La presse russe trouve la politique étrangère de Nicolas Sarkozy pour le moins étrange, à la laisser perplexe; même si certains ont déjà fort bien compris que les paroles semblent parfois compter plus que les actes. Mais tout de même ..
Si quasiment seul parmi la presse française, l'hebdomadaire "Marianne" “ose” mentionner le "revirement diplomatique" de la France en ce qui concerne l'Iran, la presse russe n'hésite pas pour sa part à affirmer qu'”en Russie, Nicolas Sarkozy devra changer de rhétorique...”. Les choses ne semblent pas commencer du mieux qu'elles le pourraient.
S'agissant du dossier iranien, Marianne n'hésite pas à laisser sous-entendre un possible “échauffement” du monde islamique, compte-tenu des termes employées par le nouveau Président, lequel évoque tout de même l'éventualité d'un bombardement de l'Iran, certes enrobé dans un discours censé être teinté d'une once de diplomatie.
Dans son premier grand discours de politique étrangère prononcé récemment à Paris, le président français Nicolas Sarkozy a jugé opportun de mettre en garde la Russie contre l'instrumentalisation "brutale" de ses ressources naturelles, rappelle la presse russe Nezavissimaïa gazeta.
Pour ceux auxquels la substantifique moelle du discours aurait échappé entre deux bourrelets, un Rottweiler et un pédophile (et les démêlés des frères de Rachida Dati avec la justice), rappelons les termes exacts prononcés par notre nouveau Président : “La Russie impose son retour sur la scène mondiale en jouant avec une certaine brutalité de ses atouts, notamment pétroliers et gaziers, alors que le monde, l'Europe en particulier, espèrent d'elle une contribution importante et positive au règlement des problèmes de notre temps que son statut retrouvé justifie. Quand on est une grande puissance, on doit ignorer la brutalité ” .
Nul doute que Poutine appréciera à sa “juste” valeur ... ces propos qu'on ne peut qualifier réellement de diplomates ...
Reconnaissant toutefois que le passage concernant la Russie n'était pas le point clé de ce discours, “il n'en reste pas moins qu'il provoquera sans doute à Moscou un intérêt particulier”, précise le journal Nezavissimaïa gazeta, rappelant par ailleurs que le président de la République Française est attendu en visite en septembre prochain.
Analysant les propos du chef du gouvernement de l'Etat, le journal pointe en avant le fait que Nicolas Sarkozy estime notamment “que la Russie cherche aujourd'hui à devenir de plus en plus dominante.” Première “frappe” à destination de la politique gazière de Poutine ...
Le journal estime par ailleurs pour le moins “significatif” que le président français n'ait pas cité la Russie parmi les pays possédant le plus puissant potentiel économique, en se limitant à citer dans cette liste la Chine, l'Inde et le Brésil. Deuxième “réflexion” qui pourrait ne pas teinter harmonieusement aux oreilles du Kremlin.
“On ne comprend pas tout à fait qui forme aujourd'hui les vues de M. Sarkozy sur la Russie”, poursuit le journal, sous-entendant quelque peu que les fréquentations américaines de Nicolas Sarkozy pourraient avoir une “influence “ néfaste” sur ses positions et propos. Pire, le Président français n'aurait peut-être même pas besoin de fréquenter la famille Bush pour affirmer ses tendances pro-américaines, tant le modèle US semble être une référence pour lui.
“Quoi qu'il en soit, le style anglo-américain transparaît nettement dans les propos du président français” estime le journal. Jugeant “ évident” que Nicolas Sarkozy n'a pas égalé le discours prononcé par Dick Cheney à Vilnius en mai 2006, il considère néanmoins, que sur le chapitre de l'énergie, les points de vue du leader des néoconservateurs américains et “du gaulliste” ont coïncidé. Tiens, Sarkozy traité de gaulliste, çà fait tout drôle ...
Pour rappel, M. Cheney avait notamment déclaré à l'époque: "Il n'est pas de cause légitime justifiant l'utilisation du gaz et du pétrole comme instruments de manipulation et de chantage, on constate cependant la manipulation des livraisons de ces ressources énergétiques ou des tentatives de les monopoliser".
IIl est vrai que le pétrole, M. Cheney connaît ... en tant qu'ancien haut responsable de Chevron aux côtés de Condoleeza Rice.
