Alors que les compagnies pétrolières russes (Gazprom) et brésiliennes (Petrobras) affichent des résultats fabuleux et que les résultats de Total annoncés mercredi devraient encore battre des records, l'association de consommateurs UFC-Que Choisir a demandé à nouveau mardi l'instauration d'une taxe "d'un milliard d'euros par an pendant cinq ans" sur les profits des groupes pétroliers.
La candidate socialiste Ségolène Royal a fait une proposition similaire dimanche à Villepinte en souhaitant "un prélèvement exceptionnel sur les super-profits des sociétés pétrolières" pour financer les transports collectifs et l'isolation des logements.
I – La taxe sur les super-profits pétroliers de nouveau sur le tapis
La taxe exceptionnelle, réclamée par l'UFC depuis décembre 2005, "contribuerait au financement d'un plan Marshall pétrole", pour "aider les consommateurs à diminuer leur dépendance au pétrole", selon les arguments mis en avant par l'UFC. Ce plan "permettrait d’investir de 10 à 25 milliards d’euros sur 10 ans pour quatre axes prioritaires", explique l'Union des Consommateurs : "l’offre de transport collectif de proximité, l’aide à l’acquisition de moteurs économes, la relance du fret ferroviaire et la recherche développement dans les énergies alternatives".
La taxe de l'UFC concernerait essentiellement Total, qui détient la moitié des raffineries françaises (6 sur 12), reconnaît l'association. Pour les autres "majors" du pétrole présents en France comme les britanniques Shell et BP, ou l'américain ExxonMobil (marque Esso), "il est très difficile de connaître la part de leurs bénéfices réalisés en France", estime l'UFC. Ce qui laisserait tout de même penser que c'est bien avant tout le groupe pétrolier français qui est visé, représentant très certainement pour l'organisation le « monstre du Kapitalisme ».
L'UFC, qui a mené une nouvelle étude sur le sujet, réfute l'argument avancé l'année dernière par Total, selon lequel "la France ne représente que 5% des profits de Total". Elle reproche à Total et au ministre de l'Economie Thierry Breton, qui a repris cet argument, d'avoir "menti". Pour aboutir au chiffre de 5%, "Total n’a pris en compte que les activités qui sont physiquement localisées en France, telles que le raffinage et la distribution", fait valoir l'UFC. En France, Total détenait fin 2005, outre ses six raffineries (54,5% des capacités de production françaises), 5.459 stations service (sur un total de plus de 13.000).
Les profits de l’amont, soit l’exploration-production, située à l’étranger, "sont intégralement exclus du calcul", s'indigne l'UFC, alors que le consommateur français qui achète du carburant ou du fioul provenant d’une production amont de Total paye, dans le prix "l'ensemble de la chaîne de valeur et des activités". Pour l'association, Total réalise en fait "entre 18 et 20% de ses bénéfices en France, soit pour 2005 près de 2,7 milliards d'euros" et Total ne peut "plus contester la cohérence de cette taxe exceptionnelle".
L'UFC précise que la taxe "devrait représenter chaque année un prélèvement de moins de 10% sur les profits mondiaux de Total". Tout de même, on n'y va pas de mains mortes à l'UFC. Mais j'y suis, c'est peut-être ni plus, ni moins pour financer les propositions royales de "notre" Ségolène ?
Le groupe pétrolier plaide quant à lui qu'il "paie déjà des taxes et des impôts à l'étranger" sur les activités qu'il y mène. Mais en réponse, l'UFC affirme au contraire que la nécessité de cette taxe "ne fait que s’accroître", alors que "les consommateurs font face à une explosion de leur facture pétrolière", qui a augmenté de 267 euros par ménage et par an entre 2003 et 2006. Je serai tout de même curieuse de connaître les éléments servant de base au calcul.
Par ailleurs, ajoute l'UFC, un impôt exceptionnel sur les profits pétroliers ne serait pas une exception française. "Les Britanniques et les Chinois ont augmenté leur taxe, la Chambre des représentants américains envisage aussi de modifier la fiscalité pour les groupes pétroliers", indique François Carlier, directeur adjoint des études et de la communication à l'UFC.
