Si certains restaient encore sceptiques sur le fait qu'il faille à très court terme choisir entre manger ou conduire, des rapports édifiants viennent désormais conforter nos dires.
Ainsi, alors que la Banque mondiale a pointé récemment le risque pour les pays pauvres de la flambée du prix des céréales, c'est au tour de la Food and Agriculture Organisation (FAO) de s'alarmer.
A noter que l'envolée du cours du maïs a d'ores et déjà fortement perturbé l'économie voire même l'alimentation du Mexique.
Dans son rapport Perspectives de l'alimentation, publié jeudi 7 juin, l'agence des Nations unies pour l'agriculture et l'alimentation s'inquiète de la hausse de la facture mondiale des importations alimentaires.
Pour la première fois en 2007, celle-ci devrait passer la barre des 400 milliards de dollars (298 milliards d'euros), soit près de 5 % de plus qu'en 2006, laquelle année établissait d'ores et déjà un record.
Confortant notre célèbre adage « manger ou conduire », la forte demande de biocarburants dope les prix. Ainsi, la facture des céréales secondaires et huiles végétales importées qui sont les principaux groupes de denrées de base servant à produire les bio-carburants devrait ainsi enregistrer une hausse de 13 %. La majoration des coûts des ingrédients fourragers entraînera une hausse des prix des produits carnés et laitiers, et, par conséquent, un accroissement des dépenses d’importation, notamment pour la viande et le riz.
La forte diminution des risques sanitaires liés à l'épidémie de la vache folle et le retour à la confiance des consommateurs durant l’année dernière devraient se traduire par une hausse de la demande de viande dans les pays en développement en 2007, selon le rapport. Les exportations mondiales de viande devraient s’accroître de 3,8 % suite aux levées progressives d'embargos et un retour à la normale des marchés.
Après le fléchissement de 18 % début 2006, dû essentiellement aux foyers de grippe aviaire, les prix de la volaille se sont redressés. En mars 2007, les prix à l’exportation aux Etats-Unis et au Brésil, qui représentent à eux seuls 70 % des approvisionnements mondiaux, ont augmenté respectivement de 20 et de 14 % par rapport à leurs moyennes annuelles de 2006.
L’indice FAO des prix de la viande s’est considérablement relevé par rapport à son bas niveau de 2006. En mars 2007, il était supérieur de 7,6 % par rapport à mars 2006. La hausse des prix des produits fourragers a eu un effet d’entraînement sur les prix de la viande.
En ce qui concerne le sucre, les prix généralement élevés et volatiles pourraient porter à un fléchissement des volumes d’importation, ce qui se traduira vraisemblablement par une chute des coûts des importations mondiales de sucre, selon le rapport.
Des taux record de fret international ont pesé sur les coûts d'importation de toutes les denrées de base, les pays ayant de plus en plus de mal à acquitter leurs factures d’importations alimentaires.
Les pays en développement, dans leur ensemble, devraient être confrontés à une augmentation de 9 pour cent de leurs dépenses globales d’importations alimentaires en 2007. Mais, selon le rapport, ce sont les pays les plus économiquement vulnérables, souvent gros importateurs, qui seront les plus touchés : la facture des importations alimentaires des pays les moins avancés (PMA) et des pays à faible revenu et à déficit vivrier (PFRDV) pourrait s'alourdir de 10 % sur un an. Parmi ces derniers, chez lesquels les céréales et l'huile végétale représentent les deux tiers du montant des importations alimentaires, le Zimbabwe, l'Ethiopie et le Maroc seraient les plus fragilisés.
Pour les pays développés, la facture s'alourdirait de 2,3 %. La FAO se dit frappée par l'évolution inégale entre catégories de pays. "On estime que le panier d'importations alimentaires pour les PMA en 2007 coûtera en moyenne 90 % de plus qu'en 2000, indique Adam Prakash, économiste à la FAO. Par rapport aux nations développées, qui ne subiront qu'une hausse de 22 % sur la même période, l'écart est saisissant."
En ce qui concerne la France, nos concitoyens vont devoir payer plus cher leurs produits alimentaires au cours des prochaines années, estiment les professionnels du secteur.
