et d'autre part, du démarrage d'une activité d'arbitrage…"
Eric Cordelle confesse ne pas avoir vu le chiffre des 6 000 contrats avancé par Eurex. "J'aurais sauté au plafond, dit-il. La limite était de 125 millions d'euros pour l'équipe et était réévaluée tous les soirs par le département des risques."
En janvier 2008, il découvre l'excédent de trésorerie de 1,4milliard d'euros chez son trader le plus performant, Jérôme Kerviel. "Je me suis dit, c'est quand même beaucoup (…). Chaque fois, M. Kerviel me faisait des réponses sensées."
La "confiance", cette satanée confiance. Et Jérôme Kerviel de répondre : "Franchement, non, ce n'était pas des réponses sensées, il s'en est contenté. Je donnais ces réponses, espérant que cela passe…" Nul ressentiment pourtant, chez Eric Cordelle, qui n'en démord pas : "M. Kerviel est un très bon trader…"
16 mars 2008 à 19:40http://www.lemonde.fr/societe/article/2008/03/13/societe-generale-face-aux-falsifications-de-jerome-kerviel-une-hierarchie-peu-curieuse_1022221_3224.html#ens_id=975400
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Société générale : le supérieur hiérarchique de Jérôme Kerviel serait en cours de licenciement
Eric Cordelle, qui fut le supérieur hiérarchique direct de Jérôme Kerviel, le trader soupçonné de falsifications qui ont coûté 4,9 milliards d'euros à la Société générale, a fait l'objet d'un entretien préalable en vue de son licenciement, affirme Le Parisien dans son édition du jeudi 8 mai. Interrogée par l'AFP, une porte-parole de la Société générale a déclaré que la banque "ne faisait jamais de commentaires sur des dossiers particuliers".
Le Parisien précise, sans citer ses sources, que le motif invoqué pour le licenciement de M. Cordelle est une "insuffisance professionnelle", qui l'aurait empêché de détecter les agissements de son subalterne. Le quotidien ajoute que deux autres supérieurs de Jérôme Kerviel sont sous la menace d'une même procédure de licenciement. L'avocate de M. Cordelle aurait, toujours selon Le Parisien, saisi le conseil des prud'hommes pour "rupture de contrat abusive".
Jérôme Kerviel, trader de 31 ans mis en examen le 28 janvier pour "faux et usage de faux", "introduction dans un système de données informatiques" et "abus de confiance", continue d'être régulièrement entendu par les juges d'instruction Renaud van Ruymbeke et Françoise Desset qui n'ont pas clos leur enquête.
08 mai 2008 à 19:33http://www.lemonde.fr/economie/article/2008/05/08/societe-generale-le-superieur-hierarchique-de-jerome-kerviel-serait-en-cours-de-licenciement_1042763_3234.html#ens_id=975400
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