L'Azerbaidjan nargue une nouvelle fois la Russie.
Si elle avait pu user du chantage lié au transit du pétrole, cette fois ci le pays va encore plus loin en attaquant la Russie sur ce qu'elle a de plus cher : le fabuleux marché de l'approvisionnement en gaz de l'Europe.
L'Azerbaïdjan, pays du Caucase riche en hydrocarbures, prévoit de commencer à vendre du gaz à l'Europe d'ici à la fin de l'année, a annoncé vendredi le président azerbaïdjanais Ilham Aliev. L'UE qui tente autant que faire se peut de s'affranchir de la main mise de Poutine sur ses importations en gaz, pourrait y trouver une alternative alléchante.
I – Exportation prévue de gaz vers l'Europe
"Du gaz sera exporté vers l'Europe via le gazoduc Bakou-Tbilissi-Erzerum d'ici à la fin de l'année" 2007, a déclaré M. Aliev après une rencontre avec son homologue polonais Lech Kaczynski. "Le marché européen nous intéresse. Nous somme prêts à coopérer avec la Pologne sur cette question", a ajouté le président azerbaïdjanais.
La Pologne.... tout un programme qui risque décidément d'être dur à avaler pour Poutine, alors que Varsovie tente également de s'affranchir du gaz russe et s'alerte de la mise en oeuvre prochaine du gazoduc sous la Baltique, qui pourrait à permettre à Poutine de bloquer les approvisionnements de la Pologne sans gêner ses voisins européens. Le président polonais s'est rendu plutôt cette semaine au Kazakhstan pour discuter avec son homologue kazakh Noursoultan Nazarbaïev d'éventuelles livraisons de pétrole vers la Pologne. Lech Kaczynski a invité les présidents de l'Azerbaïdjan, du Kazakhstan, de la Géorgie et de l'Ukraine à un sommet consacré à l'énergie à Varsovie en mai. Cette dernière, qui dépend de la Russie pour près de 20% de sa consommation en gaz, cherche à diversifier ses sources d'approvisionnement. Le gazoduc Bakou-Tbilissi-Erzerum, ouvert depuis décembre, relie le champ gazier azerbaïdjanais Shah Deniz à la partie orientale de la Turquie, d'où il peut être acheminé en Europe. M. Aliev a souligné que le cadre de la coopération n'avait pas encore été élaboré, mais que l'infrastructure était en place pour exporter vers l'Europe.
II – L'Azerbaidjan : clé de l'indépendance énergétique ?
L'Azerbaïdjan augmente actuellement ses livraisons de gaz à la Géorgie, dont le gouvernement espère lui aussi pouvoir réduire autant que faire se peut ses importations d'hydrocarbures russes. Bakou consolide ainsi une alliance scellée par la construction ces deux dernières années sous la houlette de l'Occident d'un couloir d'oléoducs et de gazoducs allant de Bakou à la Turquie en traversant la Géorgie.
Riche en pétrole et en gaz, inondée de pétrodollars, l'ex-république soviétique d'Azerbaïdjan est une pièce maîtresse dans la stratégie de l'Occident pour réduire sa dépendance énergétique à l'égard de la Russie. Le pays, qui puise ses hydrocarbures dans la mer Caspienne, est un fournisseur clé pour les pays occidentaux, auquel il est relié depuis peu par l'oléoduc BTC (Bakou-Tbilissi-Ceyhan). Celui-ci contourne la Russie et lui permet de livrer son brut en Turquie et au-delà.
Comme d'autres ex-républiques soviétiques, ce petit pays du sud du Caucase dépendait jusqu'à cette année de Gazprom qui assurait un tiers de son approvisionnement. Mais, confronté lors du passage à la nouvelle année à un doublement du tarif exigé par le géant gazier russe, Bakou a décidé de rompre toutes relations commerciales avec Gazprom. En conséquence, l'Azerbaïdjan produit désormais tout son gaz à l'exception d'une petite quantité fournie par l'Iran à la province isolée du Nakhitchevan.
A plus long terme, l'Azerbaïdjan envisage un gazoduc sous la mer Caspienne qui acheminerait directement les gigantesques réserves de gaz du Turkménistan et même de l'Ouzbékistan. "Il va y avoir de la concurrence et la Russie va devoir baisser ses prix", clame M.Hassanov.
