Gazprom : le chantage gazier avec l'Ukraine reprend

Gazprom Alors que l'Ukraine est plongée dans l'incertitude politique après les élections législatives de dimanche, le géant gazier russe Gazprom et Poutine semblent vouloir “profiter de l'occasion” pour remettre à l'ordre du jour le chantage gazier plusieurs fois usité pour faire plier Kiev.

Gazprom a menacé mardi de réduire ses livraisons de gaz naturel à l'Ukraine si Kiev n'honore pas avant la fin octobre une dette de 1,3 milliard de dollars, a indiqué Gazprom dans un communiqué.

- Gazprom menace de réduire les livraisons -

"En vue de l'approche du pic de consommation de gaz en automne-hiver et compte-tenu du non respect systématique des accords en vigueur par la partie ukrainienne, Gazprom sera obligé, au cas où la dette ne serait pas réglée en octobre, de commencer la réduction des livraisons de gaz naturel aux consommateurs ukrainiens", selon le communiqué. La “menace” vise également à alerter l'Union Européenne, 80% du gaz russe exporté en direction de l'Union européenne transitant par l'Ukraine.

L'ardoise dépasse actuellement les 1,3 milliard de dollars, affirme Gazprom, ajoutant que la partie russe "de son côté remplit totalement sa part du contrat".

- Les tarifs gaziers, réels enjeux de la “bataille”

En janvier 2006, l'Ukraine et la Russie ont signé un accord sur les livraisons de gaz. Gazprom vend son gaz à 230 dollars les 1.000 m3 à un intermédiaire, la compagnie suisse Rosukrenergo, qui le revend en Ukraine à 95 dollars les 1.000 m3 en le coupant avec du gaz d'Asie centrale. Suite à la hausse du prix du gaz turkmène, depuis 2007, l'Ukraine se voit contrainte à acheter du gaz à 130 dollars les 1.000 m3. Alors que les négociations sur le prix du gaz russe pour l'Ukraine sont prévues pour octobre, le gouvernement ukrainien espère néanmoins que l'accroissement du tarif du gaz russe en 2008 ne dépassera pas 10%. En 2008, le gouvernement ukrainien table donc sur un prix de 143 dollars les 1.000 mètres cubes. Mais d'après des données officieuses, le prix du gaz pour l'Ukraine pourrait s'élever à 180 dollars.

Selon Gazprom, le prix convenu pour l'Ukraine en 2007 "tient entièrement compte de (sa) capacité de paiement". Le porte-parole n'a toutefois pas exclu de nouvelles hausses en 2008. "Cela dépendra des conditions du marché", a-t-il dit. Ceci pourrait bien être l'enjeu premier des “négociations” actuelles...

En janvier 2006 déjà, l'Ukraine avait été un des premiers pays issus de l'ex Union soviétique à se trouver confronté à la détermination russe à faire payer son gaz au prix fort. Après un long bras de fer et une courte rupture des livraisons, Kiev avait dû se résoudre à une forte augmentation de sa facture. Depuis, d'autres ex-républiques soviétiques ont dû s'incliner à leur tour. La dernière en date est le Bélarus, lui aussi sommé début août de payer ses dettes.

- L'Ukraine surprise de cette annonce

La compagnie d'Etat ukrainienne Naftogaz s'est dit "surprise" de cette annonce. "Nous ne comprenons pas du tout d'où sort ce chiffre" de 1,3 milliard, a déclaré son porte-parole, Olexi Fiodorov. "Nous allons étudier la situation pour comprendre de quoi il s'agit et, une fois que ce sera fait, nous déterminerons notre position", a-t-il ajouté sans autre précision.

Une source proche des autorités ukrainiennes a aussitôt interprété cette menace comme un "avertissement à Ioulia Timochenko", pro-occidentale, égérie de la "Révolution orange" de 2004 et qui est vue d'un mauvais oeil par Moscou.

Cette déclaration est en effet intervenue alors que les forces pro-occidentales, dont celles de Mme Timochenko, devancent de peu les partis pro-russes aux législatives, selon des résultats partiels, et pourraient, en cas de victoire former un cabinet avec Mme Timochenko à sa tête.

Selon les analystes, la Russie pourrait ainsi prévenir Timochenko qu'elle risque, si elle n'abandonne pas ses ambitions de devenir Premier ministre, d'avoir de graves problèmes avec le gaz en janvier 2008, après l'expiration du présent contrat sur les fournitures de gaz à l'Ukraine.