“Somme toute, il existe en Amérique une sorte de répartition des rôles” fait remarquer le journal : Cheney attaque, alors Bush se montre magnanime. “Tout porte à croire que le président français ne refusera pas de jouer les deux rôles à la fois” poursuit-il. S'il n'en jouait que deux à la fois, serais-je tentée de dire ...
Gardant le “meilleur” pour la fin, Nezavissimaïa gazeta estime toutefois que “lors de sa future visite en Russie, Nicolas Sarkozy devra sans doute changer de rhétorique.”
“Tout d'abord, parce que c'est une pratique courante: quand on est invité on ne critique pas trop, en règle générale, son partenaire, du moins, on ne l'accuse pas de brutalité et de chantage énergétique. Ensuite, M. Sarkozy se positionne en pragmatique, ce qui signifie que les avantages économiques doivent prévaloir.” fait valoir le journal.
Perle parmi les perles, le journal russe n'hésite pas – enfin - à dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas, en des termes truculents qui plus est. “ Ainsi, le président français devra se souvenir des intérêts de Total si, pour une raison ou une autre, il les a oubliés lors de la rédaction du passage russe de son discours de politique étrangère. Il n'y a pas longtemps, en effet, Gazprom et Total ont signé un contrat accordant à cette société française 25% des actions de l'opérateur de la première phase de la mise en valeur du gisement géant de gaz de Chtokman, situé en mer de Barents. (Total envisage d'y investir près de 5 milliards de dollars dans les cinq années à venir). Autrement dit, Moscou ne se montre pas toujours brutal et avec tout le monde quand il s'agit de l'énergie.” démontre ainsi le journal.
Comme certains le concèdent désormais en France, le journal considère que les premières démarches politiques extérieures du nouveau locataire de l'Elysée montrent qu'il prend ses distances vis-à-vis de l'héritage de Jacques Chirac en politique étrangère. C'est le moins qu'on puisse dire. On ne parle pas encore de gaffe, mais après les propos de Kouchner en Irak, cela ne saurait tarder ...
“Des exemples ne manquent pas, qu'il s'agisse de la récente visite de M. Sarkozy chez Bush pendant les vacances et de ses déclarations sur "une nouvelle ère dans les relations américano-françaises"; de l'envoi express en Irak du ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, porteur d'une proposition d'aide à l'établissement du dialogue politique dans le pays; des pressions de plus en plus puissantes sur l'Iran ou d'autres choses encore.” précise quant-à lui le quotidien russe.
Pour rappel, le discours de politique étrangère de Nicolas Sarkozy parle du dossier iranien en des termes qu'on peut difficilement qualifier de diplomates, puisqu'il s'exprime ainsi sur le sujet : “La France maintient avec ses dirigeants un dialogue sans complaisance, qui s'est avéré utile en plusieurs occasions. Elle a pris l'initiative, avec l'Allemagne et le Royaume-Uni, d'une négociation où; l'Europe joue un rôle central, rejointe par les Etats-Unis, la Russie et la Chine. Les paramètres en sont connus ; je n'y reviens pas, sinon pour réaffirmer qu'un Iran doté de l'arme nucléaire est pour moi inacceptable, et souligner l'entière détermination de la France dans la démarche actuelle alliant sanctions croissantes mais aussi ouverture si l'Iran fait le choix de respecter ses obligations. Cette démarche est la seule qui puisse nous permettre d'échapper à; une alternative catastrophique : la bombe iranienne ou le bombardement de l'Iran. Cette quatrième crise est sans doute la plus grave qui pèse aujourd'hui sur l'ordre international...”
Quand certains affirment grâce à moult arguments que les attentats qui ont frappé la France dans les années 80 voire même l'assassinat de Georges Besse pourraient avoir un lien avec le différent entre Paris et Téhéran sur le dossier Eurodif ... on est en droit de craindre que le terrorisme ne règne de nouveau en maître sur notre territoire. Quand on connaît par ailleurs le manque de maîtrise de Nicolas Sarkozy sur le dossier Al Qaida, cela pourrait au minimum laisser songeur voire même faire froid dans le dos.
Heureusement pourrait-on presque dire, Ahmadinejad semble avoir d'ores et déjà “cerné” le personnage, balayant d'un revers de main la mise en garde de Sarkozy en des termes peu flatteurs : Il (Sarkozy) a pris ses fonctions récemment et veut dire quelque chose pour attirer l'attention des autres. Ainsi, il ne sait pas de quoi il parle “...”Il est encore inexpérimenté;, cela veut dire, peut -être, qu'il ne sait pas ce que ses propres mots veulent dire. Je pense que ce qu'il a dit c'est pour être consommé par ses cercles internes. Pour nous cela n'a pas de valeur politique.” Ouh, çà décoiffe !!
