«Chavez/nationalisation pétrole:menace sur l'indemnisation | Accueil | Point CAC matinée : baisse appuyée avec l'asie »

Les canons à neige assécheraient les Alpes

Canon_a_neige_n20371Nous vous en touchions déja quelques mots (maux ?), les choses se précisent.

Selon l'avertissement lancé mardi à Vienne par Carmen de Jong, chercheuse allemande à l'Institut de haute montagne de l'Université de Savoie, l'enneigement artificiel des pistes de ski menace d'assècher les Alpes.

Pour rappel, un canon à neige est un dispositif permettant de fabriquer de la neige mécaniquement à partir d'eau, d'air et de basse température. Le principe est simple : en mélangeant de l'air comprimé à de l'eau et en le projetant au froid, on obtient de la neige qui se dépose sur les pistes de ski.

Au total, quelque 24'000 hectares de pistes sont aspergés d'environ 95 millions de m3 d'eau, a estimé Mme de Jong en marge de l'assemblée générale de l'association des géographes européens. Cette quantité correspond à la consommation d'eau d'une ville de 1,5 million d'habitants, a-t-elle précisé.

Les coûts de l'enneigement se montent à 5 milliards de francs suisses, selon la scientifique. Et ses conséquences pour l'environnement sont déjà visibles: dans les Alpes françaises, le niveau d'eau des rivières concernées a baissé en hiver de 70% par rapport aux années qui ont précédé l'introduction des canons à neige.

Mme de Jong rejette par ailleurs les explications de la branche du tourisme, selon lesquelles l'enneigement artificiel n'aurait aucun impact sur l'environnement. A lui seul, ce type d'enneigement évapore selon elle jusqu'à 30% de l'eau utilisée. La neige ainsi fabriquée ne représente donc qu'une partie de l'eau utilisée.

Selon l'association Remontées mécaniques suisses (RMS), 19% des pistes sont aujourd'hui enneigées artificiellement. Ce taux devrait même augmenter à 40% d'ici 10 ans, a indiqué en janvier son porte-parole.

Le canon à neige est un procédé relativement coûteux qui utilise beaucoup d'eau et beaucoup d'énergie pour apporter l'air et l'eau jusqu'aux enneigeurs. Son impact sur l'environnement serait considérable.

Utilisé au départ en priorité pour assurer la sécurité des pistes avec un enneigement suffisant, ce procédé est désormais généralisé en début de saison, de manière à anticiper la période de ski, et en fin de saison pour la prolonger. Mais avec le réchauffement climatique, il est extrêmement sollicité...

Les canons à neige sont devenus l'une des cibles des associations environnementales. Celles-ci soulignent que les canons consomment deux à trois fois plus d'eau à l'hectare que le maïs, alors même que la maïsiculture est réputée être une culture très dépensière en eau. En 2004, un rapport officiel indiquait que l'eau avalée chaque année par les canons à neige en France représentait la consommation d'une ville de 170 000 habitants.

Les écologistes évoquent aussi des atteintes au paysage liées à la multiplication de "retenues collinaires" artificielles gigantesques, voire des risques pour la santé humaine.

Une nouvelle technique permettant de produire plus de neige et employée depuis quelques années, utilise en effet une protéine extraite de cultures de bactéries Pseudomonas syringae. Le produit s’appelle « Snomax » et permet d’accélérer la cristallisation de l’eau. Le risque est désormais réel, ce type d'addiditif pouvant être incorporé à l’eau pour lui permettre de se transformer plus facilement en neige (même à des températures légèrement positives) et de durer plus longtemps. Pourtant, utiliser cette protéine dans le milieu naturel suscite des polémiques car elle provient d’une bactérie. Elle est autorisée dans certains pays mais interdite en France ou réglementée dans d’autres (Autriche par exemple). Silices, cristaux d’argent ou protéines bactériennes irradiées, difficile tout de même d'affirmer que l’impact sur la nature sera négatif...
Néanmoins, sous la pression des professionnels de la montagne, ils pourraient rapidement redevenir d’actualité...
De leur côté, les élus mettent en avant les impératifs économiques, les retombées en termes d'emploi, et se défendent des accusations de pollution et de gaspillage d'eau.

