Selon la société d'assurance-crédit Euler Hermes SFAC, le plan de restructuration et d'économies Power8 d'Airbus aura du mal à compenser les effets de la faiblesse du dollar.
La rentabilité de l'avionneur européen risque de rester durablement inférieure à celle de Boeing, selon une étude de l'organisme financier.
"Boeing et Airbus sont au coude à coude sur un marché porteur, autour de 450 livraisons chacun en 2007, mais Boeing repassera en tête en 2008, et l'américain sera alors deux fois plus rentable qu'EADS, la maison mère d'Airbus", a indiqué Nicolas Lioret, lors d'une conférence de presse présentant l'étude annuelle d'Euler sur le secteur.
-Indépendamment des difficultés propres d'Airbus, qui a plongé dans le rouge (-572 millions d'euros en 2006) en raison des retards de production de son avion géant A380, "le taux de change euro/dollar a progressé de 33% en sept ans et absorbe les gains de productivité européens", a expliqué le responsable de l'étude.
Les coûts salariaux unitaires mesurés en euros ont ainsi baissé de 9,8% aux Etats-Unis depuis 2000 alors qu'ils progressaient de 24% dans l'Union européenne. Ils sont aujourd'hui supérieurs aux coûts américains, de 59% en France et de 44% en Allemagne.
Les taux de change "ne sont pas éternels", selon Philippe Brossard, directeur de recherche d'Euler, mais "on ne voit pas de consensus des gouvernements européens entre eux et avec la Banque centrale européenne pour faire passer un message fort aux marchés des changes".
En attendant, les experts d'Euler doutent que le plan Power8 qui prévoit 10.000 suppressions d'emploi en quatre ans et un recours accru à la sous-traitance suffise à compenser l'effet dollar. Les transferts de production d'Airbus hors de la zone euro ne devraient être que de 6% selon l'étude. "Le gain ne sera pas à la mesure de l'enjeu", estime M. Lioret.
En novembre 2006, la presse annonçait que le groupe Airbus souhaiterait porter de 30% à 50% la part de la sous-traitance du projet A350, afin de réduire les coûts qui sont de l’ordre de 10 à12 milliards de dollars. Le Financial Times soulignait ainsi que cette «externalisation» représentait l’équivalent de 2,7 milliards d’euros et que le constructeur européen se préparerait à délocaliser une partie de la fabrication de l’appareil vers des pays de la zone dollar, un mélange de pays en développement et de pays développés, selon Olivier Andriès, chef de la stratégie d’Airbus. Ce dernier ajoutait alors que la faiblesse du dollar avait enlevé 20% de la compétitivité au constructeur aéronautique européen.
La Russie a déjà été associée au programme avec une participation de 3%. La Chine devrait également participer à hauteur de 5%. L’Inde est également pressentie comme futur partenaire. Les coûts de développement du projet A350 auraient ainsi 40% de contributions étrangères.
Parmi les nombreuses raisons qui conduisent une entreprise à délocaliser – pour se rapprocher de nouveaux marchés ou plus certainement pour produire à moindre coûts - la « dollarisation » de l’économie mondiale reste peu citée, alors qu'elle constitue un argument majeur d'une telle stratégie. Franchissant, le 26 novembre 2006, le seuil de 1,3 dollar pour 1 euro (son plus bas niveau depuis décembre 2004), le billet vert a ainsi, par ricochet, ajouté aux malheurs du n°1 de l’aéronautique européenne.
Mais pour Louis Gallois, Airbus pourrait encore être menacé par une possible hausse des taux de Banque centrale européenne, qui aurait pour effet de renforcer encore l'euro. Selon lui, une nouvelle hausse de l'euro face au dollar affecterait le plan de restructuration Power8. Le plan a été établi avec un euro à 1,35 dollar."Si on allait durablement très au-delà, c'est un autre schéma industriel qu'il faudrait envisager", explique Louis Gallois. Il explique que "quand l'euro s'apprécie de 10 centimes vis-à-vis du dollar, Airbus perd 1 milliard".
Quant aux suppressions d'emploi, les experts d'Euler estiment qu'il "sera difficile de trouver 10.000 cols blancs non-productifs sur les sites d'Airbus, tandis que les besoins de la production imposeront de recruter sur les chaînes". Enfin une bonne nouvelle pour les salariés, tout de même !
Sources : AFP, Les Echos
A lire également :
. Airbus A350 : Gallois pour une contribution externe
. Nicolas Sarkozy voudrait que l’on « abandonne » la politique de surévaluation de l’euro :

Ajoutez un commentaire
Merci de consulter notre charte de modération avant de poster votre commentaire.