II – Profit record prévu pour Total en 2006
Le groupe pétrolier français Total devrait annoncer mercredi un nouveau bénéfice net record en 2006 selon les prévisions des analystes du secteur. Le bénéfice net devrait s'établir à 12,551 milliards d'euros, en hausse de 2,27%, selon le consensus d'analystes établi par Thomson Financial.
En 2005, Total avait dégagé un bénéfice net record de 12,273 milliards d'euros, en progression de 13%, et un bénéfice net ajusté de 12,003 milliards (+31%), grâce à la flambée des prix du pétrole brut sur les marchés mondiaux.
Pour le seul quatrième trimestre 2006, le résultat net est attendu à 2,444 milliards d'euros, en hausse de 4,4% par rapport aux 2,341 milliards de la même période de 2005. Le chiffre d'affaires devrait, lui, progresser très légèrement de 0,32%, à 143,621 milliards, contre 143,168 milliards en 2005. Quant au résultat opérationnel, il devrait s'élever à 25,059 milliards, contre 24,047 milliards en 2005 (+4,2%).
Au-delà des résultats, le marché devrait être surtout concentré sur les perspectives 2007, l'évolution des dépenses en investissements et les objectifs en termes de production et de renouvellement des réserves, selon les analystes.
Le quatrième trimestre devrait confirmer, après le point bas atteint au deuxième trimestre (-8,6% à 2,290 millions de barils par jour,) que la production est « à nouveau sur les rails » par rapport au troisième trimestre, souligne la Société Générale dans une note à ses clients. Le démarrage de la production sur le champ Dalia en Angola à la mi-décembre est en effet un succès prometteur.
Au quatrième trimestre, les bénéfices devraient cependant être grevés par une "hausse des coûts" et "de plus grandes dépenses d'exploration" dans l'amont, ainsi que par une "baisse des marges de raffinage" dans l'aval, selon la Société Générale. Mais, estime-t-elle, "la croissance des volumes de production devrait avoisiner les 7% en 2007, et dépasser 3,5% par an en moyenne sur la période 2005-2010".
Le groupe avait indiqué en novembre s'attendre "à entrer dans une forte période de croissance", tirée notamment par la mise en route de Dalia. Il avait maintenu sa perspective de "croissance des productions de 4% par an en moyenne sur 2005-2010".
Au troisième trimestre 2006, Total a connu un brusque coup d'arrêt à la croissance de ses bénéfices trimestriels (-34% à 2,419 milliards), notamment à cause du ralentissement des prix du pétrole et de la baisse des volumes produits (-5,5%).
III - Gazprom: bénéfice net en hausse de 96,72% sur 9 mois 2006
Le géant gazier russe Gazprom a quasiment doublé son bénéfice net sur les neuf premiers mois de 2006, à 13,43 milliards d'euros, soit une hausse de 96,72%, a-t-il indiqué mardi dans un communiqué.
Son chiffre d'affaires sur la même période s'élève à 1.581,328 milliards de roubles soit 46,15 milliards d'euros. Il est en hausse de 75,26% selon ces résultats publiés selon les normes comptables internationales.
Sur le seul troisième trimestre, le bénéfice net de Gazprom s'établit donc à 3,74 milliards d'euros, contre 2,33 milliards d'euros sur la même période de l'année 2005 (soit une hausse de 60,51%).
Gazprom précise dans son communiqué que l'acquisition en octobre 2005 du groupe Sibneft (devenu en juin 2006 Gazprom Neft) rend les comparaisons d'une année sur l'autre plus complexes. La flambée des cours du gaz et du pétrole expliquent en majeure partie ces résultats.
IV - Bénéfice record du brésilien Petrobras en 2006
La compagnie pétrolière brésilienne Petrobras a enregistré en 2006 un bénéfice record de 25,9 milliards de reals (11,8 mds USD au taux moyen de 2006), a indiqué mardi le directeur financier de l'entreprise, Almir Barbassa.
Ce résultat record --en hausse de 9% sur 2005-- est principalement dû à l'augmentation de 21% du prix du pétrole l'année dernière, ainsi qu'à la hausse de la production et du volume total vendu, a souligné M. Barbassa.
