Alors qu'elle quittait une réunion électorale à Rawalpindi, l’ancien Premier ministre pakistanais, Benazir Bhutto a été assassinée jeudi. Un kamikaze a ouvert le feu sur elle, la touchant en pleine tête, avant d'activer sa charge explosive.
Agée de 54 ans, la chef de file du Parti du peuple pakistanais (PPP) est morte après son transfert dans un hôpital de Rawalpindi. Une quinzaine de ses partisans ont également payé de leur vie leur engagement à ses côtés.
Dès la nouvelle du décès de Benazir Bhutto, les marchés ont nettement réagi.
A peine était-elle rentrée d'exil, le 18 octobre dernier, que Benazir Bhutto était déjà la cible d'un attentat suicide. L'attaque avait fait près de 150 morts parmi les centaines de milliers de personnes venues l'accueillir à Karachi. Brièvement assignée à résidence en novembre, alors que le président Pervez Musharraf venait de proclamer l'état d'urgence, la leader de l'opposition du Pakistan était repartie en campagne électorale en vue des législatives du 8 janvier prochain.
Face à ces nouvelles symptomatiques d’un monde en proie au terrorisme, les cours du pétrole ont ouvert en hausse à New-York. Les analystes redoutent des tensions géopolitiques accrues, alors que les fréquentes incursions turques en Irak contre les rebelles kurdes du PKK, faisaient d’ores et déjà flamber les cours hier. Vers 14H20 GMT sur le New York Mercantile Exchange (Nymex), le baril de "light sweet crude" pour livraison en février montait de 41 cents à 96,38 dollars.
Le marché du brut s'était montré calme, voire en repli, lors des échanges électroniques de pré-séance, mais a reçu un coup de fouet avec l'annonce de la mort de la leader de l'opposition du Pakistan, victime d'un attentat-suicide. Les cours du pétrole sont montés jusqu'à 96,70 dollars, des niveaux plus vus depuis un mois. Cette nouvelle pousse les prix, avant la publication du niveau des réserves pétrolières américaines, attendue à 15H30 GMT.
Même si le Pakistan n'est pas une région majeure pour l'exportation de pétrole, les informations en sa provenance sont importantes en terme de géopolitique, estiment les analystes.
Hier, déjà, les prix avaient été poussés par les actions continues de la Turquie contre les rebelles kurdes" du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). L'armée turque a mené mercredi un nouveau raid aérien contre des positions de rebelles réfugiés dans le nord de l'Irak, un pays qui détient les troisièmes réserves pétrolières mondiales. Jeudi, Ankara a lancé une nouvelle opération dans le sud-est de la Turquie, près de la frontière irakienne.
Mais, le marché restait aussi concentré sur la publication du rapport hebdomadaire du département américain à l'Energie (DoE), qui, selon les analystes, devrait faire état d'une baisse des stocks de brut de 1,75 million de barils la semaine passée. Cette sixième baisse consécutive des réserves de brut alimenteraient les inquiétudes d'une insuffisance de l'offre pétrolière pour cet hiver.
Sources : Reuters, AFP
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Attention aux services secrets pakistanais !
La structure particulière de l'ISI, couvrant à la fois le service extérieur et les renseignements généraux, lui confère un rôle des plus éminents et font de ce service l'un des plus puissants qui soit : « c'est une source de pouvoir et une des plus viriles agences de renseignement du Tiers-Monde. » A cet égard, des similitudes peuvent être établies entre la structure de l'ISI et celle de l'ancien KGB.
«... L'ancien Premier ministre Benazir Bhutto a tenté de réduire le pouvoir et l'influence de l'ISI à la fin des années 80, mais une manoeuvre a permis de la destituer avant qu'elle puisse agir dans ce sens. »
C'est en ce sens que le propos d'un ancien officiel du Secrétariat du gouvernement indien prend toute son ampleur : « En Inde, il y a un point de vue qui circule dans certains cercles et qui avance que la seule possibilité pour l'Inde de lutter contre les activités de l'ISI à son égard est d'avoir une version indienne de l'ISI ; (…) le DIA indien (Defense Intelligence Agency) doit être modelé sur le modèle de l'ISI plutôt que sur le modèle anglais de la Defense Intelligence Staff (DIS) ou sur le modèle américain, qui ont des agences pour l'analyse et l'évaluation du renseignement militaire d'une manière holistique, avec des pouvoirs attribués au renseignement clandestin uniquement pendant les périodes de guerre ou quand elles sont déployées sur des zones de conflits. »
La manipulation des politiques
Comme le note le spécialiste de l'ISI B. Raman, depuis sa création, il y eut trois moments où la Direction Générale de l'ISI fut à couteaux tirés avec le Chef d'Etat-major de l'Armée de Terre (Chief Of the Army Staff, COAS) ; trois moments qui éclairent les rapports étroits et tumultueux entre le pouvoir exécutif et les services spéciaux.
