Si le candidat à l'UMP à l'election présidentielle, Nicolas Sarkozy a pu laissé sous entendre lundi que GDF pourrait s'associer à Sonatrach au lieu de poursuivre le processus de fusion actuellement en cours avec Suez, la réalité serait autre à en croire Jean-François Cirelli, PDG de Gaz de France.
Enfonçant le clou et remettant en quelque sorte les différents acteurs à leur place, ce dernier a même précisé que son groupe n'avait pas de projet d'alliance capitalistique avec un fournisseur.
I – Cirelli : pas d'alliance en vue avec Sonatrach
Gaz de France n'a "pas pour projet" de nouer une alliance capitalistique avec un fournisseur de gaz comme le groupe algérien Sonatrach, a déclaré mardi son PDG, Jean-François Cirelli, lors d'une conférence de presse.
"Nous avons un principe, qui est que tout ce qui nous rapproche avec nos fournisseurs est bon", a commenté M. Cirelli, soulignant que GDF "a des relations fortes" avec ses fournisseurs Sonatrach ou Gazprom. "Mais ce n'est pas notre projet (de nouer) une alliance capitalistique avec un fournisseur", a-t-il ajouté.
Remettant les choses au clair, M. Cirelli a précisé que sa "responsabilité en tant que président de Gaz de France, était de préparer la fusion avec Suez". "Le projet de fusion a pour vocation d'accélérer le développement de Gaz de France et ne remet pas en cause la solidité de notre projet de développement", a-t-il ajouté.
II – Sarkozy pour un accord avec Sonatrach à la place d'une fusion avec Suez
Alors que Poutine défend ouvertement le candidat UMP, selon l'ancien ministre de l'Industrie Patrick Devedjian, proche du candidat à la présidentielle Nicolas Sarkozy, ce dernier privilégie un partenariat entre GDF et le producteur de gaz algérien Sonatrach à une fusion avec Suez, afin de "sécuriser l'approvisionnement de la France" en gaz.
La configuration évoquée par Nicolas Sarkozy supposerait des liens capitalistiques entre le géant algérien des hydrocarbures et GDF, qui n'aurait pas besoin ainsi d'être privatisé, a expliqué M. Devedjian dans Le Monde daté de mardi.
Pour rappel, cependant la Russie et l'Algérie ont récemment mis les gaz ensemble, provoquant de vives inquiétudes de la part de l'UE, et envisageraient de bâtir conjointement les prémices d'une OPEP du gaz.
Nicolas Sarkozy avait déjà indiqué jeudi sur France 2 que s'il était élu à la présidence de la République, il "pourrait réfléchir (...) si Gaz de France-Suez ou Gaz de France seul (...) n'auraient pas intérêt à se tourner du côté des producteurs de gaz pour faire une grande entreprise qui produirait du gaz et le commercialiserait".
Le président algérien Abdelaziz Bouteflika a pour sa part estimé qu'il ne fallait "pas rejeter a priori" l'idée d'une Opep du gaz, dans un entretien au quotidien espagnol El Pais paru mardi. Le président algérien se démarque ainsi de son ministre de l'Energie, Chakib Khelil, qui avait estimé le 7 février à Madrid qu'une "Opep du gaz" n'était "pas possible" car "toutes les ventes se font dans le cadre de contrats à long terme".
Le président russe Vladimir Poutine avait qualifié le 1er février d'"intéressante" l'idée d'une "Opep du gaz", alors que les experts pensent que sa mise en oeuvre est impossible en raison des spécificités du marché du gaz.
III - Le PDG de GDF souhaite la publication rapide du décret de privatisation
En vue de pouvoir clore enfin tous les débats et minimiser ainsi les "risques" d'un éventuel revirement de tendance que pourrait engendrer une victoire du candidat Sarkozy, Jean-François Cirelli a déclaré mardi que le décret de privatisation de Gaz de France (GDF) devra être publié "dans les prochaines semaines" pour permettre le respect du calendrier de fusion avec Suez.
"Nous en avons besoin dans les prochaines semaines. Si le décret de privatisation prenait quelque retard, cela nous contraindra à décaler notre calendrier" de "quelques jours ou quelques semaines", a ajouté M. Cirelli lors d'une conférence de presse, rappelant qu'une assemblée générale des actionnaires de son groupe était prévue pour le 25 juin.
Pour l'instant, le décret d'application de la privatisation du groupe gazier français, voté en novembre, n'a toujours pas été signé par Matignon.
Le ministre de l'Economie Thierry Breton a indiqué lundi dans une interview au quotidien économique Les Echos que son "objectif" était que "tous les décrets d'application de la loi sur l'énergie, y compris ceux concernant GDF, soient pris dès qu'ils seront techniquement prêts, c'est-à-dire dans quelques semaines".
La France sera ainsi "à même d'ouvrir à la concurrence dans de bonnes conditions son marché de l'électricité et du gaz le 1er juillet comme prévu", selon M. Breton.
Gaz de France et Suez ont prévu de réunir leurs assemblées générales extraordinaires approuvant la fusion respectivement le 25 et le 21 juin. Ils devront réunir leurs conseils d'administration pour valider le traité de fusion au moins un mois plus tôt.
Le décret de privatisation de GDF, prérequis à toute alliance avec Suez, n'implique pas de facto l'opértaion de fusion, qui demeure suspendue à la stratégie du futur gouvernement en la matière.
Source : AFP
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