Le groupe agro-alimentaire français Louis Dreyfus va doubler ses capacités de traitement de canne à sucre au Brésil et devenir le numéro deux du secteur, avec le rachat des activités éthanol et sucre du groupe Tavares de Melo.
Selon un projet élaboré en liaison avec le gouvernement brésilien et le groupe pétrolier Petrobras, le Brésil aurait les moyens de remplacer en vingt ans 10% de la consommation mondiale d'essence en multipliant par près de quinze sa production d'éthanol de canne à sucre, sans détruire la forêt amazonienne.
I – Louis Dreyfus se renforce au Brésil
La filiale brésilienne, Louis Dreyfus Commodities Bioenergia, vient de racheter quatre usines de transformation de la canne à sucre et une unité en construction. Le montant de la transaction n'a pas été révélé mais est estimé par les spécialistes du secteur autour de 476 millions de dollars.
Ces usines vont permettre à LDC de doubler dès la récolte en cours sa capacité de broyage. "Cette année nous allons traiter 11,8 millions de tonnes de canne à sucre. En 2009, nous devrions broyer 18,5 millions de tonnes dans huit unités industrielles", indique Bruno Melcher, directeur général de LD Commodities. "L'acquisition des quatre unités industrielles s'inscrit dans la décision du groupe d'investir dans le secteur du sucre et de l'alcool au Brésil, en particulier face aux projections de hausse de la demande d'éthanol sur les marchés intérieur et international", ajoute-t-il.
Louis Dreyfus est l'un des trois principaux négociants mondiaux de sucre brut et blanc, avec un volume annuel de plus de 2.5 millions de tonnes. Par ailleurs, Louis Dreyfus possède d'ores et déjà au Brésil trois usines produisant 450 000 tonnes de sucre et 150,000 mètres cubes d'alcool par an.
II – Le groupe Louis Dreyfus
Les activités principales du Groupe Louis Dreyfus sont le négoce international, la transformation et la commercialisation de matières premières agricoles et énergétiques. Par ailleurs, le Groupe intervient également dans l'armement maritime, le développement et l'exploitation d'infrastructures de télécommunications, ainsi que dans la promotion, et la gestion immobilières. Depuis 1851, le Groupe intervient sur les marchés internationaux de matières premières agricoles en vrac, en tant que négociant et distributeur, à travers un réseau de filiales implantées dans de nombreuses villes du monde.
Au fil du temps, Louis Dreyfus s'est révélé être l'un des négociants de céréales et oléagineux les plus importants au monde. De nos jours, le Groupe intervient notamment sur les marchés du maïs, de l'orge, du blé, du riz, du sorgho, du soja, du colza, du tournesol et des produits oléagineux.
Depuis quelques années, le chiffre d'affaires annuel brut du Groupe est proche de 20 milliards de dollars. Depuis sa création, le contrôle du Groupe est toujours resté entièrement entre les mains de la famille Louis Dreyfus.
III – L'éthanol en pleine expansion au Brésil
Le Brésil aurait les moyens de remplacer en vingt ans 10% de la consommation mondiale d'essence en multipliant par près de quinze sa production d'éthanol de canne à sucre. C'est en tout cas l'objectif d'un projet alliant le gouvernement et le pétrolier Petrobras qui prévoit de porter les exportations d'éthanol brésilien à 200 milliards de litres d'ici à 20 ans, alors que le Brésil en produit 17 milliards actuellement, dont quelque 3 milliards sont exportés. Selon les porteurs du dossier, le Brésil pourrait développer très fortement sa production d'éthanol sans détruire la forêt tropicale ni mordre sur les terres à vocation alimentaire.
«Le Brésil a une énorme quantité de terres disponibles, nous n'avons pas besoin de pénétrer en Amazonie ni d'entrer en compétition avec l'agriculture alimentaire», a souligné ainsi un brillant l'universitaire, membre du projet. «On peut le faire en occupant une petite partie des terres disponibles au Brésil, à l'exclusion de la forêt vierge, des zones protégées ou même des régions très en pente ou inadaptées», a-t-il assuré. Selon lui, il suffirait d'occuper 10% seulement des terres disponibles.
