«Moscou défend le candidat Sarkozy... et ses intérêts | Accueil | Renault : une usine en Inde avec Nissan et Mahindra »

L'Indonésie s'investit dans les bio-carburants

Indonesiadupont_bioethanol_tamiPour tenter de faire face à d'importantes difficultés en terme de pauvreté et de chômage, l'Indonésie mise à fond sur les biocarburants via des investissement massifs, surtout étranger, dans les plantations produisant ce type de cultures.

Néanmoins les ONG s'alertent d'éventuelles conséquences néfastes pour l'environnement, remettant également en cause l'intérêt de l'utilisation de ces nouveaux carburants pour l'avenir de la planète, leur production pouvant même polluer beaucoup plus qu'estimé de prime abord.

I – Appel à l'investissement

Le gouvernement de Jakarta affirme avoir déjà reçu des promesses d'investissements équivalant à 17 milliards de dollars, au grand dam des écologistes inquiets pour les forêts de l'archipel indonésien. Des firmes nationales et étrangères ont conclu le mois dernier des accords totalisant 12,4 milliards de dollars. Dupont de Nemours est d'ailleurs extrêmement moteur sur le sujet.

Cet immense pays long de 5.000 kilomètres est en passe de devenir le premier producteur mondial d'huile de palme, mais ne compte pas s'arrêter à cette monoculture et veut développer d'autres essences : jatropha (surnommé "l'or vert du désert"), manioc, canne à sucre.

Doté d'un climat équatorial plus ou moins humide, l'Indonésie a le potentiel pour devenir un des principaux exportateurs de carburants "verts".

II – Le jatropha : un nouvel or vert

Les pays émergents espèrent en effet avoir trouvé la source providentielle via un nouveau bio-carburant à moindre coût dénommé: le jatropha, un arbuste à fleurs rouges qui prolifère dans les zones semi-arides.

A New Delhi, l'Institut de l'énergie et des ressources (TERI), centre de recherche spécialisé dans les biotechnologies, a lancé un programme de 9,4 millions de dollars sur dix ans afin de faire passer cette culture, encore artisanale, au stade intensif. Il y a seulement cinq ans, le jatropha ne présentait quasiment aucun intérêt, mais, avec la flambée des prix du pétrole, sa culture est soudain devenue très attractive. L'arbuste, très résistant, donne annuellement et pendant plus de trente ans 2 à 3 kg de fruits dont est tirée une huile facile à transformer en biodiesel. Chaque graine contient environ 35 % d'huile. Huit kilos de récolte permettent de produire plus de 2 litres de biocarburant. D'ici à mars 2008, les chercheurs espèrent convaincre des milliers d'agriculteurs de participer à un test grandeur nature sur 8 000 hectares dans l'Andhra Pradesh, au sud-est du pays."Nous devons leur apprendre à gérer leur exploitation de manière optimale", explique M. Adholeya, qui espère mobiliser sur la prochaine décennie de 20 000 à 30 000 agriculteurs.

Parallèlement, les biologistes du TERI cherchent à améliorer la productivité du jatropha. Ils ont ainsi réussi à inoculer, de manière massive, des micro-organismes dans les graines des arbustes pour que les racines nourrissent encore plus la plante, même dans des sols très peu fertiles. Ce procédé augmenterait les rendements de 20 à 30 %. "Nous cherchons aussi à identifier les gènes responsables de la production d'huile, en vue d'élaborer un jatropha génétiquement modifié qui devrait être prêt d'ici cinq ans", précise le directeur du programme.

A la différence des biocarburants issus du maïs ou du soja, le biodiesel provenant du jatropha ne semble pas conduire à devoir choisir entre manger ou conduire, la plante étant cultivée sur des terres habituellement délaissées.

III – Les biocarburants : une nouvelle manne pour l'Indonésie

Le géant pétrolier public chinois China National Offshore Oil Corporation a signé le plus gros contrat, avec l'indonésienne PT SMART, une filiale du conglomérat Sinar Mas, et la société hongkongaise Hong Kong Energy (Holdings).