Selon l’Agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse, sur 104 stations françaises , en moyenne 15 % des surfaces skiables sont équipées, et la consommation d’eau observée sur un an est d’environ 10 millions de m³, en 2002. À titre de comparaison, Rennes, ville de 206000 habitants a une consommation annuelle de 12 millions de m3....

Dans les massifs montagneux, une partie considérable de l'économie est fondée sur l'exploitation de "l'or blanc". Or il est maintenant admis que, avec le changement climatique, les stations de moyenne montagne doivent s'attendre, à terme, à une baisse significative de l'enneigement, fatale aux plus fragiles.

Elus, aménageurs, promoteurs et habitants sont donc face à un cruel dilemme entre envisager une reconversion ou persévérer, envers et contre tout, dans le ski qui a fait la fortune de ces montagnes. Les possibilités de reconversion ne sont pas infinies, et sans doute moins porteuses de retombées économiques que l'accueil de milliers de touristes venus dévaler les pentes neigeuses. C'est pourquoi, faute de pouvoir agir sur la météo, la tentation de la fuite en avant est forte .... conduisant à un usage accru des canons pour conserver la clientèle.

L’enneigement artificiel ne cesse ainsi de progresser. En quelques années, ce qui n’était présenté que comme une solution d’appoint est devenue une véritable industrie.

La seule vraie contrainte pour les stations demeure la loi sur l'eau du 3 janvier 1992, qui oblige à laisser un certain débit réglementaire, et interdit le prélèvement dans les ruisseaux ou les nappes en hiver. Mais des affaires récentes prouvent que cette interdiction ne serait pas toujours respectée ...

Sources : ats, AP, AFP, Les Echos, Valeur Ecologie

A lire également :

. Les revenus des stations de ski fondent

. Aude : pénurie d'eau en plein hiver, danger pour les centrales EDF ?

. Le réchauffement climatique fait fondre le cours du pétrole

. Réchauffement climatique et fonte polaire : nouvelle voie maritime pour le pétrole

. USA et Canada se disputent déja le passage de l'Arctique

. Le réchauffement climatique à l'origine d'une récession ?

TrackBack

URL TrackBack de cette note:
http://www.typepad.com/t/trackback/80157/17835306

Voici les sites qui parlent de Les canons à neige assécheraient les Alpes:

Commentaires

Francis

19 avr. 07 10:57:22

Comme toujours l'excès.

De même dans quelques années nous nous lamenterons du sur-dimensionnement auto-routier et de ce qui sera devenu un gachis sinon un déchet "moderne" comme les barres de HLM (l'annonce de leur destruction lors de la frénésie de leur construction était inimaginable ?).

Ce qui est frappant ce n'est pas l'erreur, bien légitime, mais sa dimension, son refus de correction avant la catastrophe (vider l'océan et le dénier violemment), sa répétition, son caractère sociétal et compulsif : ce n'est pas de la croissance mais de l'obésité avec le même symptome d'une irresponsabilité massivement revendiquée.

On peut heureusement établir un bilan des catastrophes évitées en étudiant celles que l'on a arrêtées, en mesurant les conséquences comparées des progrès législatifs, en analysant les désastres étrangers ...

Qui dispose de tels bilans d'espoir qui sont très éducatifs ?


Elisabeth

19 avr. 07 11:02:56

+ le cycle infernal ... on augmente le pb pour tenter de trouver un palliatif à ses conséquences ....


Jean-Phi

27 mai 07 00:06:54

Les canons à neige… Voilà un sujet sur lequel on lit et entend tout et son contraire. Et des chiffres ! Des millions, des milliards. On y perd tous ses repères. Moi, je skie. J’ai voulu en avoir le cœur net. J’ai passé du temps sur Internet et j’ai donné 2 ou 3 coups de fil. Je vous livre le fruit de ma réflexion, et je suis prêt à discuter ensuite avec qui voudra.

