Le Français étant une langue parfois difficile, il est nécessaire de le préciser : le pétrole flambe à nouveau, et c'est une nouvelle fois le Nigéria qui en est en partie la cause.
Il faut dire tout de même que les – mauvaises – nouvelles concernant ce pays affluent depuis quelques jours et que les compagnies pétrolières (Shell et Chevron notamment) semblent bien mise à mal – certes de différentes façons – par le Nigéria.
I – Le prix du pétrole en hausse avec le Nigéria
Les prix du pétrole ont terminé en hausse mardi, après de nouveaux incidents au Nigeria qui ont obligé la compagnie pétrolière Shell à interrompre une partie de sa production, alors que le marché s'attendait plutôt à un rétablissement de la production qui avait été arrêtée depuis plusieurs mois. Mais depuis les élections présidentielles de fin avril au Nigeria, les choses ne semblent qu'empirer selon les analystes.
Sur le New York Mercantile Exchange (Nymex), le baril de "light sweet crude" pour livraison en juin a clôturé en hausse de 71 cents à 63,17 dollars. Sur l'Intercontinental Exchange (ICE) de Londres, le cours du Brent de la mer du Nord pour l'échéance de juin a pris 1,28 dollar, terminant à 68,11 dollars.
La coupure de production s'ajoute aux coupures assez massives subies par le Nigeria depuis février 2006 et qui renforcent le climat d'insécurité qui pèse sur l'offre de pétrole du pays. Pour rappel, les violences au Nigeria avaient entraîné jusqu'à présent une baisse de l'offre du premier producteur africain de pétrole estimée à 800.000 barils par jour, soit environ un quart de la production du pays. Comble de malchance, le brut du Nigeria est très prisé à cette période de l'année car il est très riche en essence.
A noter également que les stocks américains ont fondu de 15% entre début février et fin avril. Leur reconstitution a pris du retard cette année et les réserves sont inférieures de 7% à leur niveau de l'an passé. Cette situation inquiète les courtiers alors qu'approche la saison des déplacements estivaux aux Etats-Unis, qui débute à la fin du mois de mai, période traditionnelle de déplacements et donc de forte consommation de carburants.
Les prix sont également soutenus par les problèmes persistants du secteur des raffineries américaines qui « hantent » l'industrie pétrolière selon les analystes, via de nombreuses pannes, fuites et départs de feu. Tous ces incidents ont nettement ralenti la production américaine d'essence, et combinés à une forte demande,poussant les prix de l'essence à des niveaux record. Selon l'Association automobile américaine, le prix moyen de l'essence ordinaire à la pompe était ainsi de 3,087 dollars le gallon (3,78 litres) mardi aux Etats-Unis, le plus haut niveau jamais enregistré par cette association.
Les analystes s'attendent cependant à voir les stocks remonter dans les semaines à venir. Selon les estimations moyennes, le rapport du département américain de l'Energie (DoE) devrait révéler une hausse de 125.000 barils des stocks de brut la semaine dernière. Il devrait aussi faire état d'une hausse de 1 million de barils des stocks d'essence, après une hausse de 400.000 barils la semaine précédente.
II – Coupure de production pour Shell
Le groupe pétrolier anglo-néerlandais Royal Dutch Shell a annoncé mardi l'interruption de la production de 170.000 barils par jour au Nigeria à la suite de l'occupation par des manifestants d'une de ses installations dans le sud du pays depuis quelques jours.
"Il y a eu un incident à Bonny il y a quelques jours. L'une de nos installations essentielles d'évacuation du brut a été fermée et elle ne peut plus fournir (le terminal d'exportation) de Bonny", a expliqué le porte-parole de Shell, Eurwen Thomas, depuis le siège de la société à Londres.
"Au total, la production de 170.000 barils par jour est arrêtée, dont 137.000 pour la Shell Petroleum Development Company (SPDC)", a-t-il ajouté, les 33.000 barils restants concernant d'autres sociétés travaillant avec Shell.
III – Chevron suspend certaines de ses activités au Nigéria
Chevron va suspendre temporairement certaines de ses activités en mer jugées "non essentielles" au Nigeria, une décision qui n'aura pas d'effet "immédiat" sur la production de brut, a fait savoir samedi dernier un porte-parole du groupe pétrolier américain.
« Cette mesure préventive, concernant notamment la construction et le forage, a été prise à la suite des récents incidents dans la région mettant en cause la sécurité" de personnes travaillant pour Chevron ou ses sous-traitants, a précisé Michael Barrett. « Il n'y a aucun effet immédiat sur la production", a-t-il également estimé. Vous noterez tout de même le terme « immédait » qui pourrait laisser présager de quelques mauvaise nouvelles.
Quatre Américains ont été enlevés dans la nuit de mardi à mercredi dans la région pétrolière du sud du Nigeria. Ces travailleurs employés par Global Industries, une société américaine sous-traitante de Chevron, ont été enlevés à bord d'un bateau de transport au large des côtes de l'Etat du Delta (sud).
