Areva/Libye : l'Allemagne met en garde Siemens ... avant Sarkozy

Khadafirire Le ton monte chaque jour – j'allais dire même chaque heure – un peu plus entre l'Allemagne et la France suite à la conclusion d'un contrat dans le domaine nucléaire entre la France et la Libye obtenu, certes au finish entre Nicolas Sarkozy et Khadafi, initialement en guise de contrepartie pour obtenir la libération des infirmières bulgares incarcérées avec un médecin depuis de nombreux mois en Libye.

Les Allemands entretiennent une relation de méfiance avec le nucléaire et la presse allemande se montrait samedi dans l'ensemble très critique à l'égard de l'initiative française. Le sujet devient même une affaire interne en Allemagne, le secrétaire d'Etat parlementaire au ministère allemand de l'Environnement, Michael Müller, ainsi que les Verts (opposition) mettant en garde dans la presse le groupe allemand Siemens contre une participation au projet nucléaire franco-libyen.

Ironie du sort, hasard de calendrier, stratégie voulue par Nicolas Sarkozy ? N'oublions pas que le Président français a récemment fait part de son intention de racheter les parts détenus par l'allemand Siemens dans le groupe nucléaire civil Areva qui devrait bénéficier du nouveau contrat libyen.

« Nous devons savoir, ce que Siemens dit sur cette affaire immorale", a ainsi déclaré le social-démocrate Müller dans le quotidien économique "Handelsblatt" à paraître lundi. "Des marchés comparables sont souvent arrangés via des filiales étrangères, il y a justement beaucoup de cas étranges dans le secteur de l'énergie nucléaire", a-t-il prévenu.

Pour rappel, la France et la Libye ont signé mercredi à Tripoli un accord prévoyant d'étudier la fourniture d'un réacteur nucléaire à la Libye en vue – officiellement – de dessaler l'eau de mer.

Les Verts ont aussi lancé un avertissement à Siemens, qui détient 34% du fabricant de centrales nucléaires franco-allemand Areva NP (ex Framatome), à qui reviendrait le marché. "Siemens ferait bien de ne pas jouer avec le feu (en participant à ce marché) pour des raisons d'image et de responsabilité", a prévenu la porte-parole du groupe parlementaire des Verts chargée des Affaires étrangères, Margareta Wolf.

Siemens a refusé de s'exprimer sur la question dans le Handelsblatt, renvoyant à Areva NP.

L'accord nucléaire franco-libyen a suscité de vives critiques en Allemagne, dans la quasi-totalité de la classe politique comme dans la presse. Vendredi, Paris avait cherché à répondre aux inquiétudes allemandes sur son accord nucléaire avec la Libye, assurant une nouvelle fois que toutes les garanties avaient été prises en matière de non-prolifération.

Le ministre délégué allemand aux Affaires étrangères Gernot Erler a critiqué le protocole d'accord franco-libyen sur le nucléaire, mettant en garde contre le risque de prolifération. «Politiquement cette affaire est problématique», a déclaré le social-démocrate Gernot Erler, dans un entretien au quotidien Handelsblatt de vendredi. «En outre, le risque de prolifération augmente avec chaque pays qui utilise l'énergie nucléaire», a-t-il fait observé. Gernot  Erler a aussi reproché au gouvernement français d'agir contre les intérêts allemands dans la mesure où «l'Allemagne avait déjà fait des propositions» à la Libye pour y développer le secteur des énergies renouvelables, des propositions «auxquelles elle n'a pas réagi».

L'accord, qui prévoit d'étudier la fourniture d'un réacteur nucléaire à la Libye pour dessaler l'eau de mer, est "une pilule amère pour l'UE", a réagi le président de la Commission des Affaires étrangères du Bundestag, le conservateur Ruprecht Polenz (CDU/CSU), dans le journal berlinois dominical Tagesspiegel am Sonntag. Selon lui, ce mémorandum signé mercredi à Tripoli lors d'une visite de Nicolas Sarkozy affaiblit la capacité d'action de l'UE en politique étrangère.

De plus, le numéro un libyen de Mouammar Kadhafi, qui règne en "dictateur doté de pouvoirs illimités", "reste un facteur d'insécurité pour tous ceux qui ont à faire avec son pays", souligne-t-il. Au regard du conflit sur le dossier nucléaire iranien, M. Polenz considère "très naïf de donner maintenant à Kadhafi une telle avance de confiance, contrairement à Téhéran". La seule garantie "que l'uranium ne soit pas utilisé à des fins militaires dans le pays" est que la Libye retourne à l'avenir à la France la totalité des combustibles usés, a-t-il observé.

