Alors que l’exploitation des mines d’uranium par Areva au Niger est plus que controversée, un camp d'exploration du groupe nucléaire et électrique français dans le nord du pays a été cible d'une attaque menée par un commando armé dans la nuit de jeudi à vendredi. Suite à ces évenements, la mort d'un Nigérien est à regretter.
Scientifiques, juristes, médecins et victimes ont dressé en début du mois un réquisitoire accablant sur les activités d’exploitation d’uranium d’Areva au Niger et au Gabon. Jugée opaque dans la gestion de l’information, l’ex Cogema est accusée d’avoir sciemment laissé ses employés et les habitants des zones minières qu’elle exploite exposés à d’importants taux de contamination radiologiques.
L'attaque se serait produite vers 03H30 à Imouraren, à environ 85 km au sud de la ville d'Arlit, la grande zone de production d'uranium du pays.
Un agent des forces de sécurité nigérienne (FSNI) a été tué et trois autres personnes ont été blessées dans l'attaque menée par entre 20 et 30 hommes fortement armés qui sont arrivés à bord de trois 4x4. Ils ont réussi à pénétrer dans le camp où se trouvaient environ 250 personnes, entre les employés d'Areva et ceux de compagnies sous-traitantes. Ils ont attaqué "le coeur" du camp qui regroupe une quarantaine de scientifiques nigériens et européens, a précisé un porte-parole d'Areva au siège parisien du groupe. Une fois dans le camp, le commando s'est emparé de six véhicules ainsi que de nombreux téléphones portables.
Parmi les trois blessés, tous agents des forces de sécurité nigériennes, un l'est "très grièvement", "ses jours sont en danger", a ajouté le porte-parole d'Areva.
Les assaillants se sont réclamés du Mouvement des Nigériens pour la Justice (MNJ), un groupe apparu en février dernier et qui serait dirigé par Aboubacar Alambo. "C'est la première attaque de ce genre depuis des années", a commenté un industriel du secteur. Selon le porte-parole d'Areva, c'est même "la première fois" que le groupe doit faire face à "ce type d'événement sur un camp d'exploration, un camp léger", a-t-il précisé. Areva va procéder à un nouveau renforcement de sa sécurité, en coordination avec l'Etat nigérien, a-t-il ajouté.
"Depuis quelques jours, voire quelques semaines, on observait dans cette région des mouvements de groupe", a expliqué le porte-parole. "L'Etat nigérien avait renforcé la sécurité - nous l'avions demandé - sur l'ensemble des sites et des villes, indépendamment d'ailleurs de l'activité d'Areva là-bas", a-t-il ajouté.
Le commando a notamment réclamé une meilleure application des accord de paix de 1995 qui avaient mis fin à la révolte des Touaregs des années 1990, en particulier les clauses prévoyant leur réinsertion socio-économique et la priorité d'embauches des autochtones par les sociétés minières locales.
Le site d'Imouraren est actuellement le plus important projet d'exploration d'Areva au Niger. L'association Sherpa, en collaboration avec Médecins du Monde, la CRIIRAD et les employés d'Areva au Gabon et au Niger, ont récemment rendu public les résultats de leur enquête conduite dans les mines d'uranium du groupe. Dans ces deux pays, ils accusent les dirigeants d'Areva d'avoir négligé les conséquences sanitaires et environnementales de leurs activités.
Les tests effectués par la CRIIRAD sur la radioactivité au Niger et au Gabon viennent quant à eux de révèler des taux d'exposition des employés d'Areva 40 fois supérieurs aux normes fixées par l'OMS. Par ailleurs, l'enquête affirme que la protection des travailleurs n'était pas correctement assurée. " Ils étaient exposés à des poussières radiotoxiques sans port de masque ni équipement de sécurité ", explique Jean-Pierre Getti. Aucune information ni formation n'était délivrée". "Ils n'étaient même pas informés des risques qu'ils encourraient ", confirme Almoustapha Alhacen, président de l'association AGHIR N' MAN (association nigérienne de protection de l'environnement).
Selon Jean-Pierre Getti, président de Cour d'assises à Paris et vice-président de Sherpa, "au Niger les problèmes sanitaires et environnementaux sont identiques" qu’au Gabon. Areva avait connaissance de ces risques mais ne les a jamais évalués. Elle a même maintenu volontairement les employés et la population dans l'ignorance. Sa responsabilité est donc engagée, au pénal pour mise en danger d'autrui, et au civil pour faute inexcusable ".