J’ai présenté ça sous forme de jeu VRAI/FAUX.

« En France, il n’y a que de l’eau dans la neige de culture. »
VRAI.
Il n’y a donc pas pollution de l’eau. C’est déjà une bonne nouvelle.

« S’il n’y a aucun adjuvant dans la neige de culture, c’est parce que c’est interdit en France »
FAUX.
Le Snomax (Marque déposée), n’est effectivement pas utilisé en France (alors qu’il l’est en Suisse et en Autriche), mais ce n’est pas le résultat d’une quelconque interdiction : c’est juste que les exploitants de domaine skiables ont renoncé à son utilisation. Les français, plus vertueux que les Suisses ?

« En France, 15 millions de m3 sont utilisés pour la production de neige de culture, soit la consommation en eau POTABLE d’une ville de 170 000 habitants. »
VRAI.
Mais la comparaison est trompeuse, car l’eau de la neige est un PRELEVEMENT et non une CONSOMMATION, à la différence de l’eau potable.
- Elle n’est pas traitée
- Elle redevient de l’eau à la fonte des neiges, et repart dans les nappes

Les PRELEVEMENTS en France, c’est en gros (source Agences de l’eau et http://www.cieau.com/) : 4 000 millions de m3 pour l’industrie, autant pour les mines et canaux, autant pour l’eau potable, autant pour l’agriculture, et 4 fois plus (17 000 millions de m3) pour l’énergie. On ne fait pas d’omelette sans casser des œufs : l’eau, même seulement prélevée, entre dans la fabrication de très nombreux biens d’équipements et services.

Seule l’évaporation est effectivement de la CONSOMMATION. A noter que l’eau s’évapore naturellement y compris lorsqu’elle s’écoule dans les rivières ou qu’elle est dans les lacs. En voilà une comparaison qu’elle serait intéressante : quelqu’un sait-il combien les piscines privées consomment d’eau par simple évaporation en France (hors remplissage) ? 25 millions de m3. Le double en gros de la neige de culture.
Voilà le genre de comparaisons qui moi me parle.

« Les canons à neige consomment deux à trois fois plus d’eau à l’hectare que le maïs »
VRAI.
Sauf que le terme CONSOMMENT est impropre pour la neige, puisque l’eau est restituée.
En revanche, l’eau de l’irrigation est bien consommée, elle.
En outre, quelqu’un a-t-il pensé à regarder combien on avait d’hectares de maïs en France et combien d’hectare de neige artificielle ?
Voilà les chiffres que j’ai trouvés pour la France :
- 637 000 hecatre de maïs (source : http://agreste.agriculture.gouv.fr/IMG/pdf/primeur194.pdf)
- 5 000 hectares de neige artificielle (source Association Nationale des Maires des Stations de Montagne) : 127 fois moins

Alors la neige artificielle, c’est peut être 2 ou 3 fois plus gourmand que le maïs, mais il y en a 127 fois moins. Moi je veux bien que la neige artificielle ce soit « mal », mais j’ai un peu l’impression qu’on essaie de nous bourrer le mou.

Finalement, tous ces millions et milliards, ça ne nous aide pas beaucoup. Il faudrait savoir ce que serait un volume « raisonnable » d’eau pour une industrie qui produit x emplois et y €. A partir de combien est-on dans le « trop » et en dessous de combien est-on dans le « raisonnable ».
Celui qui me répond, j’aurai envie de l’écouter. Les autres ne sont que des groupes de pression, pro ou anti, et nous racontent bien ce qu’ils veulent mais ça ne vaut pas un clou.


Enneigement des Vosges

27 août 07 21:17:53

Le dilemme est toujours le même:
enneigement ou environnement...
Même dans les Vosges, les stations de ski sont montrées du doigt...
Soit pour un enneigement déficitaire...
Soit pour une surconsommation d'eau...


Poster un commentaire