"On ne peut pas montrer plus notoirement que l'on se fiche de la morale", a lancé de son côté le secrétaire d'Etat parlementaire au ministère de l'Environnement, le social-démocrate Michael Müller dans le Frankfurter Rundschau de samedi. "Celui qui propage l'idée que l'énergie atomique est la plus grande protectrice du climat risque de pouvoir difficilement dire aux Etats qui pourraient en abuser: vous ne pouvez pas l'avoir", a-t-il ajouté.

Avant que ce projet ne se concrétise, "la France devrait consulter rapidement l'Union Européenne, l'Allemagne et l'AIEA", l'Agence internationale de l'énergie atomique, a recommandé l'eurodéputé conservateur allemand Elmar Brok. "Il n'est pas possible d'encourager des dictateurs sans que des mesures préventives de sécurité soient prises", a-t-il dit.

Les critiques allemandes sont à l'unission des réactions en France d'associations écologistes et de partis de gauche. «Cet accord pose un énorme problème de prolifération nucléaire et se situe dans la droite ligne de la politique française d’exportation irresponsable de sa technologie nucléaire», a estimé Greenpeace France dans un communiqué.

Pour revenir sur les «  cas étranges dans le secteur de l'énergie nucléaire », la critique à peine voilée du secrétaire d'Etat parlementaire au ministère allemand de l'Environnement pourrait encore une fois viser la France.

En mars dernier, le très honorable magazine allemand Der Spiegel avait affirmé que l'Iran avait profité directement de l'enrichissement de l'uranium en Europe grâce à sa participation dans l'entreprise française, Eurodif.

Le magazine allemand « Der Spiegel » citait une étude diffusée par le parti des Verts européens, qui révèle des détails – qu'ils estiment n'avoir pas été publiés auparavant - de l'accord de partenariat entre Téhéran et la société française Eurodif.

Pour rappel, en 1974, l'Iran a investi plus d'un milliard de dollars dans la société commune spécialisée dans l'enrichissement de l'uranium Sofidif (Société Franco-Iranienne pour l'Enrichissement de l'Uranium par Diffusion Gazeuse). L'accord prévoyait, selon Der Spiegel, en contrepartie de cet investissement, la livraison de 10% du produit enrichi pour alimenter des centrales nucléaires.

L'Iran, via l'Organisation de l'Energie atomique de l'Iran, possède 40% de Sofidif, qui elle-même détient 25% d'Eurodif. A l'arrivée, l'Iran détient indirectement environ 10% d'Eurodif qui est détenu à 60% par Areva. Selon le magazine allemand, l'organisation publique iranienne de l'Energie atomique, dirigée par le vice-président Gholamresa Aghasade, tire un bénéfice annuel de 7 millions d'euros de sa participation à hauteur de 40% dans Sofidif.

« L'Iran a une part indirecte et ultra-minoritaire dans Eurodif. Cette participation est de nature exclusivement financière et n'a jamais donné lieu à une livraison d'uranium enrichi à l'Iran", avait en retour déclaré un porte-parole d'Areva. "

Certes, s'il faut chercher l'information, elle n'est absolument pas cachée, loin de là... pour peu qu'on connaisse l'existence d'Eurodif. Pour ma part, la clé de l'énigme – s'il y en avait une – m'a simplement été donnée par Wikipedia, qui m'a permis de faire le lien entre Eurodif et Sofidif, mot « clé » sous Google.

Via une recherche très rapide, vous apprenez donc que la Société Franco-Iranienne Pour l'Enrichissement de l'Uranium Par Diffusion Gazeuse (SOFIDIF) est enregistrée au registre du Commerce de Versailles et que son siège social est situé à Villacoublay. Jusque là, rien de bien méchant me direz vous.

Seule « ombre » au tableau si jose dire ... l'on se doit de noter que l'un des administrateurs de la société n'est autre que Seyed Mohammad Ali Hosseini, lequel est tout de même porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères tout en étant ambassadeur d'Iran en Arabie saoudite .... postes clés, s'il était besoin de le préciser.

Depuis que le dossier nucléaire de Téhéran occupe l’actualité internationale, des diplomates ou des journalistes s’interrogent sur les débuts du développement du patrimoine atomique iranien. Certains évoquent souvent le site d’enrichissement de Pierrelatte, gérée par le consortium Eurodif, comme responsable des transferts de technologie de la France vers l’Iran.

Selon www.geopolitique.com, les ingénieurs français ont bien enrichi (mais jusqu'à quand ?) une partie de l’uranium civil iranien au nom d’un accord passé au temps du Shah d’Iran et réactivé après 1987. Toujours selon « Geopolitique », l'opération est en réalité encadrée par ...la Société franco-iranienne d’enrichissement de l’uranium par diffusion gazeuse, ou SOFIDIF. Une structure fondée par Jacques Giscard d’Estaing (le cousin germain de l’ancien président) et par Akbar Etemad, le père du programme nucléaire iranien…

Sources : AFP, Geopolitique.com

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7 Commentaires

  1. 1

    Elisabeth

    " vous apprenez donc que la Société Franco-Iranienne Pour l'Enrichissement de l'Uranium Par Diffusion Gazeuse (SOFIDIF) est enregistrée au registre du Commerce de Versailles et que son siège social est situé à Villacoublay. depuis mars ... le lien a été enlevé ...