Ali Hassanov, proche conseiller du président Ilham Aliev, expose ainsi sa vision d'un Azerbaïdjan à présent libéré de l'influence du géant gazier russe Gazprom et libérant à son tour l'Europe sous l'oeil bienveillant de l'allié américain : "L'Europe ne doit pas dépendre uniquement de l'énergie russe. "Nous proposons une nouvelle route qui relierait l'Azerbaïdjan, le Kazakhstan et le Turkménistan, trois pays riches en hydrocarbures".
Le 22 mars, la secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice a signé un accord avec l'Azerbaïdjan visant à promouvoir la construction de nouveaux oléoducs et gazoducs capables de faire concurrence à la Russie.
III – Productions et exportations d'hydrocarbures de l'Azerbaidjan
Selon les prévisions des experts internationaux les exportations gazières de l’Azerbaïdjan pourraient s’élever à quelques 20 milliards de m3 en 2012 et 30 milliards en 2016, pour une production d’environ 40 milliards de m3 à la même époque. Les recherches actuelles laissent espérer des réserves estimées à 1,4 trillion de m3 .
L'Azerbaïdjan prévoit par ailleurs d'augmenter sa production de pétrole à des niveaux record cette année, avant de la doubler en 2010 à 65 millions de tonnes, par rapport à 2006, a déclaré mercredi le ministre de l'Energie Natiq Aliyev lors d'une conférence de presse. L'Azerbaïdjan a atteint son plus haut niveau de production de toute son histoire pétrolière et prévoit de dépasser ce niveau en 2007 avec (une production) de jusqu'à 42 millions de tonnes", a-t-il déclaré.
En 2006, cette ancienne république soviétique du Caucase avait extrait 32 millions de tonnes de brut, a-t-il indiqué. En 2010, ce chiffre devrait grimper à 65 millions de tonnes, soit bien plus que les prévisions initiales du pays (50 millions de tonnes), a-t-il dit.
La production de gaz naturel devrait atteindre 30 milliards de mètres cubes en 2010, selon le ministre.
Néanmoins la pauvreté de la majeure partie de sa population et la répression parfois meurtrière de l'opposition pourraient bien être un facteur de déstabilisation du pays, malgré une croissance de 34,5% du PIB l'an dernier, estiment analystes et critiques. Ville de contrastes, Bakou porte les marques des pétro-dollars tout en affichant les affres d'une pauvreté endémique. Les sous-sols gorgés d'or noir profitent aux uns. Les autres, la grande majorité, connaissent l'odeur âcre du pétrole brut.
IV – Un pays géographiquement proche de l'Iran
L'Azerbaïdjan est aussi courtisé pour sa qualité de pays musulman pro-américain frontalier de l'Iran même s'il a officiellement protesté contre la violation de son espace aérien par les cinq hélicoptères qui accompagnaient le président Iranien Mahmoud Ahmadinejad. Elchin Guliyev, qui dirige la police des frontières d’Azerbaïdjan, annonce que l'incident a eu lieu le 22 février dernier.
Un porte-parole de l’ambassade d’iran en Azerbaïdjan, Majid Feizullai, a declare à qu’Ahmadinejad se rendait ce jour-là à Astara, une ville située au nord-ouest de l’Iran, près de la frontière de l’Azerbaïdjan.
Les relations entre Bakou and Téhéran sont difficiles depuis la fin de l’Union soviétique en 1991, du fait de désaccords sur les gisements pétroliers de la Caspienne et du statut de l’importante minorité d’origine azérie résidant en Iran, qui regroupe 15 à 30 millions de personnes selon les estimations.
Sources : AFP, Russomania.com , Caucaz.com
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2 Commentaires
1
Merveilleux résumé
Cela souligne aussi la place vitale et le rôle géopolitique de la Turquie dans la sécurité énergétique européenne et toute son influence dans l'asie centrale.
Rôles qui seront probablement décisif pour l'équilibre de nos voisins.
01 avril 2007 à 11:192
Merci beaucoup ! oui, je trouve que nos "politiques" oublient bcp trop la place stratégique de la Turquie !!
01 avril 2007 à 11:50Ajoutez un commentaire
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