Enfin, pourrait-on dire ! Démentant le célèbre dicton accordant à Lagardère une certaine réactivité et un don pour la répartie, il aura tout de même fallu plusieurs jours pour voir s'exprimer l'un des importants actionnaires français d'EADS.
Le groupe Lagardère semble désormais réagir – poussé par quelques pressions gouvernementales ? affirmant tout à la fois ne pas vouloir réduire davantage sa participation, et s'engageant à réinvestir dans EADS tout dividende éventuel qui serait versé aux actionnaires.
Le groupe Lagardère, actionnaire privé français et co-président du conseil d'administration d'EADS, "n'est pas favorable" à une augmentation de capital du groupe européen d'aéronautique et de défense et ne compte pas réduire davantage sa participation, descendue de 15% à 7,5%, a déclaré son PDG Arnaud Lagardère lundi.
Le groupe Lagardère, dont la participation est en cours de réduction de 15% à 7,5%, représente les intérêts français dans EADS au sein de la Sogeade, holding où il est associé à l'Etat qui détient 15%. La Sogeade est liée par un pacte d'actionnaires au groupe allemand DaimlerChrysler qui détient 15% aux côtés d'investisseurs privés et publics allemands détenant 7,5%. Le reste du capital est coté en Bourse.
"La part de 7,5% qui nous appartient encore n'est pas à vendre. On ne quitte pas le navire dans la tempête", a souligné M. Lagardère, en affirmant son appui au plan de restructuration Power8 annoncé le 28 février et au président d'Airbus, Louis Gallois. Enfin ...
Mais cette position est justifiée notamment par l'annonce faite par le Qatar selon laquelle cet important pays producteur de gaz aurait engagé des discussions avec EADS, la maison mère d'Airbus, en vue de l'acquisition d'une participation susceptible d'atteindre 10% dans le groupe européen d'aéronautique, de défense et d'espace.
"Les Qataris sont nos amis, des amis d'EADS, ce sont des très grands clients, tous les actionnaires sont les bienvenus", a déclaré Arnaud Lagardère, ajoutant toutefois qu'il n'y avait "pas de raison de changer le pacte d'actionnaires par rapport à eux".
Estimant qu'il était impossible actuellement de se faire entendre dans le dossier Airbus, ce dernier devenant un véritable enjeu électoral, Arnaud Lagardère a tenu à souligner que son silence ne signifiait pas qu'il se désintéressait de la question. "Ce n'est pas parce que je ne me suis pas exprimé que je ne joue pas mon rôle au sein du conseil d'EADS (...). Je continuerai à jouer mon rôle au sein du pacte d'actionnaires", a-t-il ajouté. Au sujet de ce pacte d'actionnaires, qui fixe la parité franco-allemande au sein d'EADS, Arnaud Lagardère se dit prêt à faire des changements, notant qu'il demanderait un rendez-vous à ce sujet au prochain président de la République.
Arnaud Lagardère a également jugé que les régions françaises seraient mieux inspirées d'investir dans les sous-traitants aéronautiques plutôt que de vouloir prendre une part directement dans EADS, comme elles en ont récemment exprimé l'intention. "Ce serait formidable que les régions investissent dans les sous-traitants ou dans les entreprises qui ont besoin d'argent. Investir dans EADS pour avoir 2% ou 3% ne leur apporterait rien", a-t-il ainsi déclaré. "C'est cela qui serait formidable, ce serait le vrai rôle souverain et légitime de l'Etat", a ajouté Arnaud Lagardère, qualifiant l'hypothèse d'une entrée des régions françaises dans EADS de "gâchis".
"Lagardère mettra en place un système pour que le dividende qui lui reviendrait reste dans l'entreprise EADS" si le conseil d'administration d'EADS propose de verser un dividende pour 2006 a par ailleurs déclaré Arnaud Lagardère en présentant les résultats 2006 de son groupe.
Arnaud Lagardère a en revanche refusé de condamner l'idée même de verser un dividende au titre de 2006 en raison des difficultés d'Airbus dont les pertes (572 millions d'euros) ont plombé les comptes d'EADS ramenant son bénéfice net pour 2006 à 99 millions d'euros contre 1,67 milliard un an auparavant.
Le Premier ministre français Dominique de Villepin s'est notamment dressé contre le versement d'un dividende en opposant la logique industrielle à la logique financière.
"Au conseil d'administration, nous représentons tous les actionnaires, il y a beaucoup de petits porteurs dans le monde entier qui ont beaucoup souffert, il y a des salariés d'Airbus et d'EADS, ils ne sont peut-être pas de l'avis de renoncer au dividende", a-t-il déclaré.
Selon les chiffres communiqués lundi par le groupe, les bénéfices de Lagardère se sont littéralement effondrés en 2006 par rapport à 2005, en raison notamment d'une chute de la contribution de sa filiale EADS. Le bénéfice net part du groupe du groupe s'est établi à 291 millions d'euros en 2006, contre 670 M EUR en 2005, soit une chute de 56,6%. La contribution du groupe de défense et d'aéronautique EADS au résultat net de Lagardère a reculé à 23 millions d'euros, contre 266 millions en 2005.
Hors EADS, le bénéfice net part du groupe s'est élevé à 268 millions d'euros, contre 404 millions en 2005.
Pour 2006, le groupe propose de verser un dividende de 1,20 euro par action, contre 1,10 euro en 2005. "Cette proposition reflète la bonne santé financière ainsi que la confiance de Lagardère SCA en ses performances futures", a déclaré Lagardère. Souhaitons que ses espérances se confirment.
Sources : AFP, Reuters
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