Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad et son homologue arménien Robert Kotcharian ont inauguré lundi un gazoduc reliant leurs deux pays et réduisant la dépendance de l'Arménie envers le gaz russe.
Mais Poutine ne perd pas la main-mise sur l’Arménie pour autant … puisque dans le cadre d'un accord conclu entre l'Arménie et la Russie, le géant gazier russe Gazprom a obtenu la prise de contrôle du gazoduc dont l'intérêt est on ne peut plus stratégique, puisqu'il devrait permettre notamment de renforcer les livraisons de gaz iraniens vers la Géorgie, affranchissant ainsi – désormais en théorie -ce pays des tarifs gaziers pratiqués par Moscou.
I – Un nouveau gazoduc Arménie/Iran
Les deux présidents iranien et arménien ont officiellement ouvert le nouveau gazoduc reliant l’Arménie à l’Iran dans la ville arménienne d'Agarak, proche de la frontière iranienne. "C'est un événement historique, qui initie une nouvelle ère dans les relations entre l'Iran et l'Arménie", a déclaré M. Kotcharian lors de la cérémonie. "Nos relations se sont approfondies au cours des 15 dernières années et mon intention est de continuer à les développer", a dit M. Ahmadinejad. Il a notamment évoqué la coopération des deux pays en matière d'électricité, d'énergie, d'eau et de communications.
Notons tout de même que sur ce point la Russie n’est pas en reste puisqu’elle a récemment conclu des accords avec l’Arménie sur le pétrole et l’uranium, accords qui pourraient également viser à terme la main mise russe sur cette nouvelle autoroute du gaz.
La section de 40 kilomètres du pipeline traversant le région du sud-est Syunik devait initialement être mis en route en décembre. Des fonctionnaires arméniens ont imputé le retard au mauvais temps et à "des problèmes techniques" non spécifiés. Cependant, le côté iranien a fait savoir en janvier que le pipeline était presque complet et prêt pour commencer à pomper le gaz iranien.
II – Livraisons de gaz iranien à l’Arménie
Selon l’accord irano-arménien, l’Iran livrera 36 milliards de m3 de gaz naturel en Arménie pendant 20 ans. Les parties peuvent proroger l’accord de 5 ans et porter les exportations iraniennes à 47 milliards de m3 de gaz. Le gaz iranien sera transformé en électricité, exportée ensuite vers l’Iran ou utilisée en Arménie. Le diamètre du gazoduc (700 mm) pourrait être porté à 1500 mm ce qui permettrait d’augmenter sa capacité à 27-30 milliards de m3 de gaz par an.
Dans un premier temps l'Arménie recevra d'Iran environ 400 millions de m3 de gaz par an. Les livraisons devraient progressivement augmenter pour atteindre un rythme de 2,3 milliards de m3 par an.
Il fait suite à un projet signé en 1992 mais dont les travaux n'ont finalement débuté qu'en 2004. Les travaux de construction du gazoduc avaient repris de plus belle l'an dernier suite à la forte augmentation du prix du gaz russe. Le coût de la construction du gazoduc Iran-Arménie est estimé à 220-250 millions de dollars pour le tronçon iranien et à 120 millions pour le segment arménien. Le gazoduc court sur 150 kilomètres, alors que le projet initial était de 141 kilomètres.
La première tranche du tronçon arménien Megri-Kadjaran, long de 40 kilomètres, avait été mise en chantier le 30 novembre 2004. Pour financer les travaux l'Iran avait octroyé à l'Arménie un crédit de 28,2 millions de dollars remboursable en cinq ans après l'entrée en service du gazoduc. La deuxième tranche Kadjaran-Sissian-Djermouk-Ararat, longue de 150 kilomètres, est construite par la société iranienne Sanir.
La capacité du gazoduc, en regard de la récente augmentation des tarifs de la Russie et de l’intérêt croissant des Iraniens pour des exportations vers la Géorgie et ultérieurement via la mer Noire, serait néanmoins par trop limitée. Ce gazoduc a en effet été construit, sous la pression des Russes, à des dimensions (diamètre de 70 cm) qui lui permettront de répondre aux seuls besoins en gaz de l'Arménie. Impossible dès lors de l'utiliser pour exporter du gaz en Géorgie. Monsieur Poutine semble on ne peut plus prévoyant …
L'Arménie fait actuellement face à un embargo économique de la part de deux de ses voisins, l'Azerbaïdjan et la Turquie, en raison du conflit autour de l'enclave azerbaïdjanaise à majorité arménienne du Nagorny Karabakh et cherche à resserrer ses liens avec l'Iran afin de réduire son isolement.
III - Projet d'un 2eme gazoduc Iran-Arménie vers Pays Tiers
Un haut responsable iranien avait indiqué lors d'une visite à Erevan en septembre que son pays envisageait la construction deuxième gazoduc vers l'Arménie.