La première fois, pendant le premier mandat comme Premier Ministre de Benazir Bhutto de 1988 à 1990, après un complot déjoué (la « nuit des chacals » du 6 octobre 1989) qui avait réuni des officiers supérieurs de l'ISI, des députés et des dissidents politiques, lesquels visaient à destituer le chef de l'exécutif. C'est pourquoi, afin de réduire les pouvoirs de l'ISI, de réorganiser la communauté du renseignement et d'accroître les pouvoirs des Officiers de Police de l'Intelligence Bureau (davantage l'équivalent des RG que de la DST en France), Benazir Bhutto a mis fin à la tradition qui voulait que le DG-ISI soit un lieutenant-général d'active « recommandé » par le COAS, en nommant en 1989 le major-général (er) Shamsur Rahman Kallue - un homme proche de son père - en remplacement du lieutenant-général Hamid Gul ; elle confia au premier la tâche de mettre fin au travail de l'ISI à l'intérieur du pays, et de « civilianiser » l'ISI comme l'Intelligence Bureau.
Cet acte du Premier Ministre marqua le début de ses problèmes avec le général Mirza Aslam Beg, le COAS de l'époque ; cela se termina en août 1990 par la démission de Benazir Bhutto, ce qui rendit le major-général Kallue persona non grata. Le général Beg transféra la responsabilité de la guerre au Jammu-Cachemire et l'assistance aux extrémistes Sikhs du Pendjab de l'ISI à la Direction du Renseignement Militaire, travaillant sous la responsabilité du Chef d'Etat-Major Général (CGS). La mise en place à la tête de l'ISI du major-général Kallue fut cependant « neutralisée » par l'action du général Beg qui, dès qu'il eut connaissance de la nomination du nouveau DG-ISI, fit transférer les dossiers des principaux hommes politiques du quartier général de l'ISI au quartier général de l'Armée de Terre. Benazir Bhutto avait mis également en place une commission sous la responsabilité du général de l'Armée de l'Air Zulfiquar Ali Khan, afin de revoir le fonctionnement de l'ensemble des agences de renseignement pakistanais ; toutefois, le Premier Ministre devait quitter le pouvoir avant que la mise en place de ces réformes ne fût possible.
La deuxième période tendue eut lieu pendant le premier mandat de Nawaz Sharif de 1990 à 1993, quand celui-ci nomma à la tête de l'ISI le lieutenant-général Javed Nasir, un officier cachemiri fondamentaliste, alors qu'il n'était pas « recommandé » par le COAS pour ce poste. Le COAS de l'époque, le lieutenant-général Asif Nawaz Janjua évinça le DG-ISI du Collège des Commandants de Corps mais retransféra néanmoins à l'ISI la responsabilité des affaires concernant le Jammu-Cachemire (J&K), comme l'assistance aux extrémistes Sikhs.
La troisième période de tensions arriva durant le second mandat de Nawaz Sharif de 1997 à 1999, quand ce dernier nomma le lieutenant-général Ziauddin, un homme du Génie, à la tête de l'ISI, outrepassant les objections du lieutenant-général Pervez Musharraf (à l'époque Directeur Général des Opérations Militaires, et actuel chef de l'État pakistanais) et ouvrant ainsi le conflit entre les deux personnes. A cette occasion, le général Musharraf non seulement muta le DG-ISI sortant (le lieutenant-général Mohammad Aziz) au Quartier Général comme Chef d'Etat-Major Général (CGS), mais transféra la Coordination du renseignement Nord (Joint Intelligence North, JIN) sous le commandement de la Direction Générale de l'Intelligence Militaire (DGMI) supervisé par… le général Aziz. Il est reconnu que le JIN continua de fonctionner sous la coupe du DGMI même après la nomination du lieutenant-général Mahmoud Ahmed, donc après le renversement du Premier Ministre Nawaz Sharif le 12 octobre 1999, suite à la prise de pouvoir par le général Pervez Musharraf.