La demande grandissante en produits agricoles (blé, maïs, betterave à sucre, canne à sucre, notamment), à la fois pour nourrir les populations dans le monde et satisfaire les besoins en biocarburants en France devrait se traduire, d'ici 2015, par une inflation de 3% à 5%, en plus des hausses conjoncturelles et structurelles, estime Alexandre Gohin, chargé de recherches à l'Institut national de la recherche agricole (INRA).
"Tous les indicateurs sont au rouge car les coûts des matières premières ont augmenté de 3% à 10% depuis un an", rappelle Jean-René Buisson, président de l'Association nationale des industries alimentaires (Ania). Selon lui, "une grande partie des industriels alimentaires vont être obligés de demander rapidement de fortes augmentations lors de leurs négociations avec les distributeurs". Et, "les augmentations vont durer, car on entre dans un cycle long après une baisse des prix alimentaires de grande consommation de 2,5% en 3 ans", commente-t-il. Du côté de la distribution, Jérôme Bédier, président de la Fédération des entreprises du commerce et de la distribution, reconnaît que "les enseignes sont prêtes à discuter" des hausses de prix.
D'ores et déjà, le groupe LDC, premier sur le marché de la volaille avec les marques Loué et Le Gaulois, a annoncé pour juillet une augmentation de 4 à 5% des prix de ses produits, pour tenir compte de la hausse des prix des céréales, qui entrent pour 60% dans le prix de revient des volailles.
Une flambée des céréales saluée par les agriculteurs: "cela fait du bien après des années de revenus catastrophiques", se réjouit Philippe Pinta, président de l'Association générale des producteurs de blé qui évalue à près de 50% en deux ans la hausse du prix payé aux céréaliers.
La production céréalière mondiale de 2007 devrait atteindre 2 125 milliards de tonnes, soit plus que les estimations précédentes et en hausse de 6 % par rapport au niveau de 2006.
“La perspective d’une forte reprise de la production mondiale de céréales en 2007 est un facteur positif, mais les disponibilités totales suffiront à peine à satisfaire la demande accrue prévue non seulement dans les secteurs traditionnels alimentaires et fourragers mais surtout dans l’industrie en pleine expansion des biocarburants”, explique ainsi Abdolreza Abbassian, un des auteurs du rapport de la FAO. “D’où des prévisions de prix élevés pour la plupart des céréales durant l’année à venir”.
Autre augmentation en perspective, celle du prix du lait, prévient Olivier Picot, président de l'Association des transformateurs laitiers (Atla) qui réunit les industriels privés et les coopératives. Thierry Roquefeuil, secrétaire général de la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL) juge quant à lui "inéluctable" une répercussion des tensions actuelles sur le prix des produits de grande consommation, une situation "qui ne devrait pas s'inverser dans les mois qui viennent", selon lui. "D'ici la fin de l'année" les prix devraient prendre 4%, estime pour sa part Luc Morelon, directeur de la communication de Lactalis.
Pour rappel, les prix des produits laitiers atteignent actuellement des niveaux historiques. L’indice FAO des prix des produits laitiers a augmenté de 46 % depuis novembre 2006. Ce sont les cours internationaux du lait en poudre qui ont augmenté le plus, l’Union européenne ne détenant plus de stocks.
Les perspectives pour 2007 sont à la croissance plus soutenue des disponibilités mondiales de lait, qui pourrait être de 2,7 % sous l’effet de l’expansion dans les pays plus sensibles aux cours internationaux.
La sécheresse en Australie, la suspension des exportations de lait en poudre par l’Inde, et les taxes à l’exportation imposées par l’Argentine restreignent les disponibilités d’exportation à court terme.
Cependant, la réforme des politiques laitières de l’UE est en train de modifier la structure des marchés internationaux à mesure que sa part sur le marché des exportations s’affaiblit, ouvrant des créneaux pour les exportateurs émergents.
Sources : FAO, AFP, Le Monde
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8 Commentaires
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Ohé Ohé, Elisabeth est de retour.
10 juin 2007 à 20:222
yes ! et ravie à la fois de vous revoir et de voir que j'étais attendue ,
10 juin 2007 à 20:43cela fait TRES plaisir , merci à tous !!
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Bonjour et bon retour,
le problème se pose aussi et surtout avec l'augmentation du nombre de personne ayant une alimentation très riche en viande (au moins une fois par jour). Avec l'augmentation du niveau de vie dans le monde, la consommation de viande va en effet augmenter et se rapprocher du modèle occidental dans les pays connaissant une croissance rapide (Chine, Inde, ...) qui ne sont pas de gros consommateurs de viande (selon les normes occidentales). Aujourd'hui, environ 1 milliard de personnes ont une alimentation très riche en viande.