  2. 2

    Elisabeth

    On retrouve quand même

    certes, l'accès est désormais payant

    http://www.societe.com/cgi-bin/vitrine?rncs=303587216

  3. 3

  4. 4

    philog

    Affirmer que l'Iran aurait eu accès à la technologie de l'enrichissement par sa participation minoritaire dans SOFIDIF est une absurdité... En effet, d'une part cette participation est uniquement financière (l'Iran touche des dividendes en fin d'exercice), d'autre part la technologie utilisée en France par Eurodif depuis les années 1970 est celle de la diffusion gazeuse, technologie dépassée maintenant, car très énergivore et donc en voie d'abandon. Aujourd'hui, AREVA, comme les Américains, et comme les Iraniens, se tournent vers la diffusion gazeuse pour enrichir l'uranium. Cette technologie est d'ailleurs celle utilisée avec succès par les Russes, les Japonais et le consortium anglo-germano-hollandais Urenco.

  5. 5

    Elisabeth

    En ce qui me concerne, voilà ce que j'avais écrit en mars dernier

    "si nous avions fait état de possibles accords croisés entre France, Iran et Russie dans le domaine nucléaire et de possibles négociations entre Iran, Areva et Total pour priviligier le choix de la France dans le cadre d'accords gaziers (Pars South notamment) en échange de partenariat sur le nucléaire civil, nous n'avons trouvé à ce jour aucune information – tant en langue française qu'en langue anglaise - faisant mention de possibles livraisons par la France d'uranium enrichi à l'Iran."

  6. 6

    Info

    Les inspecteurs de l'AIEA ont visité le réacteur nucléaire d'Arak.

    Téhéran , Irna , 31 Juillet 2007.


    Les inspecteurs de l'AIEA "ont pris cinq heures pour inspecter le réacteur de 40 mégawatt" d’Arak.

    L'inspection a suivi un accord signé récemment entre l'Iran et l'AIEA pour résoudre les derniers problèmes concernant le programme nucléaire iranien.


    Ce réacteur, qui doit être achevé en 2009, est destiné à produire du plutonium à des fins de recherches médicales.


    Selon des experts, le futur réacteur de 40 mégawatts d'Arak pourrait produire jusqu'à 12,5 kg de plutonium par an.


    Il y a quatre mois, Téhéran avait interdit l'accès d'Arak à l'AIEA pour dénoncer les sanctions prises à son encontre par l'ONU.


    Le principe d'un retour des inspecteurs avait été annoncé le 13 juillet. Le directeur général de l'AEIA, Mohammed El-Baradei, s'était félicité de cette décision qui pourrait aider la communauté internationale à prouver "que le programme iranien est exclusivement destiné à des fins pacifiques".


    Selon le porte-parole du ministère iranien des
    affaires étrangères, Mohammad Ali Hossein, une autre équipe d'experts de l'AIEA est attendue le 6 août pour évoquer une prochaine visite à l'usine d'enrichissement d'uranium de Natanz.


    http://www2.irna.ir/fr/news/view/line-95/0707319339122528.htm

  7. 7

    Info


    La Russie salue les efforts déployés par le président Abbas en Palestine

    MOSCOU, 30 juillet (XINHUA) - La Russie a déclaré lundi soutenir les efforts du président de l'autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, pour résoudre la crise en Palestine.

    Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï lavrov, a déclaré à M. Abbas, qui se trouve actuellement en visite à Moscou: "Nous connaissons la situation dans les territoires palestiniens. Nous vous soutenons en tant que dirigeant légal de tous les palestiniens et soutenons vos efforts visant à restaurer l'unité du peuple palestinien et reprendre le processus de paix au Moyen- Orient," a rapporté l'agence de presse Itar-Tass.

    M. Abbas rencontrera mardi le président russe Vladimir Poutine.

    "Je suis convaincu que la prochaine réunion, qui aura lieu le 31 juillet avec le président russe Vladimir Poutine, permettra aux deux parties d'établir les moyens d'interagir dans les relations bilatérales et sur la résolution du conflit au Moyen-Orient," a ajouté M. Lavrov.

    M. Abbas est arrivé à Moscou dimanche pour une visite de travail de trois jours.


    http://www.french.xinhuanet.com/french/2007-07/31/content_465377.htm

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