Le renforcement des relations entre l’Arménie et l’Iran découle des intérêts des deux pays et de toute la région, avait déclaré à la suite, le 12 décembre 2006, le premier ministre arménien, Andranik Markarian, lors d’un entretien avec le président du parlement iranien, Gholam-Ali Haddad-Adel, en visite officielle à Erevan. Au terme d’une rencontre avec le président de l’Assemblée nationale arménienne le président du parlement iranien a annoncé que l’Iran et l’Arménie envisageaient de construire un deuxième gazoduc reliant les deux pays. La construction de ce nouveau gazoduc viserait notamment à desservir l’Arménie, mais pourrait aussi servir à "transporter du gaz vers des pays tiers".
Ni la date de début des travaux ni leur coût n'ont été alors précisés.
IV – L’Arménie inquiète d’une possible attaque US en Iran
"Du point de vue de la coopération dans la sphère de transport et de la communication et de la coopération dans la sphère énergétique entre l’Arménie et l’Iran, les opérations militaires possibles des États- Unis contre l’Iran peuvent poser de grands problèmes économiques pour l’Arménie. " a indiqué récemment Armen Ashotian, Député à l’Assemblée Nationale d’Arménie. Parmi les projets qui seraient alors mis tout particulièrement en danger : le gazoduc Iran-Arménie, la troisième ligne à haute tension construite entre l’Arménie et l’Iran, la construction de la nouvelle centrale hydroélectrique de Meghri sur la frontière Arméno- Iranienne. L’Arménie se trouverait aujourd’hui dans une situation très complexe, car sa coopération économique avec les USA se développe assez intensivement.
"La question du conflit possible entre l’Iran et les États-Unis a été également mentionnée par le scientifique politique Levon Melik- Shahnazarian. "Aujourd’hui un coup militaire des États-Unis contre l’Iran devient inévitable selon lui et le gouvernement arménien devrait tout faire pour affaiblir les conséquences de cette guerre pour l’Arménie.
En ce qui concerne l’opération militaire contre l’Iran elle-même, M. Melik-Shahnazarian fait état de trois possibilités envisagées par Washington. La première possibilité consiste en les frappes de haute précision sur les installations militaires de l’Iran. La seconde est de semer un désaccord dans la société multiethnique de l’Iran. Pour cela, il n’est pas exclu qu’il sera employée le facteur de la population Turcophone d’Iran, qui est de 12 à 16 millions. La troisième variante, d’après lui, c’est l’invasion terrestre de l’Iran, ce qui est, selon l’expert, improbable.
Une récente déclaration du lieutenant-général Henry Obering, chef de l’Agence américaine des missiles de la Défense, selon lequel un système de défense radar anti-missiles au Caucase Sud serait « utile, mais pas essentiel », a alimenté l’inquiétude de l’Arménie. L’opinion arménienne a, en grande partie, interprété les termes de M. Obering comme un autre signe des tensions croissantes dans la région et comme un avertissement de Washington, avec l’intention de s’opposer non seulement à l’Iran, mais aussi à la Russie. Sur les trois Etats du Caucase, l’Arménie est le seul à avoir clairement exprimé son opposition à la perspective d’un tel déploiement.
V – Le projet US d’installer l’ABM dans le Caucase inquiète l’Arménie
La proposition américaine d’installer dans le Caucase un radar de son bouclier antimissile inquiète l’Arménie. Si le projet de l’agence américaine de défense antimissile ne précise pas vers quel pays caucasien se porterait son choix, ce ne sera sûrement pas dans ce pays enclavé, voisin de l’Iran et de la Géorgie et également frontalier de l’Azerbaïdjan et de la Turquie.
Autant dire qu’"il n’est pas dans notre intérêt de créer de nouvelles lignes de divisions dans une région instable", explique au Monde Serge Sarkissian, ministre de la défense de l’Arménie, lors d’une visite à Paris, mardi 13 et mercredi 14 mars. "Nous n’avons d’ailleurs pas reçu de proposition américaine", ajoute le ministre.
Si cette ancienne république soviétique entend pourtant préserver ses relations avec Washington, elle n’a surtout aucun intérêt à froisser son allié russe, par ailleurs fournisseur énergétique. Or Moscou a très tôt fait savoir sa ferme opposition au projet américain d’agrandissement de son bouclier avec l’installation d’éléments de défense en République tchèque et en Pologne.
Cerise sur le gâteau, l’Arménie entretient des relations privilégiées avec Téhéran. Or le bouclier antimissile servirait à protéger les Etats-Unis contre une attaque de missiles balistiques de longue portée tirés par ce que Washington définit comme des "Etats-voyous", parmi lesquels l’Iran, partenaire économique essentiel pour l’Arménie, dépourvue de toute ressource énergétique.
Sources : Eurasianet,Armenews, AFP, Le Monde
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2 Commentaires
1
un resume de la situation economique du monde sur immoboum " bientot un nouveau 1929 " . le scenarion catastrophe n'est pas loin malheureusement .
20 mars 2007 à 11:082
C'est vrai qu'à lire la presse caucasienne, et la presse arménienne en particulier , cela ne présage rien de bon
20 mars 2007 à 11:19Ajoutez un commentaire
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