Le Mouvement d'émancipation du delta du Niger (MEND), le groupe le plus actif contre les multinationales pétrolières dans le delta du Niger, avait démenti être l'auteur de ces enlèvements.
IV – Compromis sur vente de 2 champs pétroliers de Shell au Nigéria
Le gouvernement nigérian a annoncé avoir trouvé un compromis au sujet du blocage mercredi par la justice nigériane de la vente de deux champs pétroliers dont le gouvernement nigérian et le numéro deux mondial du pétrole, l'anglo-néerlandais Royal Dutch Shell, se disputent la propriété. Pour rappel, la Haute Cour Fédérale du Nigeria avait décidé mercredi de bloquer la vente des deux champs par le gouvernement nigérian en attendant qu'elle rende sa décision finale le 17 mai.
Le gouvernement soutient qu'il a le droit de mettre à nouveau en vente les deux champs, la compagnie à laquelle ils avaient été originellement attribués en juillet 1989, à savoir la Shell Petroleum Development Company Nigeria Limited, ne les ayant pas exploités dans les délais impartis. Cependant le pétrolier conteste cette version. Le Directeur des Ressources pétrolières du Nigeria (DPR) Tony Chukwueke a déclaré à ce propos: "nous allons obtempérer à l'injonction de la Cour. Nous allons ouvrir les offres faites pour ces deux champs, mais nous ne ferons rien en attendant l'arrêt de la Cour".
M. Chukwueke s'exprimait en marge de la vente aux enchères organisée par le Nigeria pour vendre 45 blocs pétroliers à des sociétés nationales ou étrangères.
V – Les enchères de blocs pétroliers boudées par les compagnies étrangères
Près de la moitié des 45 blocs pétroliers, situés dans le delta du Niger et mis aux enchères par le gouvernement nigérian, ont reçu des offres, mais émanant pour la plupart d'entreprises locales et non de grands groupes étrangers, a-t-on appris vendredi de source officielle. Aucun des 11 blocs onshore dans le delta du Niger n'a trouvé preneur.
Ce manque d'intérêt de la part des majors a été imputé à un problème de calendrier, selon des spécialistes des milieux pétroliers. La vente aux enchères est en effet intervenue entre les élections régionales, législatives et présidentielle en avril et la passation de pouvoirs le 29 mai entre le nouveau président Umaru Yar'adua et Olusegun Obasanjo, qui se retire après huit ans de pouvoir. Or, les compagnies pétrolières s'interrogent sur la façon dont le nouveau gouvernement va gérer le problème de violences et les enlèvements à répétition qui secoue le delta du Niger. Cependant, la vente aux enchères a été régulièrement reportée depuis la fin 2006.
A l'ouverture de la séance, le ministre de l'Energie Edmund Daukoru a exhorté les enchérisseurs à faire autant d'offres qu'ils le voulaient, même sur les blocs réservés aux investisseurs désireux d'investir dans d'autres secteurs de l'économie tels que la construction de routes ou de raffineries, en échange de l'obtention de concessions pétrolières.
Pour rappel, le Nigeria ambitionne de produire environ 4 millions de barils par jour en 2010, contre 2,6 mbj environ actuellement. Sa production actuelle est amputée de 25% en raison de la violence récurrente dans le delta du Niger, d'où le pays tire 95% de ses rentrées en devises.
Source : AFP
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Nigeria: le domicile du vice-président élu dynamité par des activistes (police)
AFP 16.05.07 | 11h29
Des activistes ont fait exploser à la dynamite pendant la nuit le domicile privé du vice-président élu du Nigeria, Goodluck Jonathan, dans l'Etat de Bayelsa (sud), tuant deux officiers de police, a annoncé mercredi le porte-parole de la police Haz Iwendi.
"L'attaque a eu lieu à 02H00 du matin (01H00 GMT). Les activistes sont arrivés en hors-bord par la rivière qui se trouve derrière la maison et l'ont fait exploser. La maison est totalement détruite", a précisé M. Iwendi
"Nous avons perdu deux officiers dans l'incident -- un inspecteur et un caporal -- et les parents du gouverneur ont dû être évacués", a-t-il déclaré, ajoutant que M. Jonathan ne se trouvait pas dans le village d'Otu-Eke, où est situé son domicile, au moment de l'attaque.
M. Iwendi a ajouté qu'un poste de police voisin a été attaqué par les activistes. Pour le moment, il n'y a eu aucune arrestation.
Membre du Parti démocratique du peuple (PDP - au pouvoir), M. Jonathan, gouverneur de l'Etat de Bayelsa (sud), a été élu vice-président lors des élections générales d'avril, marquées par des fraudes et des violences et contestées par l'opposition.
Le nouveau gouvernement doit officiellement entrer en fonction le 29 mai après huit ans au pouvoir du président Olusegun Obasanjo.
Depuis plusieurs mois, les Etats du sud du Nigeria sont le théâtre de violences et d'attaques contre les installations pétrolières
16 mai 2007 à 12:10Ajoutez un commentaire
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