L'assemblée générale des actionnaires d'Eiffage a de nouveau rejeté la demande de Sacyr Vallehermoso de faire son entrée au conseil d'administration du groupe français de BTP.
Le groupe espagnol qui n'a obtenu aucun des cinq sièges qu'il briguait a annoncé en retour mercredi qu'il allait engager des "procédures" juridiques pour "contester la validité" de l'assemblée générale.
I – Eiffage rejette la demande de Sacyr
Le rejet des résolutions du groupe espagnol, premier actionnaire d'Eiffage avec 33,32% du capital, a eu lieu après que le bureau de l'assemblée générale a privé 89 actionnaires espagnols d'Eiffage ont été privés en assemblée générale mercredi, de leurs droits de vote (représentant une part de 18 % ). Eiffage les accusent pour cela d'avoir agi de concert pour venir en aide à Sacyr, qui réclame cinq sièges au conseil d'administration.
Selon, Jean-François Roverato, le P-DG d'Eiffage, le volume important des transactions enregistré ces derniers temps et le niveau de l'action Eiffage "laissent à penser que des intervenants sur le marché ont procédé à des ramassages massifs de titres au cours de cette période et acquis en conséquence des positions significatives au capital d'Eiffage".
Rappelant que l'Autorité des marchés financiers (AMF) avait ouvert une enquête sur le titre Eiffage, Jean-François Roverato a ajouté qu'un "nombre très significatif de nouveaux actionnaires" étaient présents à l'assemblée générale, dont la plupart affichaient "de grandes similitudes de représentation, de localisation et de dénomination".
"Il existe des indices graves, précis et concordants caractérisant le fait que les actionnaires (concernés) agissent ensemble en vue d'exercer de manière concertée avec Sacyr les droits de vote attachés à leurs actions", a-t-il ajouté, soulignant qu'aucun franchissement de seuil concerté n'avait été annoncé.
Pour justifier son refus - les demandes de Sacyr ont été rejetées par l'assemblée par environ 59% des voix en moyenne - Jean-François Roverato a déclaré : "Nous ne voulons pas d'un concurrent direct à notre conseil, où s'élabore la stratégie d'Eiffage". L'assemblée générale du groupe a en outre adopté à une courte majorité une résolution autorisant le conseil à émettre des bons de souscription d'actions en cas d'offre publique visant la société.
Vers 15h10, le titre Eiffage reculait de 2,53% à 105,86 euros pendant que celui de Sacyr perdait 3,41% à 43,85 euros. L'action Eiffage cloturait cependant à la suite sur une hausse de 2,67 % tandis que le titre de Sacyr chutait de 3,92 %.
II – Sacyr va engager des procédures
A l'issue d'une assemblée particulièrement houleuse, Sacyr a fait savoir qu'il engagerait toutes les procédure pouvant mener à l'invalidation du vote et a démenti toute action concertée avec d'autres groupes espagnols.
Ces procédures auront un caractère juridique, a précisé une porte-parole du groupe espagnol, ajoutant que Sacyr allait notamment adresser une requête à l'Autorité des marchés financiers (AMF). Selon Sacyr, l'assemblée générale des actionnaires du groupe de BTP français Eiffage s'est tenue "dans des conditions portant une atteinte d'une extrême gravité aux droits des actionnaires".
"La décision du président (d'Eiffage, NDLR) Jean-François Roverato d'annuler les droits de 89 actionnaires au motif que leur commune nationalité démontrerait une action de concert est illégale", souligne le communiqué.
Cette décision a été "prise par un organe, le bureau de l'assemblée, qui ne saurait être compétent pour constater l'existence d'une action de concert", poursuit-il. Sacyr "ne peut que réaffirmer agir seul et rejette toute accusation contraire", indique le groupe dans le communiqué.
Le P-DG de Sacyr, Luis del Rivero, a quant à lui quitté l'assemblée en estimant que seuls l'AMF ou un tribunal pouvaient déterminer si les groupes espagnols entrés récemment au capital d'Eiffage avaient ou non agi de concert. "Je crois qu'avec cette action, vous êtes allés trop loin", a-t-il dit à Jean-François Roverato. "Cela finira évidemment au tribunal", a-t-il ajouté.
