Haro sur le Tamiflu en Asie ! Le ministre japonais de la Santé Hakuo Yanagisawa a annoncé vendredi que des études plus poussées allaient être menées sur les éventuels effets psychiatriques du Tamiflu, médicament contre la grippe, après la mort de plusieurs patients dans des circonstances troublantes.
En début de semaine déjà, le gouvernement japonais avait ordonné à l'importateur du Tamiflu de prévenir les médecins qu'il fallait éviter d'administrer ce médicament à des adolescents.
En février dernier, le ministère japonais de la Santé avait ordonné l'ouverture d'une enquête à la suite de plusieurs suicides survenus après la prise du vaccin. Les autorités avaient alors assuré cependant qu'aucun lien direct entre ces morts et le Tamiflu ne pouvait être établi avec certitude.
Jusqu'à présent, les autorités sanitaires japonaises n'avaient établi aucun lien direct entre le Tamiflu, produit par le laboratoire suisse Roche, et ces décès, même si elles ont lancé une mise en garde après de récents suicides d'adolescents qui avaient pris le médicament. Elles ont désormais décidé d'interdire, par précaution, l'administration du Tamiflu aux jeunes de moins de 19 ans.
"Nous devons revenir sur cette affaire, car des accidents impliquant des jeunes gens sont arrivés assez souvent", a déclaré M. Yanagisawa. "Nous ne disposons à ce stade d'aucun nouvel élément, mais nous ne pouvons pas rester passifs devant cette question", a-t-il ajouté.
Le ministère de la Santé a indiqué avoir déjà mené une étude épidémiologique auprès de quelque 2.800 enfants de moins de quinze ans ayant attrapé la grippe. Cette étude n'a pas révélé de différences, en comportements anormaux, entre ceux qui avaient pris du Tamiflu et les autres. "Nous allons maintenant réexaminer chacun de ces cas en détail et soigneusement", a expliqué un porte-parole du ministère.
Il a ajouté qu'environ 1.800 cas faisant état d'effets secondaires du Tamiflu avaient été signalés au Japon depuis le lancement du médicament en février 2001. Les autorités vont demander à des experts indépendants de se pencher sur chacun de ces dossiers et de donner un avis.
En début de semaine, le Japon avait a ordonné à l'importateur du Tamiflu de conseiller aux médecins d’éviter de prescrire ce médicament à des adolescents. Cette mise en garde fait suite à deux nouvelles défenestrations de jeunes gens qui avaient pris du Tamiflu et se sont blessés en tombant, précise un communiqué du ministère de la Santé. Le mois dernier, deux autres jeunes gens sous Tamiflu étaient morts en sautant d'un immeuble.
Au moins quinze cas d'adolescents s’étant brusquement jetés par la fenêtre - se tuant ou se blessant - après avoir pris du Tamiflu ont été recensés depuis 2004 par le ministère, ce qui a fait redouter de possibles effets psychiatriques de ce médicament produit par Roche Holding et importé au Japon par Chugai Pharmaceutical, que la compagnie pharmaceutique suisse contrôle à 50%. Quatre de ces adolescents ont trouvé la mort.
"Tout en modifiant la notice distribuée avec le médicament, nous avons demandé à Chugai Pharmaceutical d'attirer l'attention des professionnels de la santé sur les risques de comportement anormal après la prise de Tamiflu", poursuit le communiqué du Minsitère japonias de la santé .
La nouvelle notice doit comporter cette phrase: "A l'exception des cas à haut risque, évitez de prescrire ce médicament aux mineurs de plus de dix ans." Elle devra aussi recommander aux médecins de dire aux personnes s'occupant d'enfants sous Tamiflu de ne pas les laisser sans surveillance.
Néanmoins, le groupe pharmaceutique suisse Roche a assuré à plusieurs reprises que son médicament était sans danger, ce qui a été confirmé par une enquête des autorités sanitaires américaines. Roche a par ailleurs déclaré mardi que de nouvelles données émanant du Japon et des Etats-Unis indiquent qu'il n'y a aucun lien causal établi entre le Tamiflu et les symptômes psychiatriques.
Le ministère de la Santé a par ailleurs rejeté les allégations selon lesquelles il n'aurait pas réagi assez vite. La plupart de la centaine de cas de problèmes psychiatriques potentiellement liés au Tamiflu signalés de par le monde l'ont été au Japon. Le ministère de la Santé a déclaré que 54 personnes sous Tamiflu avaient trouvé la mort dans l’archipel - dont 16 de personnes âgées de moins de 16 ans - sans qu'aucun lien direct de cause à effet n'ait été établi. "Nous n'avons pas fermé les yeux sur le problème. Nous avons pris les meilleures décisions à chaque étape, en tenant compte du flou entourant le lien causal", a déclaré le département de sûreté des médicaments du ministère.
Avec 60% des achats de stocks mondiaux, en vue de constituer un stock préventif, le Japon est le premier importateur de Tamiflu, non commercial d'une molécule appelée oseltamivir. Le gouvernement a indiqué jeudi qu'il avait l'intention de poursuivre ses achats, arguant qu'il n'existe aucune autre arme efficace contre la grippe aviaire.
Les réserves du Japon doivent lui permettre de traiter 28 millions de personnes durant cinq jours au cas où une épidémie humaine de grippe aviaire s'abattrait sur le pays.
La Corée du Sud va mettre en garde la population sur l'utilisation du Tamiflu, suite à des rapports sur l'utilisation de ce médicament au Japon, a déclaré jeudi l'administration des aliments et des drogues du pays.
« Nous envisageons de publier un document spécial destiné aux médecins et pharmaciens afin de les prévenir des rapports récents au sujet des suicides et des comportements étranges des personnes suite à la prise de ce médicament", a annoncé Shin Joon-soo, un responsable de l'administration. "Le document indiquera également aux experts médicaux de rapporter immédiatement aux responsables si des symptômes mentaux similaires sont découverts", a indiqué M. Shin.
Sources : AFP, Reuters, Xinhua
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