Le ministre de l'Economie Thierry Breton s'est défendu jeudi de toute intervention dans la négociation du montant des indemnités de départ de Noël Forgeard du groupe EADS, jugeant "scandaleux" qu'on puisse l'accuser d'une telle action, répondant ainsi aux mises en causes du journal "Challenges".
Dans un autre "démenti formel", le groupe Lagardère "rappelle" de son côté "que Noël Forgeard bénéficiait d'un contrat (...) dont les clauses avait été fixées par le (conseil) d'EADS en 2000, clauses qui ont été factuellement appliquées au moment de son départ".
1 – Breton s'insurge contre les accusations portées contre lui
Selon le magazine Challenges, Thierry Breton serait intervenu pour aider Noël Forgeard à obtenir le "parachute doré" de 8,4 millions d'euros prévu par son contrat de travail, alors que les groupes privés français Lagardère et allemand DaimlerChrysler, actionnaires de référence d'EADS, auraient souhaité qu'il s'en aille sans, compte tenu des 10.000 suppressions annoncées par l'avionneur en février 2007. C'est "tout simplement scandaleux", a réagi M. Breton.
"Je n'ai parlé de la question du montant d'une quelconque indemnité de Noël Forgeard avec aucun des administrateurs d'EADS, ne fut-ce qu'une seule seconde, et je mets au défi n'importe lequel des administrateurs de vous dire le contraire", a lancé M. Breton sur France info.Dès mercredi, Bercy avait affirmé que les "allégations" de Challenges étaient "totalement infondées et grossièrement erronées".
Mis en cause par François Bayrou, candidat UDF à la présidentielle, et François Hollande, premier secrétaire du PS, qui ont réclamé la démission du ministre si son intervention dans ce dossier était avérée, Thierry Breton a estimé que "la campagne électorale n'autorise pas tout".
Rappelant que l'Etat, qui détient 15% du capital d'EADS, n'était "pas actionnaire en direct" du groupe, le ministre a accusé le gouvernement de Lionel Jospin qui a "bâti le pacte d'actionnaires en 2000" d'avoir "voulu à l'époque que l'Etat ne puisse avoir aucun moyen d'intervention au sein de la société EADS". Les responsables socialistes "savent mieux que quiconque que l'Etat ne peut pas intervenir, je le regrette du reste", a affirmé M. Breton.
"Ce qui est choquant dans cette affaire, c'est que l'Etat ne puisse pas faire entendre sa voix", a dit le ministre en s'interrogeant toutefois sur la justification de l'inscription de clauses concernant les indemnités de départ dans le contrat de M Forgeard, lors de sa signature en 2000 sous le gouvernement de Lionel Jospin. Sous-entendu, c'est plutot du côté des ministres en poste à l'époque, qu'il faudrait "investiguer" ...
2 – Challenges met en cause Breton
"Tant Arnaud Lagardère, actionnaire français d'EADS, que Manfred Bischoff, représentant de DaimlerChrysler au conseil d'administration du groupe aéronautique européen, souhaitaient que (Noël) Forgeard fasse place nette sans se prévaloir de son parachute doré", écrit le magazine économique. La solution aurait alors été de le licencier pour faute, ce qui aurait entraîné un recours en justice de M. Forgeard, au risque de mettre en avant les différends franco-allemands et les difficultés du programme A380, explique le journal.
"Il n'en a pas fallu davantage pour que Thierry Breton, le ministre de l'Economie, impose un règlement négocié", écrit Challenges.
Toujours selon le magazine, M. Breton a donc fait appel à Maurice Lévy, président du directoire de Publicis, pour servir de médiateur. "Son rôle a consisté à convaincre Noël (Forgeard) de partir et à convaincre les actionnaires d'accepter une séparation à l'amiable", explique un proche du dossier cité par Challenges, ajoutant que la seule solution consistait à respecter le contrat et verser les indemnités prévues.
3 – Bayrou souhaite que Breton démissionne
Interrogés sur RMC et BFM sur le fait de savoir si le ministre de l'Economie et des Finances devait démissionner s'il s'avérait qu'il était intervenu pour que Noël Forgeard, ancien patron d'EADS, obtienne ses indemnités de département, François Bayrou, candidat de l'UDF à la présidentielle a répondu : ""sans aucun doute oui."
"Ce ne peut pas être le rôle du ministre de l'Economie que de s'immiscer ainsi dans des tractations à l'intérieur d'une entreprise entre responsables puissants et de faire le monsieur bons offices d'un certain nombre d'intérêts privés", a-t-il estimé.
4 – Sarkozy n'aurait pas eu vent des conditions
Nicolas Sarkozy, candidat UMP à l'Elysée et ancien ministre, a indiqué jeudi qu'il "ne connaissait pas" les conditions dans lesquelles les indemnités de Noël Forgeard à son départ d'EADS avaient été décidées, après la mise en cause du ministre de l'Economie Thierry Breton.
Ancien collègue de M. Breton au gouvernement, Nicolas Sarkozy a dit ne pas "connaître cette affaire", tout en jugeant "choquant" le fait que "Noël Forgeard soit parti avec 6 millions d'indemnités".
M. Sarkozy a par ailleurs réaffirmé ne pas accepter "le principe des golden parachutes". C'est selon lui "la certitude qu'on aura pas de risque en cas d'échec. C'est donc contraire aux valeurs que je défends", a-t-il précisé.
5 – Ségolène Royal : le gouvernement devait être au courant
L'Etat français étant "actionnaire de cette entreprise", la candidate socialiste Ségolène Royal a jugé "inimaginable que le gouvernement n'ait pas été au courant" du montant de ces indemnités, soit 8,5 millions d'euros au total, octroyées à M. Forgeard lors de son éviction en juillet 2006.
Mme Royal avait auparavant appelé Noël Forgeard à "rembourser". Devant tenir un meeting jeudi soir à Toulouse, elle a précisé qu'elle "rencontrerait les représentants des salariés" d'Airbus, et a promis de "réglementer les choses" et d'instaurer "la transparence des rémunérations" des hauts dirigeants si elle est élue à la présidence de la République.
Lors de leur entrevue, elle a notamment précisé que – selon elle - "le fait que Noël Forgeard soit parti avec huit millions d'euros, alors que le gouvernement français, M. Breton, donc M. Sarkozy étaient parfaitement au courant, montre que dans cette affaire il y a eu beaucoup trop d'opacité".
Sources : AFP, Reuters
A lire également :
. Parachute doré : Parisot refuse de légiférer
. Sarkozy souhaite rendre illégaux les parachutes dorés
. Bayrou en guerre contre les patrons voyous
. EADS : information judiciaire ouverte pour "délit d'initié"
. AIRBUS : effet de dérive: sur vente de stocks options

1 Commentaire
1
Forgeard: Royal ne croit pas Sarkozy
20 avril 2007 à 01:47Ségolène Royal estime que Nicolas sarkozy était au courant des indemnités de départ versées à Noël Forgeard suite à son départ d'EADS. Du démenti de Thierry Breton, soupçonné d'avoir obligé EADS à verser ces indemnités, la candidate PS a déclaré: "il dément, mais, pour l'instant, il n'a pas apporté les preuves de son démenti". Elle juge ainsi "inimaginable que le gouvernement n'ait pas été au courant. Donc, quand j'entends le candidat de l'UMP protester contre ces indemnités scandaleuses, je m'interroge sur sa sincérité comme tous les Français."
Ajoutez un commentaire
Merci de consulter notre charte de modération avant de poster votre commentaire.