L'an dernier a été créé une Agence nationale pour le développement des biocarburants avec pour objectif que les combustibles verts fournissent en 2025 17% des besoins énergétiques du pays. Pour le responsable de cet organisme, Al Hilal Hamdi, les biocarburants seraient en quelque sorte la solution miracle à de nombreux maux de l'Indonésie.
Il assure que cinq à six millions d'hectares de plantations de biocarburants vont naître dans les huit prochaines années, soit tout de même l'équivalent d'une superficie supérieure au Danemark.

Pour le gouvernement de Jakarta la première priorité est d'éradiquer grâce à ce programme le chômage et la pauvreté, car près de 40 millions d'Indonésiens vivent en-dessous du seuil de pauvreté. "Cinq à six millions d'hectares de palmiers à huile, de jatropha et de manioc représentent quatre millions d'emplois", affirme M. Hamdi. "Nous aimerions réduire notre taux de chômage de 10,2% l'an dernier à 6% en 2009-2010".

Au cours actuel, deux hectares d'huile de palme rapportent à leur exploitant 4 millions de roupies (environ 440 dollars) par mois tandis qu'un hectare de canne à sucre rapporte un montant annuel net de 12 à 14 millions de roupies. Al'heure actuel, le salaire mensuel minimum d'un villageois serait de 75 dollars.

L'Indonésie souhaite s'inspirer des exemples de la Malaisie ou du Brésil, un des premiers producteurs d'éthanol extrait de la canne à sucre. "Nous apprenons du Brésil. Quand le cours international de l'éthanol dépasse celui de l'essence, il exporte cette matière première et importe davantage d'essence. C'est un excellent modèle que nous allons copier en Indonésie".

IV – Inquiétude sur l'environnement

Les ONG redoutent elles que les questions environnementales soient insuffisamment prises en compte. Elles affirment que de nombreuses concessions accordées en théorie pour réaliser des plantations ne servent en fait qu'à raser des immenses forêts, laissées ensuite en friche.

De plus, selon les résultats d'une étude de l'organisation néerlandaise Wetlands International, les biocarburants pourraient davantage polluer que les énergies fossiles, en raison des effets secondaires de la transformation des sols due au drainage.

"La production d'huile de palme dans les plantations du Sud-Est asiatique dégrade de vastes régions de tourbières. Les montants élevés de dioxyde de carbone émis du fait de la dégradation (des tourbières) font qu'utiliser de l'huile de palme est nettement plus polluant que de brûler du pétrole ou du charbon", a souligné l'ONG.

Plus globalement, certains estiment qu'autant le déboisement que le changement d’affectation des surfaces impliquent la libération du carbone stocké. À cela s’ajoutent les émissions découlant de la culture, le traitement et le transport des biocarburants, qui se font surtout à base de pétrole et d’autres éléments émetteurs de gaz à effet de serre : la fabrication des machines utilisées, le carburant utilisé pour les faire fonctionner, la production et l’utilisation d’engrais et de produits agrochimiques toxiques, les camions et les bateaux pour les transporter jusqu’à destination.

Car si autant les hydrocarbures peuvent être transportés via oléoducs et gazoducs, les bio-carburants nécessitent de consommer de l'énergie pour arriver jusqu'à la pompe mais également pour être produits. Autrement dit, le bilan net du carbone dans les zones consacrées à la production de biocarburants risque même d’être négatif, augmentant ainsi la concentration de gaz à effet de serre dans l’atmosphère, précisément ce que l’on souhaite éviter.

Sources : AFP, Le Monde

A lire également :

. Louis Dreyfus : n°2 du sucre et de l'éthanol au Brésil

. Brésil-Petrobras : du pétrole à l'éthanol

. Le Brésil relève le pourcentage d'éthanol dans l'essence

TrackBack

URL TrackBack de cette note:
http://www.typepad.com/t/trackback/80157/16400188

Voici les sites qui parlent de L'Indonésie s'investit dans les bio-carburants:

Commentaires

Poster un commentaire