Thomas Gomart qui dirige le Centre Russie-CEI (Communauté des Etats indépendants) à l'Institut français des relations internationales (IFRI) fait quant à lui remarquer qu'"on observe aujourd'hui une sérieuse contradiction dans l'approche de Paris". "D'une part, la Russie reste toujours un partenaire historiquement proche et à long terme, de l'autre, elle est de plus en plus considérée comme une menace, et avant tout dans la sphère énergétique, et ce, bien que M. Sarkozy ait béni lui-même personnellement la transaction Gazprom-Total", estime l'expert.
Le rédacteur en chef du bulletin d'information stratégique TTU, Arnaud Kalika, fait remarquer, pour sa part, que “très souvent les propos tenus par Nicolas Sarkozy sont emprunts d'émotivité.” Je vous jure, je n'invente rien ! “La brusquerie est typique de ses discours, mais ses paroles ne se transforment pas toujours en actes.” précise encore le journaliste. Tentant de faire une analyse comportementale de notre nouveau Président ... il ne s'en sort “pas si mal” considérant en effet que "M. Sarkozy aime provoquer une réaction qui lui permette par la suite d'adopter une décision.” Joli non ? “Il se peut toujours que ses propos sur la Russie poursuivent le même objectif", suppose le rédacteur en chef du TTU.
Sources : Nezavissimaïa gazeta via Ria Novosti, Marianne
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4 Commentaires
1
Réaction au discours de Nicolas Sarkozy sur la politique étrangère de la France.
Editorial très critique du New York Times du 30 août « No time for threats » (l’heure n’est pas aux menaces), (repris par International Herald Tribune du 31 août sous le titre « This is no time for threats against Iran »). Le quotidien américain n’y va pas par quatre chemins :
« Le président Nicolas Sarkozy a fait, dans son premier grand discours de politique étrangère, le mauvais geste au mauvais moment en brandissant l’usage possible de la force contre le programme d’armement nucléaire iranien. Les Etats-Unis et leurs alliés doivent intensifier leurs efforts pour résoudre les dangers sérieux que fait peser l’Iran par des négociations globales et des pressions économiques accrues, et non en parlant d’action militaire. » (...)
« Ce qui est inquiétant c’est que ses commentaires pourraient refléter la manière dont il appréhende l’évolution de la politique américaine.
Bien plus proche de Washington que son prédécesseur, Sarkozy a passé du temps avec le président Bush dans le Maine durant ses vacances. Ses remarques, bien dans son style direct et sans nuance seront lues comme un avertissement à Téhéran et aux pays qui sont réticents à imposer des sanctions supplémentaires à l’Iran.
Le message : si l’initiative diplomatique échoue, l’Iran aura l’arme nucléaire ou il y aura une action militaire pour l’en empêcher. Bush a ajouté à la pression en suggérant hier que la menace nucléaire iranienne était une raison pour garder des troupes américaines en Irak. »
03 septembre 2007 à 01:062
Le premier discours de Nicolas Sarkozy lors de la conférence annuelle des ambassadeurs français lundi n'a pas fait que provoqué la colère de Téhéran.
Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a déclaré mardi que le président français «a fait preuve d'un peu d'émotivité» en utilisant le mot «brutalité» pour décrire la politique russe.
«Nous pensons que, dans ce cas, le mot brutalité était un reflet d'une langue française très belle et chargée d'émotion. En réalité, nous espérons de la compréhension de la part de nos partenaires européens. Ce n'est pas de la brutalité, c'est du pragmatisme», a-t-il ajouté, évoquant la politique énergétique de la Russie.
La veille, Nicolas Sarkozy avait déclaré : «la Russie impose son retour sur la scène mondiale en jouant avec une certaine brutalité de ses atouts, notamment pétroliers et gaziers, alors que le monde, l'Europe en particulier, espèrent d'elle une contribution importante et positive au règlement des problèmes de notre temps que son statut retrouvé justifie».
