Chômage: taux trimestriel et mode de calcul révisé ?

Chomage2 Comment faire pour rendre impossible tout bilan économique à la fin d'un quinquennat ? Très simple : changer la donne ... et les méthodes de calcul. Il sera alors impossible de comparer ce qui est incomparable ... Faisant sien cet adage qui pourrait devenir "célèbre", voire usité, un rapport à paraître lundi préconise d'abandonner le taux de chômage mensuel calé sur les données ANPE, jugé trop incertain. Argument que je vous laisse apprécier, à sa "juste" valeur oserai-je dire ...

S'engouffrant dans la brèche, s'il en était besoin, le gouvernement – via la voix de Christine Lagarde, porte-parole ministre de l'économie - juge "logique" que l'Insee ne publie plus qu'une fois par trimestre le taux de chômage au sens du BIT, comme le recommande ce rapport proposant en outre un changement du mode de calcul qui aboutirait à un taux "d'environ 8,2%" au 2e trimestre 2007.

Le rapport avait été commandé le 19 juin par François Fillon aux inspections des Finances et des Affaires sociales, pour trouver une porte de sortie à la polémique sur la fiabilité des statistiques du chômage.

Les recommandations du rapport pourraient "pour la plupart être rapidement mises en oeuvre", déclare la ministre de l'Economie et de l'Emploi Christine Lagarde dans un entretien aux Echos à paraître lundi.
"Pour le reste, nous continuerons à publier mensuellement le nombre de demandeurs d'emploi en fin de mois (DEFM) inscrits à l'ANPE", poursuit-elle, tout en reconnaissant les limites de cet indicateur, confirmées par le rapport.

Au final, l'enquête emploi de l'Insee qui doit être publiée en novembre fait apparaître un taux de chômage BIT supérieur d'un point aux chiffres provisoires annoncés avant et après les élections: 9% au deuxième trimestre 2007, au lieu du 8% annoncé fin juin, indique le document. Mais le rapport formule des recommandations sur le futur mode de calcul qui, si l'Insee les suit, "conduiraient à opérer une correction de l'ordre de -0,8 point". Le taux de chômage BIT - en France métropolitaine - ne serait dès lors pas de 9%, mais d'"environ 8,2% pour le deuxième trimestre", avec une fourchette allant de 7,8% à 8,6%. L'Insee est en effet invité par les experts du rapport, parmi lesquels l'ancien ministre Bruno Durieux, à adopter l'interprétation plus restrictive que fait l'office européen des statistiques Eurostat des critères du BIT et à modifier ses méthodes de redressement pour intégrer le fait que le taux de chômage des non-répondants à son enquête emploi est plus faible que la moyenne.

En juin dernier, le gouvernement a confié une "mission" à l'Inspection générale des finances et à l'Inspection générale des affaires sociales "pour faire le point sur les modalités de calcul" des chiffres du chômage.

"Dans le souci de clarifier les méthodes statistiques employées, le gouvernement a décidé de confier une mission conjointe à l'Inspection générale des finances et à l'Inspection générale des affaires sociales, avec le concours de l'Inspection générale de l'INSEE, afin de dresser un état des lieux des concepts et méthodes d'évaluation en vigueur, d'en apprécier la fiabilité et, le cas échéant, de formuler des propositions", indique le communiqué. Le rapport est "attendu pour la fin du mois de juillet", précisaient les services du Premier ministre. Selon Matignon, cette mission devait permettre "de faire toute la transparence sur les chiffres du chômage", qui font régulièrement l'objet de polémiques.

Pour le collectif de statisticiens ACDC ("Autres chiffres du chômage"), le rapport Igas-IGF (Affaires sociales et Finances) a le mérite de confirmer implicitement le caractère "biaisé" des statistiques mensuelles de l'ANPE. Avec les associations de chômeurs et plusieurs syndicats, il met en effet en cause depuis des mois le baromètre officiel du chômage, qui ne comptabilise pas dans la catégorie de référence les demandeurs d'emploi exerçant une petite activité, ceux en formation ou les chômeurs "radiés des listes de façon abusive".