"Ces allégations sont sans fondement, elles sont fausses et reposent exclusivement sur une présentation abusive d'un ensemble d'éléments qui n'ont aucune cohérence. Elles constituent une atteinte d'une gravité exceptionnelle aux règles les plus élémentaires du droit français", a pour sa part lancé Maître Perchet, un représentant de Sacyr présent au bureau de l'assemblée générale, sous les huées d'une partie de l'assistance.
III – Projet d'OPA de Sacyr ?
Sacyr a affirmé à plusieurs reprises ne pas vouloir lancer une OPA sur le groupe, mais pourrait chercher à prendre le contrôle d'Eiffage "de façon rampante", estiment certains analystes. Après son arrivée dans le capital d'Eiffage, fin décembre 2005, accumulant une participation de 32% en l'espace de quelques semaines, le groupe espagnol avait essuyé un premier échec devant la précédente assemblée d'avril 2006, à laquelle il réclamait la nomination de quatre administrateurs.
Le groupe a fait monter la pression à l'approche de l'assemblée de ce jeudi, en se rapprochant tout près du seuil du tiers du capital qui, s'il était franchi, l'obligerait à lancer une offre sur le groupe.
En parallèle, Grupo Rayet et Inversiones Portival, deux autres groupes espagnols, ont fait leur entré entrée au capital d'Eiffage à quelques jours de l'assemblée générale, à hauteur de 4,2% et 2% respectivement.
Jean-François Roverato, P-DG d'Eiffage, a déclaré qu'il n'était pas hostile à une OPA sur le groupe. "Nous ne voulons pas être enterrés prématurément", a-t-il cependant ajouté. A la question de savoir si Sacyr serait contraint de lancer une OPA à 129 euros en cas d'action de concert prouvée des groupes espagnols, Jean-François Roverato a répondu par la positive. Benoît Heitz, directeur général d'Eiffage, a pour sa part dit que le groupe n'était pas hostile aux investisseurs espagnols mais qu'il refusait une prise de contrôle rampante.
IV - La rémunération 2007 du PDG sera de 20% inférieure à 2006
La rémunération du PDG d'Eiffage Jean-François Roverato sera en 2007 de 20% inférieure à celle de 2006, a annoncé l'intéressé mercredi lors de l'assemblée générale du groupe à Paris.
"Le conseil (d'administration) a décidé que ma rémunération pour l'année 2007, qui est à cheval entre mes fonctions de président directeur général et mes fonctions éventuelles de président de l'exécutif, est en diminution de 20%", a déclaré M. Roverato. Selon le rapport annuel 2006, Jean-François Roverato a touché 1,81 million d'euros de salaire sur l'année écoulée.
Répondant à une question écrite sur le thème des rémunérations des dirigeants des grandes entreprises, qui a fait l'objet d'une vive polémique, M. Roverato a ajouté: "il n'y a pas de golden handshake (parachute doré)" ni de "prime d'entrée" chez Eiffage. "Il n'y a aucun avantage non contractuel pour aucun salarié du groupe", et "il n'existe de complément de retraite pour personne", a-t-il martelé.
Le PDG est aussi revenu sur les 195.000 actions gratuites qui lui ont été attribuées par le conseil d'administration. "Ce sont les premières qui me sont faites", a-t-il dit. "En considération des 20 ans pendant lesquels j'ai dirigé l'entreprise, il était légitime de m'attribuer 75.000 puis 120.000 actions", a poursuivi M. Roverato. Il a expliqué que le conseil d'administration lui avait attribué 37.500 actions en 2005, soit "approximativement" l'équivalent d'un an de salaire, selon lui, puis 120.000 en 2006. En raison de la division par deux de l'action depuis, ces 37.500 titres ont été transformés en 75.000, a aussi expliqué le dirigeant.
Jean-François Roverato a par ailleurs annoncé mercredi, lors d'une conférence de presse, avoir cédé les fonctions exécutives de la direction du groupe français de BTP à son numéro deux Benoît Heitz, avec deux mois d'avance sur le calendrier prévu. M. Roverato reste président du conseil d'administration d'Eiffage, une fonction non exécutive.
"Il avait été envisagé que j'abandonne les fonctions de directeur général le 13 juin", a expliqué M. Roverato, ajoutant que "compte tenu des circonstances, nous avons anticipé la fin de mon mandat de directeur général de deux mois". "Ceux qui ont écrit que je me cramponne à mon fauteuil (seront) démentis", a-t-il ajouté lors d'une conférence de presse qui suivait l'assemblée générale des actionnaires d'Eiffage.
Sources : Reuters, AFP
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