Alors que le montant voire l'existence même des parachutes dorés créent actuellement moult débats tant en France qu'en Europe, Laurence Parisot, présidente du Medef, s'est dite "frappée de stupeur" et "très étonnée" par le montant des indemnités de départ de certains dirigeants de grandes entreprises et "comprend qu'on se pose des questions", mais elle a récusé l'idée de "légiférer" sur ce dossier.
Pour rappel, le débat a été récemment relancé par les indemnités “contractuelles” qui vont être accordées à l'ex Président d'Airbus Noël Forgeard alors que le groupe est soumis à de très fortes turbulences.
Mme Parisot, interrogée sur France Inter sur les indemnités de départ de l'ancien patron d'EADS Noël Forgeard, a indiqué que "comme beaucoup de Français", elle avait "été frappée de stupeur" quand elle a "entendu le montant des indemnités de départ de certains dirigeants de grandes entreprises".
"J'ai été très étonnée, mais j'ai été aussi stupéfaite par le déferlement d'anathèmes, d'ignorance, de démagogie qui a suivi la révélation de ces différentes affaires", a ajouté Mme Parisot. "Les questions posées sont légitimes, les réponses apportées sont des erreurs", a-t-elle estimé.
Mme Parisot a indiqué qu'elle ne "disposait pas personnellement" des "éléments" qui "permettent de dire si oui ou non ces indemnités sont justifiées" et "le grand public et les candidats à l'élection présidentielle non plus". "Seuls le conseil d'administration et l'assemblée générale des actionnaires sont capables de le dire", a-t-elle ajouté. Elle ne s'est pas prononcée sur la question d'une éventuelle restitution des indemnités de M. Forgeard.
"Il y a deux écueils à éviter, qu'on légifère et qu'on laisse faire", a poursuivi la présidente du Medef. Selon Mme Parisot, le fait même de légiférer "met en cause immédiatement l'attractivité économique de notre pays". "C'est un frein immédiat à notre capacité à attirer ou à conserver les grands talents chez nous", a-t-elle expliqué.
Elle a lancé "un appel solennel" aux conseils d'administration et aux comités de rémunération à respecter "scrupuleusement" les recommandations émises en janvier par le Medef et l'Afep (Association française des entreprises privées).
Elle a notamment rappelé que ces recommandations demandent aux comités de rémunération d'être composés en majorité d'administrateurs indépendants, ce qui n'est pas le cas d'EADS, a-t-elle signalé. Mais "la quasi-totalité des comités de rémunérations en France" respectent cette exigence, selon Mme Parisot.
"Si ces recommandations sont suivies (...) la régulation va se faire d'elle-même", a-t-elle estimé, reconnaissant qu'"il y a parfois des abus". "Il y a un 1,2 million d'entreprises en France" et "un cas (qui) trouble les esprits" et qui provoque "un débat", a-t-elle encore déclaré.
Elle a rappelé que les dirigeants de grandes entreprises sont révocables "à tout moment", et a jugé "normal" que ces responsables aient des "rémunérations élevées" et que des indemnités de départ soient prévues "à condition que cela soit défini d'emblée".
L'ex-président exécutif d'EADS a touché lors de son départ 6,1 millions d'euros d'indemnités, auxquels s'ajoute une prime de non-concurrence de 2,4 millions d'euros, selon un document destiné aux actionnaires et rendu public mardi dernier. Pour rappel, le plan de restructuration Power8 prévoit notamment la suppression de 10.000 emplois, dont 4.300 en France, ainsi que la cession et la fermeture de sites, afin de réaliser 5 milliards d'euros d'économie d'ici à 2010.
Si on peut s'étonner, s'indigner du montant accordé à Noel Forgeard, on doit aussi souligner que les “émoluments” de ce monsieur ne vont pas dans le sens de l'économie dictée par le plan de restructuration, puisque le groupe devra bel et bien les acquitter, grevant ses comptes de manière relativement importante.
Nicolas Sarkozy, candidat UMP à la présidentielle, a indiqué jeudi qu'il rendrait illégaux les parachutes dorés pour les chefs d'entreprise, "n'acceptant pas qu'on ait à la fois la grosse rémunération et le gros parachute".
