Encore une volonté de plus de vouloir faire des "infidélités" au dollar. La Russie pourrait dans quelques années vendre son pétrole en roubles et non plus en dollars comme c'est le cas à présent, a déclaré mardi le ministre russe des Finances, Alexeï Koudrine.
Si la "menace" ne sera certes pas mise à "exécution" demain, de tels propos sont avant tout révélateur du "malaise" actuel concernant la faiblesse du dollar ... et ne devraient pas "arranger" la situation ...
Pour Koudrine, la hausse des cours mondiaux du pétrole s'explique notamment par la dépréciation du dollar.
"A long terme, il est possible de passer au rouble" pour le commerce de pétrole, a affirmé le ministre à des journalistes en marge d'un déplacement en Afrique du sud, évoquant un horizon "de plus de 5 ans". Pour rappel, la Russie a levé depuis juillet 2006 les restrictions sur les mouvements de capitaux rendant ainsi le rouble convertible.
Une telle opération monétaire est envisageable s'"il s'agit d'un instrument intéressant en premier lieu pour les entreprises" pétrolières, poursuit le ministre. La question de savoir si les entreprises russes souhaitent ce passage au rouble doit d'ailleurs encore être étudiée, a-t-il ajouté. "Les entreprises doivent vouloir vendre et acheter de pétrole contre des roubles", "ce doit être pour elles un outil avantageux avant tout" a-til encore affirmé. "En théorie, ce passage est possible, mais il sera complexe sur le plan technique" a-t-il néanmoins concédé.
Il a par ailleurs soulignée que l'adoption ou non d'une telle mesure dépendrait “de la stabilité de l'économie russe, de la stabilité du rouble, de la stabilité du commerce extérieur avec la Russie, de la stabilité de la croissance".
L'inflation russe qui s'est particulièrement accélérée en septembre et octobre, pourrait se chiffrer au vu des résultats de 2007 à 11%, ont estimé les experts de la Banque mondiale dans leur rapport sur l'état de l'économie russe rendu public lundi. Les taux d'inflation se sont accélérés à partir d'avril 2007 pour augmenter brusquement en septembre et octobre à 9,3%. Ils estiment probable que le taux d'inflation atteindra à la fin de l'année 11% par rapport à 9% en 2006. Selon eux, la Russie doit faire actuellement face à deux problèmes importants, la pression inflationniste qui se poursuit et le renforcement du cours de change du rouble.
S'agissant des cours élevés du brut, Alexeï Koudrine a estimé que la demande spéculative de pétrole ("le pétrole est acheté non pour consommer mais pour investir") forme des prix tout aussi spéculatifs. "On ne saurait affirmer que ces cours sont stables, à plus long terme, nous devons envisager des prix moins élevés", a encore indiqué le ministre russe.
Le ministre a remarqué que le dollar, en dépit de son actuel accès de faiblesse, est néanmoins plus stable que le rouble. La devise russe a récemment "prouvé qu'elle était assez stable et même se renforçait. Mais nous sommes quand même un pays soumis à de grands risques dans les mouvements de capitaux (...) qui peuvent avoir un impact sur la politique des changes", a-t-il souligné.
"La stabilité de la Russie ces huit dernières années ne suffit pas au marché mondial pour juger que les prix en roubles sont stables et qu'on peut les utiliser dans ses bilans", a-t-il ajouté.
La faiblesse du dollar et son impact sur les revenus des pays pétroliers étaient également au coeur des débats du troisième sommet des chefs d'Etat de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) ce weekend à Ryad, dont certains membres envisagent également d'abandonner le billet vert au profit d'une autre devise ou d'un panier de devises.
La production de pétrole en Russie a progressé de 2,5% sur la période janvier-septembre 2007 par rapport à la même période en 2006, et atteint 367 millions de tonnes, a annoncé par ailleurs lundi le Service fédéral des statistiques (Rosstat). Rien qu'en septembre la production de brut russe s'est élevée à 40,4 millions de tonnes, soit une progression de 1,5% sur un an.
Les ventes de pétrole sur le marché intérieur se sont chiffrées à 170,1 millions de tonnes (+4,8%), et les exportations à 192,4 millions de tonnes (+2,8%) au cours des neuf premiers mois de l'année en cours, les résultats de septembre étant respectivement de 18,8 (+3%) et de 19,5 (-3,1%) millions de tonnes.
De janvier à septembre 2007, le pétrole a représenté 34,4% des exportations russes et 53,3% des exportations d'hydrocarbures russes, contre 35,5% et 52,6% il y a un an.
Le prix moyen à l'exportation du pétrole s'est élevé à 490,2 dollars la tonne en septembre, soit une baisse de 1,7% par rapport à août, alors que les cours mondiaux de l'Urals ont grimpé de 7% à 539,1 dollars la tonne.
Sources : AFP, Ria Novosti
A lire également :
. Opep : Iran et Arabie saoudite s'opposent sur le dollar
. Iran: 85% du pétrole vendu en monnaie autre que le dollar
. Russie : 1ers contrats à terme sur pétrole et or en rouble

1 Commentaire
1
Des mots, rien que des mots, certes, mais ..
Pétrole: Venezuela "d'accord" avec Iran pour abandonner le dollar (Chavez)
PARIS, 20 nov 2007 (AFP)
Le Venezuela est "d'accord" avec la proposition iranienne d'abandonner le dollar pour les transactions pétrolières, au profit d'un "panier de devises", a déclaré mardi le président vénézuélien Hugo Chavez, en visite à Paris après des visites à Téhéran et au sommet de l'Opep à Ryad.
"Nous sommes d'accord avec la proposition iranienne d'avoir une base différente (du dollar) pour les transactions pétrolières", a déclaré M. Chavez lors d'une conférence de presse, après des entretiens avec son homologue français Nicolas Sarkozy.
"La proposition dont nous avons discuté avec le président iranien Ahmadinejad est de créer un panier de devises" pour les transactions pétrolières, a-t-il ajouté.
"On pourrait inclure l'euro, le yen, et pourquoi pas le bolivar", a encore suggéré M. Chavez.
La chute du billet vert, qui a perdu quelque 25% de sa valeur en deux ans face à l'euro, et la question d'un éventuelle fixation des prix du pétrole en une autre devise que le dollar ont été sujets de discorde au troisième sommet des chefs d'Etat de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) à Ryad, samedi et dimanche.
A Ryad, Hugo Chavez s'est dit partisan, avec l'Iran, d'une politique dure sur les prix et hostile à la cotation du pétrole en dollars en raison de la faiblesse du billet vert.
21 novembre 2007 à 01:15Ajoutez un commentaire
Merci de consulter notre charte de modération avant de poster votre commentaire.