Comme le taux de chômage BIT (Bureau international du travail) calculé mensuellement par l'Insee est "calé" sur ces données ANPE, le rapport préconise que l'institut économique mette un terme à cet exercice incertain. L'Insee pourrait dès lors se contenter de publier une fois par an le taux de chômage issu de son enquête Emploi, mais les comparaisons européennes le contraignent à une publication trimestrielle, quitte à l'assortir d'une fourchette.

Le rapport l'invite aussi à doubler son échantillon. Son niveau actuel, fixé à 75.000 personnes (pour un coup de 3,5 millions d'euros) est jugé trop faible par le rapport qui suggère de l'augmenter, voire "de le quadrupler". La ministre a indiqué pour sa part qu'il faudra aussi "remédier" à ce problème. "Je vais demander aux différents services concernés, et notamment à l'Insee, qui publiera en novembre les résultats issus de l'enquête emploi sur le taux de chômage en 2006 et au premier semestre 2007, de s'y atteler sans tarder. L'intégration des demandeurs d'emploi d'outre-mer, demandée par le Parlement cet été, interviendra au même moment", a-t-elle précisé.

Mais la polémique rebondit déjà, car l'Insee doit annoncer en novembre de combien il réévalue le taux de chômage. Il avait en effet repoussé en mars dernier cette publication pour cause d'incertitudes techniques, alimentant la polémique à l'approche des élections. Pour le collectif, il s'agirait "d'une correction en trompe l'oeil": d'après lui, le taux devrait normalement être réévalué d'1 point pour atteindre environ 9%.

Ses experts dénoncent à l'avance "un scénario" qui consisterait pour le gouvernement à combiner "sans attendre novembre" cette révision de l'Insee, un alignement sur la définition Eurostat du chômage, qui "comptabilise de 200.000 à 300.000 de moins en métropole que l'Insee", et le fait que les départements d'outre-mer doivent être prochainement intégrés dans le baromètre officiel.
La hausse ne serait alors plus que d'environ 0,5 point. "Cette embrouille subtile présente l'avantage de donner l'impression d'un faible recalage", attribué surtout "à la prise en compte des DOM", commente le collectif.
"Compte tenu de la méthode choisie par le gouvernement pour communiquer sur ce rapport, en distillant des informations incomplètes et invérifiables auprès de quelques médias choisis, on peut penser que c'est ce scénario qui se déploie aujourd'hui", ajoute-t-il.

"Les recommandations du rapport ne porteront que sur les modalités d'établissement des statistiques du chômage en France, et non sur le niveau du taux de chômage lui-même", souligne pour sa part le ministère de l'Economie et de l'Emploi, se défendant de toute interférence avec cette prérogative de l'Insee.

Annoncé par le ministère de l'économie, fin avril, à 8,2 %, le taux de chômage français serait plus élevé de 0,7 point, à 8,9 % note également l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE, qui dépend de Sciences Po Paris), dans sa Lettre parue lundi 11 juin. Résumant la polémique qui agite les statisticiens autour des chiffres du chômage depuis de longs mois, l'OFCE estime que "s'il avait été révisé", selon les critères classiques de l'Insee, "le taux de chômage ne serait descendu qu'à 8,9 % en avril 2007".

Or, pour l'observatoire économique, il n'y avait pas de raison particulière pour que l'institut de statistiques modifie l'analyse de son enquête emploi annuelle qui lui sert pour réviser les chiffres "provisoires" du gouvernement. De fait, explique l'OFCE, les "problèmes" invoqués par l'Insee "ne semblent pas plus marqués en 2006 qu'auparavant". Et de rappeler ce qu'ont déjà expliqué les membres du collectif Les Autres chiffres du chômage : les changements de règles d'indemnisation ont "modifié les comportements d'inscription des chômeurs", et l'augmentation des radiations et suppressions des listes par l'ANPE ont fortement augmenté. L'OFCE reconnaît la réalité de la baisse du chômage, 1,1 point, mais elle serait de moindre ampleur que le 1,8 point revendiqué.