En 2006, la production de pétrole au Brésil a augmenté de 6% et celle des dérivés de 2%.
Le chiffre d'affaires a progressé de 16% à 158 milliards de reals (72,4 milliards de dollars).
Source : AFP
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7 Commentaires
1
Une taxe exceptionnelle "affaiblirait" Total, estime Mme Parisot (Medef)
AFP 17.02.07 | 14h37
Une taxe exceptionnelle sur les profits records enregistrés par Total "affaiblirait" celui-ci par rapport à ses concurrents, a estimé samedi la présidente du patronat français Laurence Parisot, pour qui ces profits doivent plutôt servir aux investissements du groupe pétrolier. "Quand Total fait des profits importants, il ne faut pas prendre les choses à l'envers, il faut d'abord s'en réjouir. C'est formidable que nous ayons en France quelques grandes entreprises comme Total, comme L'Oréal, qui sont des championnes du monde", a estimé Mme Parisot, présidente du Mouvement des entreprises de France (Medef), sur la radio RTL. "Une taxation de plus les affaiblirait en réalité par rapport à leurs concurrents internationaux" et par rapport à la nécessité "de se protéger de toute OPA hostile", a ajouté Mme Parisot. Mme Parisot était interrogée sur la proposition faite par l'association de consommateurs UFC-Que Choisir et par certains candidats à la présidentielle (Ségolène Royal pour le Parti socialiste, et Dominique Voynet pour les Verts) d'appliquer une taxe exceptionnelle aux profits pétroliers, après que Total a annoncé un bénéfice record de 12,5 milliards d'euros pour 2006. Par ailleurs, "Total est une entreprise énergétique, nous savons qu'il y a de ce point de vue là des défis gigantesques à relever", a souligné la présidente de l'organisation patronale, se disant "rassurée de voir que Total a des profits qui lui permettent de préparer les investissements de l'avenir".
17 février 2007 à 19:572
Quand une entreprise française se fait rachetée par une entreprise étrangère ( ex arcelor), les français viennent a crié au scandale. Et quand elle font des bénéfices au lieu de se rejouir, on est m'ecomptant. il ne faut pas oublié que les produits pétroliers sont deja taxés à plus de 50 %. il serait donc plus convenable de ce demandé que fait l'état avec ces taxes
18 février 2007 à 20:063
F. de Closets dans son livre "Plus encore" parle egalement de rémunérer davantage les salariés avec des actions . Mais selon lui , les syndicats seraient contre, le Grand Kapital étant pointé du doigt.
18 février 2007 à 20:27Pourtant, ce pourrait être des solutions alors que les salaires croient bcp moins vites que les dividendes, voire les cours de l'action.
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F. de Closets dans son livre "Plus encore" parle egalement de rémunérer davantage les salariés avec des actions . Mais selon lui , les syndicats seraient contre, le Grand Kapital étant pointé du doigt.
18 février 2007 à 20:27Pourtant, ce pourrait être des solutions alors que les salaires croient bcp moins vites que les dividendes, voire les cours de l'action.
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Trente-huit sur quarante des principales sociétés cotées en Bourse (le CAC40) ont maintenant publié leurs résultats pour 2006. En tout il y en a pour 95 milliards d’euros de bénéfices, pas très loin des 100 milliards quand on aura les derniers chiffres.
Les grands vainqueurs du palmarès sont les groupes financiers et d’assurance (26,4 milliards pour six sociétés) et ceux qui sont liées au cours du pétrole : Total est recordman avec 12,6 milliards, mais il y a aussi EDF et GDF.
35 à 40 % des bénéfices iront aux actionnaires.
18 mars 2007 à 18:416
et les salariés ? ... il vaudrait mieux pour eux qu'il soient aussi actionnaires
18 mars 2007 à 19:317
La façon la plus courante pour rénumérer les salariés pour les grandes entreprises est de racheter ses propres actions pour les revendre à leurs salariés avec un abondement.
18 mars 2007 à 19:42Cela a plusieurs effets : augmenter la valeur des actions sur le marché, justifier une politique de hausse salariale limitée et faire en sorte que les actionnaires soient aussi les salariés ce très utile en cas d'OPA.
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