Le président de l'UMP a indiqué "comprendre qu'un certain nombre de chefs d'entreprise soient payés plus cher, très cher, aient des gros salaires à partir du moment où cela correspond à un choix stratégique de création de richesses", en rappelant qu'il était "pour le mérite et pour la récompense". "Et notre pays a besoin d'entrepreneurs qui vont beaucoup risquer, beaucoup travailler", a-t-il dit.
"Ce que je n'accepte pas, c'est qu'on ait à la fois le grosse rémunération et le gros parachute. Si on réussit, on est récompensé, si on échoue, on est sanctionné", a-t-il dit ... sans préciser toutefois si les mêmes règles devaient s’appliquer dans le contexte des élus politiques.
Il a fait valoir que "la grosse rémunération, elle rémunère le gros risque". "Si vous avez un gros parachute, il n'y a pas de gros risque, donc il n'y a pas de forte rémunération", a-t-il plaidé.
Ségolène Royal a quant à elle qualifié de scandale et de provocation la somme reçue par Noël Forgeard à son départ du groupe EADS. "C'est un scandale, c'est une provocation, surtout dans cette entreprise où l'Etat est actionnaire, l'Etat aurait très bien pu s'opposer à cette façon de faire", a déclaré la candidate présidentielle du Parti socialiste sur France 2.
"Il faut mettre fin à ce système ultra-libéral qui fait que ce sont toujours les salariés dans la politique que la droite a menée qui payent les difficultés des entreprises et les erreurs surtout du patronat", a-t-elle ajouté.
Si elle est élue présidente de la République, l'Etat rendra publique la rémunération des hauts dirigeants des entreprises dont il est actionnaire, il mettra en place de "vraies politiques industrielles" et il "ne tolèrera pas que des dirigeants qui ont échoué partent avec la caisse tandis que des salariés qui ne sont pour rien sur les difficultés de l'entreprise payent les pots cassés", a-t-elle promis.
Après l'annonce du montant des indemnités versées à Noël Forgeard après son départ d'EADS, François Bayrou a annoncé mercredi dernier qu'il ferait voter "une loi de moralisation économique" s'il est élu à la présidentielle.
"Il n'y a pas un jour sans qu'on apprenne des informations troublantes sur la manière dont les hauts dirigeants d'entreprise se voient attribuer des sommes incroyables”. “Il n'est plus possible de voir se multiplier les scandales, les indemnités qui peuvent atteindre des millions d'euros", a précisé le candidat UDF à l'élection présidentielle. "Cela choque infiniment et nuit à l'image de l'entreprise", a-t-il déploré, avant de préciser: "cette loi obligera à la transparence dans la vie économique, à la prise de décision en assemblée générale, au lieu d'avoir ce capitalisme de connivence, d'opacité où tout se décide au sein d'un petit groupe".
François Bayrou a estimé que "beaucoup de grands chefs d'entreprise n'acceptent pas cette idée" mais "ils se trompent car ce qui est en train de se passer nuit considérablement à l'image de l'entreprise". "Il faut que l'Etat fasse ce qu'il faut pour que la vie économique de notre pays ne soit plus ainsi constamment soupçonnée".
Le candidat UDF a par ailleurs rappelé qu'"on distribue des parachutes dorés, des primes de licenciement par millions d'euros (...) alors que le peuple des salariés et des retraités a du mal à vivre".
"Ce n'est pas possible qu'on soit dans un monde dans lequel on distribue des millions d'euros à des responsables sans que personne ne sache rien, notamment parmi les petits actionnaires", a-t-il conclu.
Le montant des indemnités de départ versées à Noël Forgeard, l'ex-PDG d'Airbus, alors que les salariés de l'avionneur européen sont sous le coup d'un plan de restructuration, est "scandaleux" et "choquant", ont estimé mercredi à Toulouse des responsables syndicaux d'Airbus. "Le premier scandale, c'est que c'est légal. Noël Forgeard n'a pas volé cet argent, ni enfreint la loi", a déclaré à Jean-François Knepper, délégué syndical FO (majoritaire) et vice-président du comité européen d'Airbus. "Alors qu'on fait un plan de restructuration, les actionnaires ont accepté les conditions négociées par Forgeard. J'ai du mal à comprendre que d'un côté on parle d'économies et que de l'autre côté on accepte ses conditions. Cette décision de lui attribuer un golden parachute suscite un émoi considérable chez les salariés d'Airbus", a-t-il ajouté.