La culture de la canne à sucre occuperait ainsi moins de 30 millions d'hectares contre 5,6 millions actuellement, «une superficie qui n'est pas très significative», pour le spécialiste. Par comparaison, le soja occupe 20 millions d'hectares et l'élevage 200 millions ha.
Ce projet a été élaboré sur la base des techniques de production d'alcool actuellement utilisées au Brésil sans recourir à des technologies plus sophistiquées. «Pour produire ces quantités avec la technique de l'hydrolise, on aurait besoin d'à peine un tiers de la surface», a relevé l'universitaire.
Le projet prévoit l'extension de la culture de la canne sucre et la construction de distilleries dans pratiquement toutes les régions du Brésil, principalement dans le nord et le nord-est mais aussi dans le centre et le sud. En revanche dans l'Etat de Sao Paulo, la densité des usines à alcool est «déjà très élevée», a-t-il estimé.
Les investissements nécessaires s'élèveraient à près de 10 milliards de dollars pendant les 4 à 5 premières années et iraient ensuite en diminuant. «Sur les 7 à 8 dernières années, le retour (sur investissement) couvre les montants investis», a indiqué M. Cerqueira Leite.
Le Brésil est déjà le pionnier de l'éthanol, avec une production au coude à coude avec celle des Etats-Unis et des exportations qui le placent au premier rang mondial. Ce succès résulte de la commercialisation depuis 2003 de voitures fonctionnant via biocarburant, consommant soit de l'essence mélangée à 20-25% d'alcool soit de l'éthanol pur, dont le parc s'élève déjà à plus de 2,6 millions de véhicules.
IV - Partenariat USA/Brésil dans les biocarburants
Les Etats-Unis veulent conclure avec le Brésil un accord de partenariat sur les biocarburants afin d’élargir le marché de l’éthanol, a déclaré récemment à Sao Paulo le numéro trois du département d’Etat américain. L’éthanol peut devenir le «catalyseur» d’un partenariat renforcé entre les deux pays, a estimé Nicholas Burns, secrétaire d’Etat adjoint américain pour les Affaires politiques. «Nous devons oeuvrer à la mise en place d’un accord pour poursuivre les investissements en recherche et développement de sorte que les biocarburants soient encore plus efficaces qu’aujourd’hui», a déclaré M. Burns.
L’accord permettra également à d’autres pays de la région de «devenir producteurs de biocarburants» et favorisera la création d’un «marché» mondial de l’éthanol, véritable matière première, de façon à «élargir le marché» a-t-il poursuivi. Le responsable américain a souligné que les biocarburants étaient «une force de démocratisation dans le monde». «Nous ne sommes pas forcés d’être à la merci des producteurs de pétrole pour toujours», a-t-il souligné. «Nous ne sommes pas forcés d’être soumis à l’influence de pays (...) comme l’Iran et le Venezuela», a-t-il ajouté.
Par ailleurs, le président brésilien, Luiz Inacio Lula da Silva, a annoncé un ensemble de mesures pour doper le développement des biotechnologies au Brésil, pays qui abrite 20% de la biodiversité de la planète.
«Dans les 10 à 15 prochaines années, notre pays doit figurer parmi les 5 principaux pôles mondiaux de recherche, de création de services et de produits biotechnologiques», a déclaré le président Lula.
Le Brésil, champion mondial de l’éthanol de canne à sucre, veut «partager avec le monde cette porte de sortie au réchauffement global», sans abandonner sa politique de préservation qui a permis de réduire de 52% la déforestation en Amazonie depuis 2003, a-t-il dit.
V - Sucre: surplus de la production mondiale en 2006/07
Le marché mondial du sucre connaîtra un excédent de production de 7,2 millions de tonnes (Mt) pour la campagne 2006/07, a confirmé vendredi l'Organisation internationale du sucre (ISO) en mettant à jour ses estimations. Par rapport à ses prévisions du mois de novembre, l'ISO a revu en hausse de 1,9 million de tonnes (Mt) son estimation de production mondiale, à 160,2 Mt. Cette nouvelle estimation représente un bond de 4,91% de la production par rapport à la campagne précédente. L'organisation table parallèlement sur une consommation mondiale de 153 Mt, en hausse de 2,15% par rapport à 2005/06.