Pour William Bourdon, président de Sherpa, " tous les éléments sont aujourd'hui réunis pour le dépôt d'une plainte. Nous prenons acte de la création d'un observatoire de la santé annoncé par Areva autour de ses sites miniers, mais cette initiative reste insuffisante. Cet observatoire devra être indépendant et nous communiquer ses résultats. Nous demandons également que le groupe prenne en charge les soins médicaux et indemnise les familles des employés décédés. Un fond d'indemnisation doit être crée ".
Le groupe Areva a réagi, à la conférence de presse organisée par Sherpa, en rappelant " les mesures prises en matière de suivi médical et sanitaire dans les pays où le groupe opère des sites miniers. Les actions récentes menées en faveur de la création d'un observatoire de la santé témoignent de l'engagement d'AREVA dans ce domaine "indique le groupe. " Pour répondre aux attentes des populations et des parties prenantes, le groupe souhaite étendre cette veille sanitaire à l'ensemble des mines qu'il opère dans le monde, notamment au Niger, au Canada et au Kazakhstan. Conscientes qu'elles s'attaquent à un " fleuron de l'industrie française " qui pèse en outre très lourd dans le PNB gabonais, les ONG veulent prendre la responsabilité sociale affichée par le groupe au pied de la lettre. " C'est un levier pour avoir un dialogue avec Areva " espère William Bourdon.
Pour rappel, le Niger est le troisième producteur mondial d'uranium (8 % loin derrière le Canada et l'Australie) et pourtant c'est un des pays les plus pauvres du monde où 70 % de la population avait moins de 20 ans en 2005. L'uranium représente aujourd'hui environs 35 % des exportations du Niger(80 % en 1970), 5% du PNB sans compter toutes les activités induites : sous-traitants, commerce, artisanat, tacherons... Ses deux gisements, l'un à ciel ouvert à Arlit (nord) et l'autre souterrain à Akokan (près d'Arlit) sont exploités depuis 40 ans par Areva, numéro un mondial du nucléaire civil.
En décembre 2006, Anne Lauvergeon, la présidente du directoire du groupe AREVA a déclaré que le groupe qu'elle dirige espérait, à l'avenir,"doubler la production minière du Niger et faire de lui, l'un des premiers pays exportateurs d'uranium.
Lors d'un point de presse à Niamey sur les activités de Areva dans le secteur minier au Niger depuis 35 ans, Mme Lauvergeon avait alors affirmé que le groupe Areva avait extrait au Niger la 100.000ème tonne. Le groupe compte continuer l'exploration et l'exploitation de nouvelles possibilités d'extraction de l'uranium.
Areva, avec ses trois licences sur les sites de la Cominak, la Somair et Anou Araren, s'est engagé à accroître ses investissements en vue d'augmenter les volumes extraits.
Pour appuyer le Niger dans sa politique de l'atteinte de ces objectifs du millénaire, le ministère des mines et de l'énergie, le ministère de la Santé, le groupe Esther et Areva ont signé parallèlemnt une convention en vue d'aider le Niger dans la prévention, le dépistage et la thérapie contre le vih/sida".
Le groupe industriel Areva est présent au Niger depuis près de 50 ans où, en partenariat avec le Niger, il crée les sociétés minières Somair et Cominak.
Areva a depuis octobre 2004 réactivé l'établissement "Areva NC Niger" pour la recherche minière dans le domaine de l'uranium.
Sources : AFP, Novethic
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3 Commentaires
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Même 100 000 tonnes d'uranium ne vallent pas une vie humaine. AREVA doit quitter le Niger et ne plus commercer avec ce pays.
21 avril 2007 à 08:492
Avant de penser ainsi reflechissons un peu!
23 avril 2007 à 02:333
Responsable de l'association "E.O.T" (Entraide Occitano Touarègue), je tiens à vous remercier pour vos infos sur le Nord Niger.
23 avril 2007 à 10:21Nous travaillons avec des écoles proches de ARLIT ( SIKERAT/ANOU N'AGAROF/AZAR/)et nous sommes tres sensibles au développement des recherches dans cette région.
http://occitan-touareg.over-blog.com/
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