Sources : AFP, Reuters, AP
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2 Commentaires
1
Je vois mal, comme Mme Parisot, comment légiféré sur ce point de droit commercial.
En effet, tout ceci a été proposé par le Conseil d'Administration d'EADS, et voté en Assemblée Générale !
Que les actionnaires d'EADS prennent leurs responsabilités. Pour ma part, je trouve comme tout le monde que c'est proprement scandaleux.
Mais M. Forgeard n'en a pas fini avec l'AMF sur les questions de délit d'initié. A mon avis, l'AMF va taper fort, très fort : le dossier est désormais politique. Forgeard a des amitiés politiques qui seront dangereuses après le 6 mai.
Une partie des 8 M€ va être rendue... pas à EADS, mais aux caisses de l'état, ce qui ne manque pas de sel.
En attendant, EADS licencie.
16 avril 2007 à 08:582
EADS/indemnités Forgeard: Thierry Breton serait intervenu, selon Challenges
PARIS, 18 avr 2007 (AFP)
Le ministre de l'Economie Thierry Breton serait intervenu pour que l'ex-coprésident exécutif d'EADS Noël Forgeard bénéficie de son parachute doré, contre l'avis des membres du conseil d'administration qui jugeaient "inappropriées" les indemnités prévues dans son contrat de travail, selon le magazine Challenges.
Interrogé par l'AFP, un porte-parole du ministère de l'Economie et des Finances a qualifié de "totalement infondées et totalement erronées" ces "allégations concernant le rôle supposé de l'Etat".
"Les conditions de départ de M. Forgeard de ses fonctions de dirigeant d'EADS ont été arrêtées par l'entreprise sans que l'Etat y soit associé sous aucune forme", a assuré ce porte-parole, en soulignant que l'Etat français n'était "pas représenté au conseil d'administration d'EADS, conformément au pacte d'actionnaires conclu en 2000 sous le gouvernement de M. (Lionel) Jospin".
L'Etat est actionnaire à hauteur de 15% mais les intérêts français sont officiellement portés au sein du conseil d'administration par le groupe Lagardère (en train de passer de 15% à 7,5% du capital), qui a le pouvoir de décision avec l'actionnaire allemand DaimlerChrysler (22,5%).
Mais l'Etat français suit de près la vie du groupe et les dossiers sensibles ont toujours été évoqués au plus haut niveau politique entre les deux pays.
Dans une interview à paraître jeudi dans l'hebdomadaire Le Point, Arnaud Lagardère, coprésident du conseil d'administration d'EADS, assure d'ailleurs que "les actionnaires privés" n'ont "pas un mandat de gestion sans contrôle de l'Etat".
Sur son site internet, Challenge affirme, sans citer de sources, que "tant Arnaud Lagardère, actionnaire français d'EADS, que Manfred Bischoff, représentant de DaimlerChrysler au conseil d'administration du groupe aéronautique européen, souhaitaient que Forgeard fasse place nette sans se prévaloir de son parachute doré".
La solution aurait été de le licencier pour faute, ce qui aurait entraîné un recours en justice de M. Forgeard, qui aurait alors mis en avant les différends franco-allemands et les difficultés du programme A380, explique Challenges.
"Il n'en a pas fallu davantage pour que Thierry Breton, le ministre de l'Economie, impose un règlement négocié", poursuit le magazine.
M. Breton aurait donc fait appel à Maurice Lévy, président du directoire de Publicis, pour servir de médiateur. "Son rôle a consisté à convaincre Noël de partir et à convaincre les actionnaires d'accepter une séparation à l'amiable", explique un proche du dossier cité par Challenges, ajoutant que la seule solution consistait à respecter le contrat et à verser les indemnités prévues.
18 avril 2007 à 14:25Ajoutez un commentaire
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