10 juin 2007 à 21:32L'élevage absorbe en effet près de 50 % de toutes les céréales produites dans le monde (jusqu'à 70% aux USA) et plus de 60% des terres cultivables. 66 % des céréales exportées vers les USA sont consommées par le bétail. L'efficacité d'une production alimentaire basée sur l'élevage sera donc très difficile a obtenir dans le futur.
Une alimentation riche en protéines "utilise" une vache pour nourrir 2,5 personnes par an. Si chaque Américain diminuait sa ration de viande de 10%, on pourrait nourrir 100 millions de personnes avec la surface cultivable, l'eau et l'énergie ainsi libérée.
Quand au bio-carburant, cela risque de devenir un produit de luxe.
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http://www.reponse-nature.com/sante6.htm
10 juin 2007 à 21:41http://www.3trois3.com/buscando/buscando.php?id=602&wipe=1&PHPSESSID=58a583d03b7b7a90edc82aea2cf8a57
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Selon des infos dont j'ai eu "vent" cette semaine, il semble que la France soit le seul pays ou Mac Donald ne fait pas de benefices, vous confirmez ?
Si cela est vrai, cela semble bien démontrer la consommation astronomique de viandes faites par les USA via les hamburger notamment.
" Avec l'augmentation du niveau de vie dans le monde, la consommation de viande va en effet augmenter et se rapprocher du modèle occidental dans les pays connaissant une croissance rapide " : revenant d'un pays ou l'autarcie est encore de mise, il est clair que l'on semble avoir un peu trop oublié, nous européens les regles de la nature et de ses richesses.
10 juin 2007 à 22:24Ainsi le poisson devient une denrée rare dans notre alimentation, alors que les ressources de peches ne sont pas dependantes des couts des matières 1eres agricoles ..
un retour aux sources nous ferait du bien ...
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Difficile de répondre pour McDonald qui est principalement une chaine de restaurants franchisés (environ 800 sur 1000 McDo). De plus, la France n'est peut-être pas le pays le plus facile pour la restauration rapide (surtout pour McDo).
Aux USA on propose dans des morceaux de viande allant de 280 à 840 grammes (10 à 30 onces).
La peche du poisson a déjà atteint ses limites et certains stocks sont déjà en voie d'épuisement.
La production de viande dans le monde est estimée à 247,3 millions de tonnes (année 2002, source FAO), dont 38,5 % de viande porcine, 30,1 % de viande de volailles et 24,7 % de viande bovine. Les principaux pays producteurs sont la Chine (27,4 %), les États-Unis (15,7 %), le Brésil (7,2 %), la France (2,7 %), l'Allemagne (2,6 %), l'Inde (2,3 %) et l'Espagne (2,1 %). Cette statistique n'inclut pas les poissons et autres animaux aquatiques.
On peut voir la différence entre les USA et le reste du monde au moins au niveau de la production. Ramené au nombre d'habitants, la Chine produit 2 fois moins de viande que les USA et l'Inde plus de 20 fois moins.
10 juin 2007 à 23:087
Précisions concernant le Maroc et article très intéressant à la clé
"Campagne agricole au Maroc : le désastre !
Importer tout de suite coûtera trop cher
Le doute n’est plus permis. Une période de disette menacerait d’ores et déjà la campagne marocaine. La prochaine récolte céréalière permettrait tout au plus une soudure de deux à trois mois. Car, c’est clair, on s’attend à une moisson des plus médiocres. "
10 juin 2007 à 23:45suite sur
http://www.afrik.com/article11714.html
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La consommation moyenne en Europe varie de 70 à 115 kg/an contre 120 pour les USA.
http://www.inra.fr/productions-animales/an2003/tap2003/rd235.pdf
La Chine (qui a doublé sa consommation depuis 1990) est à 54 kg/an et possède un surface cultivable de 1 hectare par foyer contre 20 en France et 100 aux USA. La situation en Inde et dans d'autres pays en voie de développement n'est guère meilleure.
Depuis 1999, les stocks de céréales sont passés de 115 jours à 53 jours.
10 juin 2007 à 23:48http://www.leblogenergie.com/2007/06/rcoltes_de_cral.html
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