UkrGaz-Ener, société distributrice de gaz en Ukraine a confirmé à l'agence Interfax l'existance d'une dette ukrainienne vis-à-vis de l'intermédiaire RosUkrEnergo, qui assure la totalité des importations de gaz dans ce pays et dont 50% sont contrôlés par Gazprom.

"Nous menons un travail permanent pour amortir cette dette", a indiqué - sans en préciser le montant - Vitaly Kisil, le porte-parole de la société, contrôlée 50 à 50 par Naftogaz et RosUkrEnergo.  Selon le porte-parole, la société ukrainienne Naftogaz devrait un montant indéterminé à UkrGaz-Energo, incapable à son tour de payer RosUkrEnegro, et donc Gazprom.

Quelque 80% du gaz russe exporté en direction de l'Union européenne transite par l'Ukraine. Un conflit avec la Russie en janvier 2006 avait déjà perturbé l'approvisionnement en gaz de plusieurs pays de l'Union européenne

- Pas de lien avec la situation politique en Ukraine selon Moscou

Un porte-parole de Gazprom Export, Ilya Kochevrine, a précisé lors d'une conférence téléphonique que les négociations continuaient avec la partie ukrainienne et indiqué "espérer une issue favorable". Il a en outre réfuté tout lien entre cet avertissement et la situation politique en Ukraine, où la situation demeure indécise deux jours après la tenue des élections législatives, les pro-occidentaux ne détenant qu'une infime avance sur les pro-russes selon les derniers résultats partiels.

"Il s'agit d'un problème purement commercial", a déclaré M. Kochevrine.

Gazprom s'est d'ailleurs efforcé de ne pas aborder le sujet avant et durant les élections afin d'éviter de prêter le flanc à des "accusations" de "tentatives d'influencer le résultat de l'élection", selon lui.

"Mais avec l'approche de l'automne et la hausse de la consommation, nous devons absolument régler les problèmes liées au non-paiement" du gaz, a-t-il assuré. "De toute évidence, il n'y a jamais de bon moment" pour aborder de tels sujets, a-t-il noté. M. Kochevrine a rappelé en outre que Gazprom dispose à présent de contrats distincts pour l'approvisionnement et pour le transit de gaz en Ukraine, si bien que selon lui "il ne devrait pas y avoir de perturbation des volumes en transit".

- Timochenko "s'entendra" avec Gazprom une fois premier ministre -

Ioulia Timochenko, a déclaré qu'une fois nommée au poste de premier ministre ukrainien elle n'admettrait pas l'interruption des livraisons de gaz dans le pays.

"Nous trouverons dans notre coopération avec la Russie tous les éléments nécessaires pour empêcher les coupures", a indiqué Mme Timochenko lors d'un point de presse mardi.

Selon Mme Timochenko, les déclarations de Gazprom témoignent du fait que le gouvernement de Viktor Ianoukovitch se livrait à des "détournements sur une vaste échelle".

"Je voudrais que les membres du gouvernement, à commencer par Ianoukovitch, Boïko (ministre ukrainien de l'Energie, ndlr.) et le dirigeant de Naftogaz disent devant toute la société qui leur a donné le droit de puiser dans le budget de Naftogaz et d'accumuler une telle dette envers la Russie", a dit Mme Timochenko.

- L'UE souhaite un dénouement rapide

Les partenaires européens, dont la Commission européenne, ont été "informés" de la situation, a précisé Gazprom. Près du quart du gaz consommé par l'UE provient de Russie, dont les quatre cinquièmes transitent par l'Ukraine. La première crise gazière entre Moscou et Kiev s'était traduite par des perturbations de l'approvisionnement occidental.

"Gazprom a informé la Commission européenne aujourd'hui d'un problème de paiements pour du gaz livré à l'Ukraine, et de la possibilité qu'il réduise ses livraisons de gaz à l'Ukraine si aucune solution satisfaisante n'était trouvée", note la Commission dans un communiqué.

"La Commission réclame un règlement rapide de ce problème", poursuit-elle, assurant avoir eu des assurances de Gazprom concernant l'approvisionnement des sociétés européennes.

Sources : AFP, Ria Novosti

A lire également :

. Ukraine:Gazprom s'inquiète d'une pénurie de gaz

. L'Ukraine veut éteindre le feu sur le gaz

L'Ukraine jugée responsable du transit du gaz vers l'UE ... et d'éventuelles coupures

. Le gaz dans tous ses états

. Ukraine : coup de grisou !

. IALTA envenime les rapports Russie / Ukraine

 

Ajoutez un commentaire

Merci de consulter notre charte de modération avant de poster votre commentaire.

elle ne sera pas publiée