Le cours de l'étain atteint un niveau record dopé par l'Indonésie

KobatinLe cours de l'étain a dépassé les 13.000 dollars la tonne jeudi à Londres pour la première fois depuis 1989.

Le marché est avant tout dopé par les craintes sur l'approvisionnement en provenance d'Indonésie, deuxième producteur mondial du métal derrière la Chine.

L'étain bat en effet record sur record cette semaine, en réaction aux annonces de l'entreprise PT Koba Tin, deuxième producteur indonésien. Avec une production annuelle de l’ordre de 120 000 tonnes, Jakarta fournit le tiers de la demande mondiale d’étain.

I – Le cours de l'étain atteint des records

Le cours de l'étain pour livraison dans trois mois a grimpé jusqu'à 13.125 dollars la tonne sur le London Metal Exchange (LME). Il s'agit d'un nouveau plus haut depuis 1989, date à laquelle le métal a réintégré le LME après une suspension consécutive à la "crise de l'étain". Pour rappel, cette dernière avait été déclenchée par la chute de la consommation après la récession des années 1981-82, aux Etats-Unis et dans la plupart des pays industrialisés.

Le marché réagit aux annonces successives de la suspension de ses livraisons et de la fermeture de ses haut-fourneaux par l'entreprise PT Koba Tin, deuxième producteur indonésien. La décision des autorités indonésiennes de mettre de l’ordre dans la production d’étain et de fermer les mines illégales, qui représentent un danger environnemental tout en ne payant pas de royalties, a tendu le marché et dopé les cours.

Les cours de l'étain ont progressé de plus de 43% en cinq mois, dopés également par l'amoindrissement des stocks disponibles à Londres. Depuis son plus bas de l’année, le 8 janvier, le cours settlement de la tonne d’étain s’est apprécié de plus de 18 %. Depuis début 2006, la progression des cours du métal gris s’établit à 87 %.

Selon les analystes, les investisseurs sont attirés par le marché de l’étain en raison de la solidité de ses fondamentaux, s'attendant à un maintien du marché en déficit sur le court terme. Des tensions sur le marché qui, selon les analystes de Deutsche Bank, devraient soutenir la moyenne des cours en 2007 au-dessus des 10 000 dollars.

II - Restrictions de production en Indonésie

Le groupe PT Koba Tin est accusé de pratiquer une exploitation minière illégale, selon la police indonésienne qui mène une opération coup de poing contre les haut-fourneaux illégaux. Cette filiale d’une société malaisienne est soupçonnée d’avoir eu recours à du minerai trouvé hors de sa concession. La moitié du métal fourni par l’Indonésie serait ainsi extrait en toute illégalité par des milliers de mineurs qui revendent leur production à des raffineurs plus ou moins déclarés. La pression est récemment montée d’un cran avec l'arrestation de trois dirigentas de de PT Kobah.

En octobre 2006, le gouvernement indonésien a fermé une vingtaine de petits raffineurs d’étain indépendants, invoquant l’absence de licence. Ces fermetures ont diminué l’offre de métal raffiné de 24 000 tonnes, estiment les analystes. Le 22 janvier, la police indonésienne est intervenue sur le site de Koba Tin, un raffineur appartenant à hauteur de 25 % à PT Timah et pour le reste au malaisien Malaysia Smelting.

Début janvier 2007, Thobrani Alwi, le président de PT Timah, déclarait que les restrictions de production en Indonésie allait ramener le prix de l’étain vers les 12 000 dollars. Les petites entreprises illégales produisent environ 60 000 tonnes de métal par an, soit autant que PT Timah, le plus important producteur mondial, estime Alwi. Les petites raffineries s’étaient multipliées après l’interdiction des exportations de minerai d’étain décidée en 2002 par le gouvernement pour mettre fin à la dévastation environnementale provoquée par la prolifération de petites mines au sud de Sumatra.

Les circuits empruntés par l’étain indonésien sembleraient quelque peu douteux. Il ne serait pas rare de voir le minerai acheminé en Malaisie ou en Thaïlande sous forme de barres pour être raffiné avant d’être réexpédié vers l’Indonésie.

La Chine avait auparavant elle aussi durci les régulations concernant la production d’étain. Comme pour les autres non-ferreux, les autorités, désireuses de restructurer un secteur polluant et consommateur d'énergie, poussent à la fermeture des plus petites unités et à la concentration des autres. Les nouvelles unités ne devront pas avoir des capacités annuelles inférieures à 8 000 tonnes. 

III – Forte augmentation de la demande

A l’avenir seules les sociétés produisant un étain raffiné selon les normes requises par le marché de Londres seront habilitées à travailler. Le temps que les entreprises s’adaptent à ces nouvelles réglementations, la production indonésienne devrait chuter d’un tiers cette année alors que la demande est pressante, augmentant ainsi de 9 % en 2006.

L’industrie électronique, en forte expansion en Asie, a en effet définitivement remplacé le plomb par l’étain dans ses soudures. Selon Peter Kettle de l’Itri, les soudures électroniques ont accru la part de l’étain utilisé de 62 % à 96 %. De ce fait, la consommation d’étain sous forme de soudure a crû de 15 à 20 % par an depuis quelques années.

Sources : AFP, Usine nouvelle, RFI

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