Source : AFP

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5 Commentaires

  1. 1

    el gringo

    STATISTIQUES CONTESTEES

    Selon Le Monde, les deux spécialistes estiment que les chiffres officiels du chômage, diffusés par le gouvernement, sont établis de manière discutable car ils mélangent deux sources jugées très différentes, les chiffres de l'ANPE et une "enquête emploi", en réalité un sondage réalisé par l'Insee sur un échantillon de 75.000 personnes.

    L'ANPE est soumise en effet à des contraintes administratives telles que les demandes de radiation ou de contrôles plus sévères. La fiabilité de l'enquête emploi de l'Insee est remise en cause, selon les experts cités par Le Monde, par une marge d'erreur évaluée à plus ou moins 140.000 personnes, soit presque deux fois la taille de l'échantillon.

    Les statistiques officiels du chômage font l'objet depuis plusieurs mois d'une vive polémique, alimentée par les critiques d'un collectif de statisticiens, chercheurs et syndicalistes.

    Le 16 janvier, l'Insee avait annoncé qu'il reportait de mars à novembre la publication des résultats de son enquête annuelle sur l'emploi en 2006 en raison de trop grandes divergences entre ses chiffres (9,8% en moyenne annuelle) et ceux du ministère de l'Emploi (9,1%).

    L'Office statistique de l'Union européenne, Eurostat, publie parallèlement à la France des chiffres toujours plus importants que ceux de Paris, avec une différence de l'ordre d'un demi-point. Le chiffre Eurostat de juin pour la France était ainsi de 8,6%.

    De nombreux spécialistes estiment que, quel que soit le mode de calcul, les chiffres officiels ne rendent de toutes façons compte qu'imparfaitement de la situation de l'emploi, puisqu'ils ne recensent que les personnes à la recherche d'un emploi à plein temps et à durée indéterminée.

    Les statistiques ne prennent pas en compte les bénéficiaires du Revenu minimum d'insertion, qui sont plus de 1,1 million, ni les bénéficiaires d'un emploi subventionné par l'Etat.

    http://www.lemonde.fr/web/depeches/0,14-0,39-32517957@7-37,0.html

  2. 2

    Elisabeth

    Le gouvernement va arriver à son objectif : que personne ne regarde le taux, sachement qu'il est totalement biaisé ...

    Cela devient vraiment le cirque ...

    Comment voulez vous qu'ecoliers, lyceens, etudiants, salariés soient un tantinet sérieux, si la magouille de chiffres est pronée par le haut ?

  3. 3

    msi

    On maquille la réalité car Sarko et son gouvernement n'avaient aucunement l'intention de réformer quoique ce soit de sérieux.

    Gare au retour de bâton!

  4. 4

    Kad

    Mais arretez de psychoter a tous les etages ... ca devient franchement scandaleux. Depuis 6 mois les adversaires de Sarko disent que les stats ne veulent rien dire e t on leur propose un nouveau mode de calcul qui va d'ailleurs faire "remonter" le taux de chomage et vous criez au scandale! Desole mais vous etes pathetique.

    De plus la publication trimestrielle est une tres bonne chose car ce taux sera moins sujet au variation statistique. (ie moins volatile).

  5. 5

    YVAN

    lE NOMBRE DE DEMANDEURS D'EMPLOI BAISSE ALORS QUE LE CHOMAGE AUGMENTE.
    Comment fait on baisser le chiffre : par les radiations abusives, en refusant aux jeunes qui n'ont pas l'age de toucher le rmi de les inscrire comme demandeurs d'emploi. Il y aussi tout ceux qui se sont radiés eux-même, ne touchant rien et ayant des frais d'essence pour aller à l'anpe à des entretiens où on ne leur propose rien, les stages bidons de recherche d'emploi, les annonces périmées dont le poste est pourvu depuis 2 mois ....
    Moins de gens inscrits, moins de gens à indemniser,14.000 chomeurs en moins tous les mois, et encore en octobre c'était moins de 27 000 chomeurs.
    Les indemnités assedics ne sont pas une aumone, c'est un droit. Il y des gens qui ont bossés pendant 30 ans avant de perdre leur emploi. Ce gouvernement veut créer du pouvoir d'achat, il est mal barré, il y a de plus en plus de précarité.
    C'est un gouvernement de menteurs.

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