Aux Etats-Unis, c'est bien connu, on n'y va pas par quatre chemins, et si certains tentent encore de nous faire croire que le gouvernement américain – voire les lobbies pétroliers – se sentent concernés par les impacts négatifs du réchauffement climatique, les choses ne semblent pas aussi certaines. Certains pouvant même y trouver avantage...
Le groupe pétrolier américain ConocoPhillips a en effet annoncé vendredi qu'il avait demandé au gouverneur de l'état d'Alaska (nord-ouest) de pouvoir construire un gazoduc, destiné à acheminer le gaz naturel produit localement vers le Canada et les Etats-Unis.
Cette infrastructure permettrait le transport de 113 millions de m3 par jour de gaz naturel (4 milliards de pieds cube) de la partie nord de l'Alaska aux marchés canadien et américain, indique le groupe dans un communiqué. "Nous voulons travailler directement avec l'état d'Alaska (...) pour développer ce gazoduc le plus rapidement possible", a précisé Jim Mulvan, le PDG de la compagnie pétrolière. La société d'ingénierie américaine Bechtel Oil s'occupera des questions techniques, a indiqué ConocoPhillips.
Le communiqué ne précise pas le montant projeté de cet investissement, mais le quotidien Wall Street Journal affirme que l'addition pourrait atteindre 30 milliards de dollars.
"Nous espérons aussi nous rapprocher d'autres parties et examiner comment leur participation pourrait apporter une valeur ajoutée à ce projet", faisant ainsi une allusion à peine voilée aux mouvements écologistes très préoccupés devant les projets de l'industrie pétrolière dans le grand Nord américain.
Cette annonce de ConocoPhillips intervient au lendemain de l'accord entre la justice américaine et le pétrolier britannique BP, qui a accepté de payer 20 millions de dollars pour mettre un terme aux poursuites engagées contre lui, après que l'un de ses oléoducs eut provoqué deux pollutions de l'Alaska.
Pour rappel, long de 1 270 km l'oléoduc Transalaska relie la côte arctique à la côte occidentale de l'Alaska, en vue d'acheminer du pétrole. Chaque jour, 1.7 million de barils de mazout brut sont ainsi expédiés entre Prudhoe Bay, sur la côte nord de l'Alaska, et le port de Valdez, 800 milles plus au sud. Dans le port ouvert à l'année parce que libre de glace, le mazout est transféré sur des pétroliers pour être expédié encore plus au sud vers la Côte Ouest des États Unis. En 1974, le coût de construction de cet oléoduc se chiffrait entre 8 et 9 $US milliards et serait encore plus élevé aujourd'hui. L'environnement de l'Alaska ne peut cependant pas soutenir de raffineries. Ainsi, une partie du mazout expédié dans le sud pour y être raffiné est ensuite retournée sous forme de pétrole.
La construction de l'oléoduc, qui s'est étalée sur une dizaine d'années, présentait un certain nombre de défis, puisque l'oléoduc traverse des étendues sauvages quasi-vierges, trois grandes chaînes montagneuses et un millier de rivières et torrents, dont le Yukon, large de plus d'1,5km. En outre, il traverse des zones sismiques, notamment la faille de Denali.
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