En novembre, l'ISO tablait sur une consommation de 152,49 Mt. Le groupe avait publié le 6 février son estimation de surproduction en 2006/07, mais sans chiffrer exactement les niveaux de l'offre et de la demande. En novembre, l'ISO ne tablait que sur un excédent de 5,8 Mt, et en septembre, de 2,17 Mt.
Sources : AFP, Reuters, L'Economiste
A lire également :
. Brésil-Petrobras : du pétrole à l'éthanol
. Le Brésil relève le pourcentage d'éthanol dans l'essence

8 Commentaires
1
Bonjour,
"Le Brésil aurait les moyens de remplacer en vingt ans 10% de la consommation mondiale d'essence en multipliant par près de quinze sa production d'éthanol de canne à sucre. C'est en tout cas l'objectif d'un projet alliant le gouvernement et le pétrolier Petrobras qui prévoit de porter les exportations d'éthanol brésilien à 200 milliards de litres d'ici à 20 ans"
Rapide calcul :
consommation france : 62,5 milliards de litres d’essence (essence et diesel) par an en France
pouvoir calorifique de l'éthanol de l'essence et du diesel source ADEME :
l'éthanol 21,31 Mj/l
le diesel 35,95 Mj/l
l'essence 32,39 Mj/l
Donc il faut environ 65% de litre d'éthanol en plus pour 1 litre de diesel et 57% de litre d'ethanol en plus pour 1 litre d'essence.
Donc 200 milliards de litres d'éthanol égal 125 milliards de litres de carburant (essence et diesel)
C'est la consommation de 2 fois la france, donc ce n'est pas 10 % mais plutot moins de 5% de la consommation mondiale apres il faut aller ni**** toute la foret.
17 février 2007 à 12:422
200 milliards de litres d'éthanol c'est l'équivalent de 2,2 million de baril par jours.
17 février 2007 à 14:553
2,2 million de baril par jours de pétrole
17 février 2007 à 14:564
merci de vos commentaires, car j'ai volontairement rajouté "C'est en tout cas l'objectif d'un projet " ... car la plupart de la presse le prend comme argent comptant.
Merci pour la démo, édifiante.
17 février 2007 à 15:085
Pouvoir calorifique ... bravo.
Manquent la quantité de polluants (devrait devenir un réflexe) et la classification "renouvelable".
Suggestion : carburez ces carburants dans votre garage et regardez avec lequel vous sortez vivant ... pour la planête ce n'est qu'une question d'échelle. Bonne mère !
Ceci dit comme d'hab bravo pour cette info "raffinée".
17 février 2007 à 16:536
Un nouveau moteur adapté à n'importe quel type de carburants :
... (essence, gaz naturel, hydrogène ou éthanol) en énergie électrique, sans les pertes de rendement habituellement rencontrées ...
http://www.futura-sciences.com/news-nouveau-moteur-adapte-n-importe-quel-type-carburants_10375.php
17 février 2007 à 17:277
C'est une bonne nouvelle, si le Brésil peut augmenter de façon importante sa prodution d'éthanol, sans toucher à la forêt amazonienne, c'est bien.
De plus, la récolte de canne à sucre se fait encore en grande partie à la main. C'est un travail dur, mais assez bien payé, par rapport à d'autre salaires du pays. Le chomage, très important dans le pays devrait baisser.
Pour les polluants dont parle Francis, je ne connais pas la quantité d'insecticides/engrais qu'il mettent pour la canne à sucre.
19 février 2007 à 15:25Pour la transformation de la canne à sucre en alcool, ça demande très peu d'éneragie (autre que la canne à sucre). Il y a donc un très bon ratio "énergie dans 1L d'alcool"/"énergie nécessaire à produire 1L d'alcool".
8
"Pour la transformation de la canne à sucre en alcool, ça demande très peu d'éneragie (autre que la canne à sucre)." : c'est effectivement une bonne nouvelle !
20 février 2007 à 10:50Ajoutez un commentaire
Merci de consulter notre charte de modération avant de poster votre commentaire.