Jacques Demarthon AFP ¦ Nicolas Sarkozy, lors de la Conférence des ambassadeurs, le 27 août 2007 à l'Elysée
20Minutes.fr, éditions du 28/08/2007 - 22h04
03 septembre 2007 à 11:593
Le premier discours de Nicolas Sarkozy lors de la conférence annuelle des ambassadeurs français lundi n'a pas fait que provoqué la colère de Téhéran.
Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a déclaré mardi que le président français «a fait preuve d'un peu d'émotivité» en utilisant le mot «brutalité» pour décrire la politique russe.
«Nous pensons que, dans ce cas, le mot brutalité était un reflet d'une langue française très belle et chargée d'émotion. En réalité, nous espérons de la compréhension de la part de nos partenaires européens. Ce n'est pas de la brutalité, c'est du pragmatisme», a-t-il ajouté, évoquant la politique énergétique de la Russie.
La veille, Nicolas Sarkozy avait déclaré : «la Russie impose son retour sur la scène mondiale en jouant avec une certaine brutalité de ses atouts, notamment pétroliers et gaziers, alors que le monde, l'Europe en particulier, espèrent d'elle une contribution importante et positive au règlement des problèmes de notre temps que son statut retrouvé justifie».
Jacques Demarthon AFP ¦ Nicolas Sarkozy, lors de la Conférence des ambassadeurs, le 27 août 2007 à l'Elysée
20Minutes.fr, éditions du 28/08/2007 - 22h04
03 septembre 2007 à 11:594
Départ d'Israël mouvementé pour Nicolas Sarkozy
Il y a 17 heures
JERUSALEM — La dernière journée de la visite d'Etat de Nicolas Sarkozy en Israël s'est achevée dans un vent de panique mardi, avec le suicide d'un policier lors de la cérémonie de départ organisée en l'honneur du président français à l'aéroport de Tel Aviv.
Le policier israélien s'est tué d'une balle dans la tête, selon les forces de l'ordre, faisant craindre une tentative d'assassinat. Le coup de feu a semé la panique lors de la cérémonie à l'aéroport Ben-Gourion, qui marquait la fin d'une visite de trois jours de M. Sarkozy.
Les gardes du corps ont brusquement escorté le président français et son épouse Carla à l'intérieur de l'avion officiel, Mme Bruni-Sarkozy gravissant les escaliers en courant. D'autres, armes à la main, ont emmené Ehoud Olmert et le président israélien Shimon Pérès vers leur voiture. Le tir a retenti alors qu'un orchestre jouait, et le couple présidentiel et ses hôtes ne semblaient pas l'avoir entendu.
L'alerte a été levée après quelques minutes et Ehoud Olmert est ensuite monté à bord de l'avion présidentiel français pour informer Nicolas Sarkozy de ce qui était arrivé. Le corps du policier, recouvert d'un drap, reposait sur le tarmac. Selon des témoins, il est tombé d'un toit après le tir. Il se trouvait à une centaine de mètres de l'avion.
Le porte-parole de la police, Shlomi Sagi, a confirmé qu'un agent de police s'était suicidé alors que le chef de l'Etat s'apprêtait à monter dans son avion. Un autre porte-parole, Micky Rosenfeld, a souligné que le président n'avait pas été visé par une tentative d'assassinat, contrairement à ce qu'affirmaient certains médias.
Le commandant de police du secteur, Nissim Mor, a fait savoir qu'une enquête avait été ouverte. "Nous enquêtons sur les circonstances (de cet incident) pour voir s'il s'agit d'un suicide ou s'il a accidentellement tiré", a-t-il expliqué. "Il avait pour mission de sécuriser la zone pour éviter que des gens n'atteignent la cérémonie".
Il s'agissait de la première visite d'Etat d'un président français en Israël depuis celle de Jacques Chirac en 1996. Avant cette cérémonie perturbée, Nicolas Sarkozy s'était rendu à Bethléem pour y rencontrer le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas.
A cette occasion, il a noté que le mur de sécurité érigé par Israël le long des territoires palestiniens ne garantirait pas sa sécurité, appelant une nouvelle fois Israéliens et Palestiniens à faire la paix et partager la ville de Jérusalem. "On ne se protège pas par un mur, on se protège par un choix politique", a-t-il souligné.
Lundi, le chef de l'Etat avait déjà plaidé devant la Knesset pour la création d'un Etat palestinien "indépendant et viable" aux côtés d'Israël, avec Jérusalem "comme capitale de deux peuples".
25 juin 2008 à 13:50Ajoutez un commentaire
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