Les services secrets pakistanais ont également servi à faire tomber des gouvernements. Il est communément admis que l'ISI aurait mis fin aux jours de l'un des deux frères de l'ancien Premier Ministre Benazir Bhutto, Shah Nawaz Bhutto, en l'empoisonnant sur la Côte d'Azur en 1985. Le but de cet assassinat n'était autre que d'intimider Benazir Bhutto elle-même, afin qu'elle ne revienne pas au Pakistan et qu'elle ne prenne pas la direction de la coalition des onze partis pour la restauration de la démocratie (le Mouvement pour la Restauration de la Démocratie, crée en 1981). Cependant Madame Bhutto revint non seulement au Pakistan en avril 1986 mais aussi au pouvoir en novembre 1988… pour être toutefois destituée en août 1990.
Pour y arriver, l'ISI lança une opération spéciale. Le 17 juillet 1989, au cours d'une visite d'État au Pakistan, une conversation entre le Premier Ministre pakistanais et son homologue indien, Rajiv Gandhi, fit l'objet d'un enregistrement clandestin. La pièce où eut lieu cet entretien avait été « piégée » et truffée de micros par l'ISI ; la discussion avait notamment porté sur une possible réduction des troupes de part et d'autre de la frontière entre les deux pays, Benazir Bhutto ayant apparemment donné son accord de principe à cette proposition. Peu après, le 24 juillet, le général Beg rencontrait le Président Ghulam Ishaq Khan, et ils décidèrent de mettre fin au mandat de Benazir Bhutto ; afin de convaincre l'opposition et obtenir son soutien dans ce renversement politique, l'enregistrement fut utilisé. Il fallut néanmoins attendre des émeutes à caractère politique et des actes de violences dans les rues tant à Karachi qu'à Hyderabad pour que le Président pakistanais Ghulam Isad Khan démît Benazir Bhutto.
Pour bien illustrer le propos concernant le rôle important que l'ISI exerce sur le monde politique pakistanais, rapportons les mots d'un ancien Ministre des Finances pakistanais, le Docteur Mubashir Hassan : « (…) à présent, le monde politique pakistanais est le résultat de manipulations au sommet, et les gagnants sont sans défense devant les services secrets. » Signalons également ce que disait le chef du Awami National Party, Ghulam Ahmad Bilour : « Monsieur Nawaz Sharif ne sait pas ce que l'ISI fait, tout comme l'ISI n'a pas informé Madame Benazir Bhutto de ses activités. »
27 décembre 2007 à 23:002
Karachi: des documents confirment le rôle d'intermédiaire de Takieddine
AFP | 11.10.10 | 15h34
Des documents publiés lundi par le site Médiapart confirment le rôle d'intermédiaire présumé de Ziad Takieddine dans la vente de sous-marins de la Direction des constructions navales (DCN) au Pakistan en 1994, sur laquelle un juge antiterroriste enquête.
Ziad Takieddine, homme d'affaires libanais, a été présenté par plusieurs anciens responsables de la DCN, interrogés au cours de l'enquête sur l'attentat de Karachi en 2002, comme un intermédiaire imposé par des responsables politiques proches du Premier ministre Edouard Balladur pour le contrat Agosta de vente de sous-marins signé en septembre 1994, ce qu'il dément avec véhémence.
Quinze personnes, dont 11 salariés de la DCN travaillant à la fabrication de ces sous-marins, sont mortes dans cet attentat survenu le 8 mai 2002.
Jusqu'ici seul un projet de contrat entre la DCN et M. Takieddine, représenté par la société suisse Mercor, était aux mains du juge antiterroriste Marc Trévidic et ne comportait pas de signature.
Médiapart publie cette fois un contrat daté du 30 juin 1994 et comportant la signature de M. Takieddine. Le document a été fourni au juge par un ancien dirigeant de DCNI (branche internationale de DCN), Emmanuel Aris, et précise les modalités de versement des commissions sur le contrat Agosta.
Le contrat définitif a été signé le 12 juillet 1994, a dit M. Aris lors de son audition en juin par la police citée par le site internet. Médiapart reproduit également des extraits de l'agenda de l'ancien dirigeant de DCNI mentionnant des rendez-vous avec M. Takieddine au printemps 1994.
Une enquête préliminaire, conduite par le parquet de Paris sur d'éventuels abus de biens sociaux au détriment de la DCN, et citée dans l'ordonnance du juge financier Renaud van Ruymbeke qui va enquêter sur ces faits, confirme ces éléments.
"M. Aris a eu ainsi affaire à de multiples reprises à M. Takieddine", indique ainsi le juge dans son ordonnance que l'AFP a consultée.
Depuis début mai, Ziad Takieddine a attaqué en justice plusieurs médias le présentant comme un intermédiaire au profit des proches de l'ancien Premier ministre Edouard Balladur, candidat malheureux face à Jacques Chirac pour la présidentielle de 1995.
ef/mra/mba/nas
13 octobre 2010 à 00:18Ajoutez un commentaire
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